Tuberculose bovine en France : les souches étudiées probablement issues d'une bactérie portée par un blaireau dans les années 80
Cette reconstitution de la dynamique de transmission montre qu'au cours de l'évolution des souches étudiées, il y avait 52 fois plus de risque qu'un blaireau contamine un bovin que l'inverse.
© D.R.
Épidémiologie
Les cas de tuberculose bovine sont rares en France mais des troupeaux de bovins contaminés sont signalés régulièrement. Afin de déterminer le rôle exact de la faune sauvage et notamment des blaireaux dans la transmission de la tuberculose, le laboratoire de santé animale de l'Anses* a reconstitué l'évolution de la bactérie à l'origine de la maladie. Les résultats, publiés dans Veterinary Research , retracent la dynamique de transmission de Mycobacterium bovis dans le temps et montrent que les souches de bactéries étudiées sont probablement toutes issues d'une même bactérie portée par un blaireau dans les années 80. Ces données permettront de mieux adapter et cibler les mesures de surveillance et de prévention de la tuberculose bovine mises en place.
« Même si la France est officiellement indemne de tuberculose bovine depuis 2001 (moins de 0,1 % des troupeaux de bovins est infecté par la maladie), des cas sont régulièrement déclarés, principalement dans le Sud-Ouest », a rappelé l'Anses*, le 23 mai. « Les infections peuvent conduire à l'abattage de tous les animaux d'un élevage afin d'endiguer la propagation de la maladie. La plupart des contaminations se font de bovins à bovins mais la faune sauvage, notamment les blaireaux et les sangliers, peut également servir de relais ».
Pour connaître le rôle de la faune sauvage dans la transmission de la tuberculose, des scientifiques de l'unité Épidémiologie et du laboratoire national de référence pour la tuberculose bovine, au sein du laboratoire de santé animale de l'Anses des sites de Maisons-Alfort et de Dozulé, ont entrepris de retracer la dynamique de transmission de Mycobacterium bovis . Les premiers résultats sont parus dans la revue Veterinary Research.
Un outil à remonter le temps
Pour débuter, l'équipe a étudié des souches de bactéries prélevées dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques sur 146 bovins et 21 blaireaux entre 2002 et 2017. En déterminant la proximité génétique de ces souches, elle a reconstitué un arbre phylogénétique, sorte d'arbre généalogique inversé, retraçant l'évolution de la bactérie.
Ceci a permis d'estimer la probabilité que les ancêtres des souches de bactérie aient circulé chez les blaireaux ou les bovins : « Si deux bactéries avec des séquences proches sont isolées chez des bovins, il y a une forte probabilité que leur ancêtre commun ait également circulé chez un bovin, de même pour les blaireaux », explique Laetitia Canini, épidémiologiste et co-auteure de l'étude.
Cette reconstitution de la dynamique de transmission a montré qu'au cours de l'évolution des souches étudiées, il y avait 52 fois plus de risque qu'un blaireau contamine un bovin que l'inverse. Une fois que la bactérie avait été transmise à un bovin par un blaireau, sa diffusion s'est amplifiée par des transmissions entre bovins.
Identification de l'ancêtre commun de la bactérie
Les scientifiques ont également déterminé que les souches de bactéries qu'ils ont étudiées sont probablement toutes issues d'une même bactérie portée par un blaireau dans les années 80. « Le système de contrôle de la tuberculose bovine a été mis en place dans les années 60 chez les bovins. À partir de cette période, la prévalence de la maladie a très fortement diminué chez les bovins. Il est possible que la bactérie ait continué à circuler chez les blaireaux dans certaines zones. A l'époque, il n'y avait pas encore de surveillance de la faune sauvage », indique la scientifique.
Il est prévu d'affiner les résultats en incluant des données d'autres régions et des prélèvements sur des sangliers. C'est l'objectif de la thèse d'Hélène Duault : « Nous allons retracer plus finement les transmissions, jusqu'à déterminer qui transmet à qui, c'est-à-dire quel groupe d'individus (élevage ou groupe social) au sein d'une espèce a transmis la bactérie », précise-t-elle.
Il sera ainsi par exemple possible de déterminer si des animaux sauvages ont servi d'intermédiaire pour transmettre la bactérie entre deux élevages éloignés géographiquement. Les résultats permettront de mieux adapter et cibler les mesures de surveillance et de prévention de la tuberculose bovine mises en place. V.D.
* Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.






