Ile-de-France : des solutions pour maintenir l'accès aux soins des animaux de ferme et d'élevage
La région Ile-de-France a des difficultés d'attractivité pour les vétérinaires, avec des contraintes horaires et de déplacement et une rentabilité peut-être plus faible que dans d'autres régions.
© Eric Pothier
Valérie DUPHOT
Exercice
Les solutions existantes et les travaux en cours ont été présentés lors de la soirée sur le thème « Animaux de ferme et d'élevage : solutions pour maintenir l'accès aux soins en Ile-de-France ; identification des accompagnements possibles, retours d'expériences réussies, échanges et débats », le 4 décembre, à l'école vétérinaire d'Alfort (ENVA). Une dynamique a été enclenchée pour développer le maillage vétérinaire mais la formation des vétérinaires à la prise en charge d'animaux « de ferme » ne résoudra pas à elle seule le déficit d'offres de soins en Ile-de-France. Il est difficile de mobiliser les confrères déjà en suractivité canine/Nac. Les dispositifs de soutien post-formation sont nécessaires pour les voir passer à l'acte. La carence de prise en charge des animaux de ferme et de loisirs pose des problèmes en termes de bien-être animal et de risques sanitaires, y compris en santé publique. Un modèle d'organisation est à inventer : animation de réseau, coopération renforcée avec l'ENVA, mutualisation de matériel et de stock de médicaments, maison des urgences, numéro d'appel régional...
« L'Ile-de-France compte 500 éleveurs et 2 000 vétérinaires, dont peu de ruraux. Il y a trois ans, un partenariat fort a été engagé pour maintenir l'accès aux soins des animaux d'élevage dans la région dans un contexte sanitaire marqué par l'influenza aviaire, la fièvre catarrhale ovine... et aujourd'hui la dermatose nodulaire contagieuse et l'essor des détenteurs non professionnels d'animaux de ferme (particuliers, fermes pédagogiques, écopâturage...). Face à ces nouveaux défis sur les plans sanitaire et environnemental, il est nécessaire de maintenir un réseau de vétérinaires », a déclaré Damien Greffin (président de la Chambre d'agriculture de région Ile-de-France) lors de la soirée de restitution de travaux sur le thème « Animaux de ferme et d'élevage : solutions pour maintenir l'accès aux soins ; identification des accompagnements possibles, retours d'expériences réussies, échanges et débats » organisée en partenariat par la Chambre d'agriculture de région Ile-de-France, la Fédération régionale des groupements techniques vétérinaires Ile-de-France, l'Organisation vétérinaire à vocation technique Ile-de-France, le Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral, le Syndicat des vétérinaires Paris-Ile-de-France, l'Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie, l'Ordre national des vétérinaires, le Groupement de défense sanitaire Ile-de-France, la République française et l'école vétérinaire d'Alfort (ENVA), le 4 décembre, à l'ENVA.
Damien Greffin explique qu'en Ile-de-France, la dynamique a été enclenchée pour développer le maillage vétérinaire et insiste sur le rôle des collectivités territoriales pour décliner ce qui a été initié (aides financières et matérielles). Il cite l'aide à l'installation des jeunes agriculteurs, le conseil et l'accompagnement des éleveurs et les marques pour valoriser les produits de l'élevage.
Contraintes horaires et de déplacement
« L'accès aux soins vétérinaires est un défi. La région Ile-de-France a des difficultés d'attractivité pour les vétérinaires, avec des contraintes horaires et de déplacement et une rentabilité peut-être plus faible que dans d'autres régions », insiste Marie Gautier-Melleray, préfète secrétaire générale aux politiques publiques de la préfecture de la région d'Ile-de-France. « Il existe des menaces sanitaires, d'où l'importance d'un réseau de vétérinaires bien formés, en nombre suffisant, à l'endroit où il le faut ». Elle précise que l'Etat s'est mobilisé car les crises sanitaires coûtent cher : « investir dans la surveillance et la prévention est le levier le plus efficace ». C'est ainsi que le projet Maillage territorial a vu le jour en 2023.
Philippe Dufour (président du Groupement régional de défense sanitaire Ile-de-France) rappelle que l'Ile-de-France compte un nombre important de petits détenteurs d'animaux de ferme, très demandeurs de conseils. « Afin de prévenir les zoonoses et les crises sanitaires, il faut des vétérinaires sanitaires pour accompagner ces éleveurs. Concernant le bien-être animal, ils ont parfois une méconnaissance des besoins fondamentaux de leurs animaux », insiste-t-il.
Lors de son intervention sur le thème « Former les vétérinaires d'Ile-de-France à la prise en charge des animaux de « ferme » : quel bilan ? », notre confrère François Rabasse (Fédération régionale des groupements techniques vétérinaires (FRGTV) Ile-de-France) indique que la FRGTV Ile-de-France compte peu d'adhérents et que son équipe est historiquement très concernée par le déficit de l'offre de soins aux animaux de « ferme » dans la région.
Formations techniques du GTV Ile-de-France
Le GTV Ile-de-France propose des formations techniques courtes orientées vers la pratique sur des thématiques et avec des contenus conçus pour répondre aux besoins de l'Ile-de-France : par exemple, sur le mouton détenu par un particulier ou la poule de compagnie. « De 2020 à 2025, 223 vétérinaires ont ainsi été formés - soit environ 10 % des vétérinaires d'Ile-de-France - lors de 18 sessions, soit 312 journées de formation », précise-t-il.
François Rabasse explique que l'enquête menée au printemps 2025 par le GTV Ile-de-France auprès de 229 vétérinaires en exercice en Ile-de-France montre que 24 % des répondants ont suivi une formation technique GTV depuis 2018, 34 % ne sont jamais sollicités pour une espèce « de ferme », 32 % sont sollicités mais ne savent pas répondre et 34 % consultent ces animaux, majoritairement à moins de cinq actes par mois et dans leur patientèle. « Leurs motivations à se former sont des raisons éthiques et déontologiques, pour répondre aux sollicitations de leurs clients, sans aucune volonté de développer leur activité », insiste-t-il.
« La formation des vétérinaires praticiens à la prise en charge d'animaux « de ferme » ne résoudra pas à elle seule le déficit d'offres de soins en Ile-de-France. Il est très difficile de mobiliser les confrères déjà en suractivité canine/Nac », explique notre confrère. « Les dispositifs de soutien post-formation sont nécessaires pour les voir passer à l'acte mais cela ne résoudra pas immédiatement le problème des éleveurs de bovins ».
Consultations intra- et extra-murales à l'ENVA
La demande de formations adaptées transparaît systématiquement dans les enquêtes. La carence de prise en charge des animaux de ferme et de loisirs pose des problèmes en termes de bien-être animal et de risques sanitaires, y compris en santé publique. « Un modèle d'organisation original est à inventer : animation de réseau, coopération renforcée avec l'école vétérinaire d'Alfort (ENVA), mutualisation de matériel et de stock de médicaments, maison des urgences, numéro d'appel régional... Nous verrons peut-être un jour prochain un intérêt naissant pour la prise en charge de ces animaux de la part de certaines grosses cliniques franciliennes », estime François Rabasse.
Notre consoeur Marine Denis (ingénieure de recherche et praticienne hospitalière pour les animaux de production, ENVA) explique que l'ENVA assure des consultations intra- et extra-murales pour les animaux de ferme. Ses clients/partenaires sont les lycées agricoles, les exploitations agricoles, les fermes pédagogiques, les écopâtureurs, des particuliers et les associations de sauvetage d'animaux. « L'équipe du centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV) se compose de neuf vétérinaires. L'hôpital est ouvert 24 heures sur 24 toute l'année sur le site de l'école. Il permet les consultations, les hospitalisations, la prise en charge des urgences, la chirurgie, l'imagerie... et nous avons une bétaillère pour le transport d'animaux vivants », précise-t-elle.
Lunettes connectées et numéro d'appel unique en projet
Les déplacements à domicile ont lieu du lundi au vendredi, sur rendez-vous, avec des suivis d'élevage, de la médecine individuelle, de petites chirurgies, la vaccination contre la fièvre catarrhale ovine. Un véhicule est dédié à l'activité extra-murale depuis 2024, co-financé par la préfecture de la région Ile-de-France.
En 2024-2025, l'ENVA a pris en charge 124 bovins, 239 ovins, 262 caprins, 40 porcs et 8 camélidés. Le nombre annuel d'animaux accueillis au CHUV-Animaux de production est passé de 607 en 2021-2022 à 674 en 2024-2025.
« La rétrocession d'animaux non valeurs économiques pour la formation des étudiants, avec un rapport envoyé au vétérinaire traitant, l'accueil de cas en référé et l'audit d'élevages bovins, ovins, caprins, porcins, aviaires... sont des modalités d'appui possible », ajoute Marine Denis. La télé-expertise via des lunettes connectées et la création d'un numéro d'appel unique dédié aux détenteurs d'animaux sont des projets en cours de développement. Le numéro d'appel du CHUV Animaux de production est le 07.61.16.19.80. ■
Gros Plan : Des accompagnements identifiés pour les vétérinaires franciliens
Margaux Gelin (chargée de mission élevage, Chambre d'agriculture de région Ile-de-France) a présenté les accompagnements des vétérinaires possibles identifiés pour l'Ile-de-France lors de la soirée sur le thème « Animaux de ferme et d'élevage : solutions pour maintenir l'accès aux soins ; identification des accompagnements possibles, retours d'expériences réussies, échanges et débats », le 4 décembre, à l'école vétérinaire d'Alfort (ENVA). Un sondage de ProVéto Junior Conseil auprès d'étudiants de l'ENVA à l'automne 2024 montre que quarante participants étaient attirés par l'exercice rural mais que 92 % ne souhaitent pas vivre en Ile-de-France (attachement à leurs lieux d'origine, attirance pour les zones rurales avec plus d'élevages, mauvaise image de la région). « Une proposition est donc de mettre en valeur l'Ile-de-France auprès des étudiants vétérinaires », indique Margaux Gelin.
Construire une nouvelle structure vétérinaire à dominante rurale dans une région à faible densité d'élevage comme l'Ile-de-France nécessite un investissement important. « Une alternative est de soutenir les vétérinaires déjà présents et d'anticiper les départs en retraite », explique l'intervenante. Concernant les déplacements, elle rappelle qu'une heure de trajet équivaut à quatre consultations canines. Le déplacement peut représenter 46 à 53 % du prix de la consultation, ce qui explique les réticences de certains détenteurs d'animaux de ferme à appeler le vétérinaire. Une proposition consiste en une aide destinée aux vétérinaires ou aux éleveurs.
Création d'antennes relais
« Une autre proposition est la création d'antennes relais, points de rencontre à mi-distance entre éleveurs et vétérinaires afin de partager le temps et les frais de déplacement. Des secteurs ont été identifiés dans l'Ouest et le Sud de l'Ile-de-France », ajoute Margaux Gelin. « Il s'agirait donc de partager des locaux en faisant toutefois attention à ce que ce ne soit pas un facteur de multiplication des gardes ».
L'activité rurale nécessite des locaux et du matériel. Des aides aux investissements pourraient être envisagées de même que la prise en charge des frais de déplacement et le défraiement du temps passé pour les formations gros ruminants, souvent dans des localisations éloignées d'Ile-de-France.
Concernant les gardes, il y a peu d'appels la nuit. Elles impactent l'équilibre de vie des praticiens. Des avantages fiscaux et un service de gardes tournantes pourrait en accroître l'attractivité.
La contractualisation permet de valoriser les conseils et les actes vétérinaires, de s'éloigner du modèle pompier-urgentiste et de se rapprocher du conseiller-préventionniste. « L'étude de cette piste de solution est prévue de février à juillet 2026 », conclut Margaux Gelin. V.D.
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