Diminuer l'entropie de l'entreprise pour augmenter l'engagement des salariés

Pousser les associés à s'octroyer plus de temps pour les tâches administratives, mettre en place des outils pour une communication bienveillante, les aider à structurer les réunions en clarifiant les prises de décisions en découlant diminue la pression qui pèse sur les associés.

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Pierre MATHEVET

Société Tirsev

Site Internet : www.Tirsev.fr

Management

Des études montrent un lien entre niveau d'entropie culturelle d'une entreprise et niveau d'engagement des salariés. Leur motivation et leur implication dans le travail évoluent en sens inverse du niveau d'entropie culturelle. Le vétérinaire chef d'entreprise doit faire diminuer l'entropie culturelle de l'entreprise et les aspérités sur le plan du management et de l'organisation. L'autonomie, la confiance, l'ouverture d'esprit, la coopération entre associés diminuent les entropies individuelles et permettent un fort engagement des salariés, une efficacité maximale et une réussite économique.

La notion d'entropie est issue des travaux de thermodynamique et rappelle quelques souvenirs aux vétérinaires. Elle permet de mesurer le désordre ou le niveau de désorganisation d'un système.

Il est ainsi possible de parler de l'entropie d'une entreprise pour caractériser la quantité d'énergie dépensée pour faire des choses inutiles et non productives. Elle a été baptisée entropie culturelle par Richard Barrett, un pionnier de l'étude des organisations.

Ce terme regroupe l'ensemble des éléments qui font obstacle à la bonne marche, à l'efficacité de l'entreprise : les conflits entre les dirigeants, les frictions et frustrations que rencontrent les salariés dans leurs activités quotidiennes, tout ce qui empêche les collaborateurs d'agir au maximum de leur performance.

Plus l'entropie culturelle est élevée, plus l'organisation générale est compliquée, moins l'entreprise est performante vis-à-vis de ses salariés comme de ses clients.

Lien entre engagement fort des salariés et faible entropie culturelle

Il existe un lien direct clairement démontré par de nombreuses études entre le niveau d'entropie culturelle d'une entreprise et le niveau d'engagement de ses salariés. Leur motivation intrinsèque, leur implication dans leur travail évoluent en sens strictement inverse au niveau d'entropie culturelle.

S'occuper de ses salariés, chercher à les satisfaire par un salaire intéressant ou des activités extraprofessionnelles, du team building sont bien entendu une véritable nécessité mais cela peut se révéler insuffisant.

Diminuer l'entropie culturelle de l'entreprise, travailler pour réduire toutes les aspérités sur le plan du management et de l'organisation sont donc une priorité. Cette diminution est un des maillons indispensables pour que les salariés puisent dans leur énergie discrétionnaire.

L'énergie discrétionnaire est cette réserve d'énergie qui se traduit pour les salariés par une volonté de faire des efforts supplémentaires, d'aller au-delà du simple contrat de travail ou de mettre leur créativité au service de l'entreprise.

Entropie culturelle et individuelle

« La transformation organisationnelle commence par la transformation personnelle des dirigeants », Richard Barrett.

L'entropie culturelle est la somme des entropies individuelles des dirigeants actuels et des dirigeants précédents. Diminuer l'entropie culturelle passe ainsi par une amélioration du niveau d'alignement des associés actuels et en même temps par la modification des structures, organisations, procédures, systèmes de récompense existants, séquelles bien souvent des dirigeants précédents.

Par exemple, dans une clinique vétérinaire, pousser les associés à s'octroyer davantage de temps pour les tâches administratives (gestion, ressources humaines...), mettre en place des outils pour les faire évoluer vers une communication bienveillante entre eux, les aider à structurer leurs réunions d'associés en clarifiant les prises de décisions qui en découlent, permet de diminuer la pression qui pèse sur chacun des associés.

Avec un résultat bien souvent spectaculaire sur la diminution du niveau de stress global, de l'entropie culturelle de la clinique et une ambiance de travail plus agréable.

L'entropie individuelle est bien entendu très différente d'un individu à l'autre. Elle prend sa source dans les premières expériences de vie, souvent avant l'âge de 6 à 7 ans, qui ancrent en nous des croyances profondes limitantes (« Je ne suis pas légitime pour faire ceci », « Je ne suis pas assez compétent pour y arriver »...).

Ces croyances reflètent des angoisses et des peurs subconscientes (peur de ne pas être perçu par les autres comme étant à la hauteur, de ne pas avoir l'intelligence pour réussir...) et piloteront les comportements lors des interactions quotidiennes avec les autres associés ou les collaborateurs.

Réduire l'entropie individuelle

Réduire l'entropie individuelle, si elle est élevée, nécessite un travail sur soi-même dans le but de prendre en compte ses propres émotions et d'apprendre à les gérer, les maîtriser.

Toute interaction avec ses associés, en particulier sous stress, est susceptible de générer des émotions débordantes, des zones de frottements des egos et d'augmenter les entropies individuelles.

L'excès de contrôle, l'extrême prudence, la compétition interne entre associés, la vision à court terme ou la critique négative se traduiront par une augmentation des entropies individuelles et donc de l'entropie culturelle de l'entreprise.

Quelle que soit la stratégie que vous souhaitez mettre en place dans votre entreprise, vous risquez d'avoir le plus grand mal à la déployer si les dirigeants ne sont pas d'accord entre eux, sans la cohésion de l'équipe des associés, basée sur la confiance réciproque.

Si l'entropie culturelle est trop forte, il est illusoire de vouloir faire évoluer l'organisation, mettre en place un changement. Même s'il est très classique que chacun pense que la faute est chez l'autre, que c'est donc à l'autre de changer, chacun a obligatoirement sa part de responsabilité dans l'augmentation de l'entropie, soit en tant qu'acteur direct de cet accroissement, soit pour ne pas avoir fait de feedback bienveillant et constructif en direction de son associé pour l'aider à prendre en compte les conséquences de ses émotions.

Au contraire, l'autonomie, la confiance, l'ouverture d'esprit, la coopération entre associés auront l'effet de diminuer les entropies individuelles. La conséquence sera un climat plus serein dans l'entreprise.

Finalement, le déploiement de ces valeurs à tous les niveaux de l'entreprise se traduira par un fort engagement des salariés, une efficacité maximale et une réussite économique.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1461

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