Royaume-Uni : contamination exceptionnelle par un virus influenza de sérotype H5 d'une personne au contact de volailles infectées

Il est rassurant de constater que, depuis les épizooties importantes de peste aviaire observées depuis près de deux décennies, il n'y a jamais eu un virus influenza aviaire hautement pathogène aviaire ayant pu muter pour s'adapter à l'espèce humaine avec une contamination inter-humaine.

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Jeanne BRUGÈRE-PICOUX

Membre de l'Académie nationale de médecine et de l'Académie vétérinaire de France

Santé publique

Le cas asymptomatique de contamination par le virus influenza d'une personne en contact étroit pendant longtemps avec des volailles infectées au Royaume-Uni n'est pas alarmant. On sait que les virus influenza mutent beaucoup mais il existe une barrière d'espèce entre les oiseaux et l'Homme.

Alors que l'épizootie de peste aviaire due principalement au virus influenza aviaire hautement pathogène H5N1 se propage actuellement en Europe, la France n'étant pas épargnée, le Royaume-Uni a annoncé, le 6 janvier, un cas de contamination humaine*.

Aucun symptôme n'est rapporté pour la personne positive qui avait été en contact étroit pendant longtemps avec des volailles infectées et il n'y a pas eu d'autres contaminations humaines décelées dans cette zone infectée.

Surveillance justifiée

On sait que les virus influenza mutent beaucoup mais il existe une barrière d'espèce entre les oiseaux et l'Homme (ce qui n'est pas le cas, par exemple, avec l'espèce porcine, sensible aux virus de la grippe humaine et réciproquement).

Ces risques de mutation justifient la surveillance des virus émergents de la peste aviaire par précaution quant à un risque potentiel zoonotique éventuel. Mais il est rassurant de constater que, depuis les épizooties importantes de peste aviaire observées depuis près de deux décennies, il n'y a jamais eu un virus influenza aviaire hautement pathogène ayant pu muter pour s'adapter à l'espèce humaine avec une contamination inter-humaine.

Comme l'a rappelé le communiqué de l'Académie nationale de médecine du 22 décembre 2021 sur l'épizootie actuelle en France, il a été démontré que le virus H5N1 en cause ne présente aucun risque zoonotique et que ce risque doit être considéré comme exceptionnel.

C'est aussi ce qu'estiment les autorités anglaises qui ne confirment pas, pour le moment, que le virus influenza de sérotype H5 identifié dans le cas humain est celui de l'épizootie de peste aviaire qui a nécessité l'élimination de 500 000 volailles dans le pays.

Rappelons que cette épizootie a concerné entre octobre et décembre 2021 une quinzaine de pays en Europe, principalement avec un virus H5N1 et, moins fréquemment, un virus H5N8.

L'Italie est le pays le plus touché avec 285 foyers et quatre millions de volailles éliminées**. 

Un cas rappelant celui enregistré en Russie début 2021

Les autorités anglaises annoncent une surveillance sur d'autres personnes en contact avec les volailles, même si aucun symptôme n'est observé.

A noter que ce premier cas humain signalé au Royaume-Uni n'est pas sans rappeler l'alerte de février 2021 sur des cas de contamination par le virus de la peste aviaire H5N8 en Russie, ce qui nous avait amenée à une mise au point (lire DV n° 1563). Le laboratoire d'Etat russe Vektor, à l'origine de la découverte, avait d'ailleurs annoncé « commencer à développer un système de test » et un vaccin.

Il est donc vraisemblable que cette infection humaine au Royaume-Uni, si elle est due au virus de la peste aviaire, restera limitée comme dans l'épisode plus alarmiste signalé il y a près d'un an en Russie.

On peut même penser que si l'on réalisait des recherches sérologiques systématiques sur les personnes ayant été en contact avec les volailles infectées par la peste aviaire, il ne serait pas étonnant, du fait de la survie du virus présent dans les duvets et dans l'environnement, d'observer quelques réactions positives chez des personnes asymptomatiques. « Lorsque l'on cherche, on trouve ».

* https://reut.rs/3zClcCt.

** https://bit.ly/31F2VYY.

Source : Promed du 6 janvier 2022.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1602

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