Cas humains d'influenza aviaire : pas de risque connu « à ce jour » en France selon le gouvernement

Les communiqués russes ne donnent aucune indication de signes cliniques avérés chez les sept personnes contaminées.

© Olivier Tuffé-Fotolia.com

Santé publique

L'annonce de cas de transmission à l'Homme du virus de l'influenza aviaire hautement pathogène H5N8, en Russie, a suscité, aussitôt, une réaction des ministères de l'Agriculture et de la Santé qui se veulent rassurants et minimisent le risque en France. Notre consoeur Jeanne Brugère-Picoux rappelle que la situation n'est pas inédite.

Suite à l'annonce, le 20 février, du premier cas de transmission à l'Homme de l'influenza aviaire hautement pathogène (ou peste aviaire) H5N8 (HP H5N8) en Russie, le gouvernement français a assuré, le jour même, que le virus de l'influenza aviaire H5N8 présent sur des volailles en France ne présentait, à ce jour, « pas de risque de transmission à l'Homme ».

Les sept personnes contaminées en Russie travaillaient dans un abattoir de volailles. Aucune transmission interhumaine n'a été mise en évidence.

« L'épizootie d'influenza aviaire qui sévit en France et, en particulier, dans le Sud-ouest, depuis décembre 2020 (466 foyers détectés à ce jour), fait l'objet d'un suivi continu de la part de l'Anses* en lien avec les services du ministère de l'Agriculture. A ce jour, 130 séquences virales complètes ont ainsi été obtenues. Aucune des analyses réalisées par l'Anses n'a montré de propriétés laissant craindre un risque de transmission à l'Homme du virus de l'influenza aviaire présent sur des volailles en France » , souligne le gouvernement.

Comparaison avec le virus russe

Mais les ministères ajoutent que les services français cherchaient à comparer le virus russe à ceux présents en France : « Les équipes de l'Anses étudient avec la plus grande attention les informations, en particulier le séquençage du virus détecté chez les personnes contaminées et leur comparaison avec les virus circulant chez les volailles en France » .

L'agence Santé publique France et le Centre national de référence des virus respiratoires (dont la grippe) « ont également été saisis pour conduire conjointement cette analyse de risque », indique le communiqué.

« L'importante alerte sur le risque annoncé à tort par l'OMS** d'une pandémie grippale due au virus panzootique H5N1 en 2005 doit nous amener à une certaine prudence : ce virus a pu contaminer l'Homme lors de contacts très étroits avec des volailles vivantes en Asie mais il ne s'est jamais adapté à l'espèce humaine. De 2003 au 20 janvier 2020, il n'y a eu que 861 malades dont 455 décès sans transmission interhumaine, ce qui ne correspond pas à la définition d'une épidémie » , souligne notre consoeur Jeanne Brugère-Picoux, professeur honoraire de l'école vétérinaire d'Alfort.

« Par ailleurs, en raison du fait de la présence de virus dans les duvets chez les oiseaux, il importe de confirmer si la contamination des sept personnes de l'abattoir russe correspond à un portage du virus plutôt qu'à une infection réelle », ajoute-t-elle. 

Quelques suspicions dès 1997 dont une aux Pays-Bas en 2003

Elle rappelle qu' « il y avait eu quelques cas de suspicions de contamination humaine avant et après l'épisode chinois avec le virus influenza HP H5N1, en 1997, où, pour la première fois, la peste aviaire a été classée dans les zoonoses. Ainsi, en Europe, aux Pays-Bas, on a eu plusieurs cas de conjonctivites avec un virus HP H7N7 en 2003 (le cas mortel humain s'est avéré finalement être une psittacose ». Elle s'étonne, par ailleurs, que les communiqués russes ne donnent aucune indication de signes cliniques avérés pour les 7 personnes  « qui ne se sentaient pas bien » mais qui vont bien maintenant...

Suite à l'annonce faite par la Russie, l'Organisation mondiale de la santé animale a, le 22 février, recommandé aux personnes en contact avec les volailles infectées par l'influenza aviaire H5N8 de porter des équipements de protection. Elle a précisé être en contact avec les autorités vétérinaires russes pour en savoir plus sur les dernières mises à jour concernant la situation de la grippe aviaire au niveau national.

* Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.

** OMS : Organisation mondiale de la santé.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1563

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