Reconnaître l'urticaire et savoir la gérer

Photo n° 1 : Le diagnostic de l'urticaire est essentiellement clinique.

© Emmanuel Bensignor

Emmanuel BENSIGNOR

Spécialiste en dermatologie

Consultant à Paris 3e, Rennes-Cesson et CHV Atlantia (Nantes)

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Dermatologie

Le diagnostic de l'urticaire, éruption cutanée constituée de papules oedémateuses et de plaques ortiées, est essentiellement clinique. Ses causes sont variées mais, chez le chien, les hypersensibilités dominent. Le traitement de la crise est symptomatique. Le but est de bloquer la dégranulation mastocytaire, d'éviter le choc anaphylactique. Dans les cas chroniques, il est fondamental de rechercher et traiter la cause sous-jacente pour éviter les rechutes.

L'urticaire correspond à une éruption cutanée constituée de papules oedémateuses et de plaques ortiées. La palpation est caractéristique car les lésions sont dépressives du fait de l'oedème. La taille est variable, de quelques millimètres à plusieurs centimètres. Chez les chiens à poils courts, il est facile de faire le diagnostic (poil légèrement surélevé). Chez les chiens à poils longs, les lésions peuvent facilement passer inaperçues. L'érythème est variable, souvent difficile à apprécier sur les peaux pigmentées. Les lésions peuvent être localisées ou, le plus souvent, sont multifocales. Le prurit est souvent absent ou peu marqué.

L'angioedème est une manifestation particulière d'urticaire, localisée au niveau du tissu conjonctif sous-cutané avec gonflement qui se manifeste surtout au niveau de la face et du cou. Il s'agit le plus souvent d'une réaction d'hypersensibilité de type I, médiée par les IgE, caractérisée par la dégranulation massive des mastocytes et des polynucléaires basophiles dans la peau. La libération d'histamine, de sérotonine, de leucotriènes et de médiateurs variés de l'inflammation provoque une vasodilatation et un oedème. Un risque vital existe lorsque l'oedème atteint le carrefour laryngé.

Le diagnostic est essentiellement clinique (photo n° 1). L'examen histopathologique n'est que rarement indiqué (il faut toutefois faire le diagnostic différentiel avec une folliculite, une vascularite, un érythème polymorphe, voire une tumeur - mastocytome pour les lésions généralisées, avec une pyodémodécie ou une cellulite juvénile pour les formes faciales) (photo n° 2). Lorsqu'il est réalisé, il permet de mettre en évidence de nombreux mastocytes dont l'activation (spécifique en présence d'un allergène ou non spécifique) puis la dégranulation sont responsable de l'apparition des lésions.

Traitement de la crise : symptomatique

Les causes d'urticaire sont très variées (chez l'Homme, l'urticaire chronique est un challenge diagnostique alors que chez le chien, les hypersensibilités dominent). Dans une étude prospective suisse assez récente portant sur 24 cas*, les piqûres d'insectes et les réactions à un aliment étaient très largement majoritaires (respectivement 10/24 et 11/24 cas). Notons que dans cette étude, 11 chiens sur 24 étaient atopiques.

Ont également été incriminés à des degrés variés les médicaments, les vaccins, les réactions aux poils de chenilles processionnaires, des réactions de contact à des plantes (notamment les orties). Comme chez l'Homme, nous avons eu l'occasion d'observer des cas d'urticaire au froid. Finalement, des cas associés à de réelles vascularites immunologiques sont rapportés (photo n° 3).

Le traitement de la crise est symptomatique. Le but est de bloquer la dégranulation mastocytaire, d'éviter le choc anaphylactique. Il est également fondamental pour les cas chroniques (plus de trois épisodes dans notre expérience) de rechercher et traiter la cause sous-jacente pour éviter les rechutes.

Le traitement fait appel à l'utilisation d'antihistaminiques (eg : prométhazine 0,2-0,4 mg/kg IV) et, en cas de choc, d'adrénaline (solution à 1/1 000e, 0,01 mg/kg : 0,1 à 0,5 ml par voie SC ou IM) et éventuellement aux glucocorticoïdes, et en cas d'arythmie cardiaque, une injection d'atropine par voie intraveineuse 0,04 mg/kg). Une hospitalisation pour surveillance peut être indiquée dans les cas sévères.

Antihistaminiques sur le long terme

L'utilisation sur le long terme d'antihistaminiques est intéressante à l'instar de ce qui est recommandé chez l'Homme (eg : cétirizine, fexofénadine) pour prévenir les récidives en l'absence de diagnostic d'élément déclenchant (urticaire chronique). Nous avons eu l'occasion de traiter un cas d'urticaire généralisée chez un bouledogue français avec l'oclacitinib avec succès à la dose de 0,5 mg/kg deux fois par jour pendant deux semaines.

La recherche des facteurs déclenchants est fondamentale. Il s'agit souvent d'un challenge, le chien ne parlant pas... Comme évoqué plus haut doivent être envisagées en priorité les piqûres de guêpes ou d'abeilles, l'intervention de médicaments ou de trophallergènes. Lorsqu'une suspicion d'allergie aux venins est émise, des tests cutanés par voie intradermique sont indiqués avec les allergènes classiquement utilisés par les allergologues (Vespula, Poliste, Abeille) à des concentrations progressivement croissantes de dilutions successives pour éviter un risque de choc anaphylactique. La sérologie n'a pas pour l'heure fait la preuve de son intérêt, les sensibilité et spécificité des tests sanguins disponibles n'étant pas publiées.

En cas de positivité, une immunothérapie en rush ou en ultra-rush peut être décidée (l'animal est hospitalisé pour la réalisation technique pendant une journée et ressort le soir désensibilisé - la dernière injection représentant l'équivalent de la piqûre de 3/5 insectes).

Possibilité d'une allergie alimentaire

Comme chez l'Homme, il s'agit d'une technique particulièrement efficace. Elle nécessite toutefois un plateau technique adapté et de l'habitude.

La possibilité d'une allergie alimentaire mérite également d'être envisagée et un régime d'élimination doit être mis en place sur le long cours dans un but préventif.

Il est également important de s'intéresser à une possible toxidermie (pas seulement les réactions vaccinales dont le diagnostic est évident) et de revoir avec le propriétaire l'intégralité des traitements chroniques dont bénéficie l'animal (incluant les traitements antiparasitaires systémiques). Finalement, une dermatite atopique atypique peut être envisagée dans certains cas pour lesquels aucune autre cause n'est envisagée, des poussées d'urticaire étant plus souvent rapportées chez les chiens atopiques que chez des chiens souffrant d'autre dermatose prurigineuse. Et les cas idiopathiques ne sont pas rares...

Rostaher A et al. Triggers, risk factors and clinico-pathological features of urticaria in dogs - a prospective observational study of 24 cases. Vet Dermatol, 2016 ; 28 : 38-e9.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1800

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