Prix vétérinaires : le SNVEL répond aux reproches faits à la profession
Il convient d'appréhender la notion de coût de revient d'un acte pour en comprendre le prix final, rappelle le SNVEL.
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Société
Alors qu'une pétition circule dénonçant les tarifs vétérinaires et que de grandes chaînes de radio abordent ce thème en laissant la parole à leurs auditeurs, le SNVEL* répond à ces reproches.
■ La Dépêche Vétérinaire : Que pensez-vous de l'ampleur de la médiatisation donnée à cette pétition qui circule pour demander un encadrement des prix vétérinaires ?
David Quint, vice-président du SNVEL* : Au-delà des termes injurieux employés sur lesquels il ne convient pas de s'attarder mais qui doivent être dénoncés, elle méconnaît bon nombre de principes qui régissent l'exercice vétérinaire en France.
En premier lieu, la fixation du prix des actes vétérinaires est libre en France. Il n'en demeure pas moins qu'il serait faux d'en conclure que les vétérinaires peuvent en profiter pour abuser de cette liberté. En effet, si les tarifs des vétérinaires ne sont pas réglementés, deux principaux régulateurs existent : la concurrence (le client est tout à fait libre de comparer les prix, demander des devis, des détails sur ses factures, etc. ; le SNVEL tient cependant à rappeler que la confiance et le respect réciproques sont les maîtres mots d'une relation équilibrée entre le vétérinaire et son client) et le Code de déontologie vétérinaire.
Concernant ce dernier point, les vétérinaires sont en effet des professionnels libéraux réglementés régis par ce code dans lequel il est précisé que les honoraires sont fixés avec « tact et mesure en tenant compte de la nature des soins donnés et des circonstances particulières » (R242-49 du Code rural).
Dans le cas où un usager se plaint du non respect des dispositions du code, il est du ressort du conseil régional de l'Ordre des vétérinaires d'instruire la plainte et de vérifier si, oui ou non, il y a eu « abus ». A sa connaissance, le nombre de cas où des sanctions auraient été prises face à de tels agissements est minime. Les vétérinaires n'abusent donc pas de la liberté qui leur est donnée de fixer leurs tarifs !
■ D.V. : Ne pensez-vous pas qu'il faudrait pour éviter ce genre de polémique inutile apporter quelques éclaircissements sur les modalités de la fixation du prix d'un acte vétérinaire ?
D.Q. : Il convient d'appréhender la notion de coût de revient de cet acte pour en comprendre le prix final. Ainsi, interviennent notamment la localisation de l'établissement de soins vétérinaires (le prix du mètre carré immobilier à Paris diffère de celui de Brive-la-Gaillarde ou de Guéret) mais également l'offre de service (nombre et qualification du personnel, les équipements de l'établissement...), l'amplitude horaire et la gestion des urgences, les spécialisations des soignants...
Par ailleurs, les actes vétérinaires, contrairement aux actes médicaux humains, sont soumis à une TVA de 20 %.
■D.V. : Souvent, les clients trouvent que c'est « trop cher » ! Qu'avez-vous envie de leur répondre ?
D.Q. : Trop cher par rapport à quoi ? Comme je l'ai dit, déjà, il y a une TVA de 20 % qui s'applique... Les tarifs ne sont donc pas comparables aux tarifs médicaux humains. De plus, les tarifs des actes médicaux sont souvent méconnus par les clients (patients) qui bénéficient d'un système social envié partout dans le monde, ce dont les animaux ne peuvent profiter.
Et, contrairement à ce que certains pensent, la comparaison ne serait pas défavorable aux soins vétérinaires alors que les actes médicaux humains sont réglementés, enfin, hors dépassements d'honoraires...
■ D.V. : Certains parlent d'augmentations très importantes, l'avez-vous constaté ?
D.Q. : L'inflation ne concerne pas que les vétérinaires. Elle a engendré de nombreux surcoûts que les vétérinaires ont naturellement répercutés, au moins en partie : prix de l'énergie, augmentations de salaires, prix des médicaments et plus largement des fournitures...
Il est assez facile de comprendre pourquoi les tarifs ont évolué ces dernières années, en parallèle à une demande plus forte en soins de pointe.
Mais rappelons quand même que les vétérinaires ne font pas partie du peloton de tête des professions libérales en termes de rémunération et que rien que cet élément devrait suffire à justifier qu'il n'y a pas d'abus généralisé.
■ D.V. : Quelque chose à ajouter ?
D.Q. : Oui, la loi dite Dombreval de fin 2021 a instauré l'obligation de signer un certificat d'engagement et de connaissance avant l'acquisition d'un nouvel animal de compagnie ou d'un équidé. C'est une mesure importante qui a pour but de prévenir les cas où les gens ne peuvent subvenir aux besoins de leurs animaux, notamment en fin de vie. C'est souvent lié à une méconnaissance de la nécessité d'anticiper ces frais prévisibles avec le vieillissement de la population animale.
Il faut dire aussi que les vétérinaires sont les premiers donateurs aux oeuvres de bienfaisance pour animaux car ils abandonnent souvent le prix de leurs actes ou une partie de celui-ci (toutes les semaines, les vétérinaires font des efforts pour des gens qui ont peu de moyens) pour aider les plus démunis.
C'est donc injuste de les traiter ainsi. Et je ne parle pas là des associations dans lesquelles les vétérinaires sont parties prenantes (Vétérinaires pour tous, Vétéricare..., pour n'en citer que deux). ■
* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.






