Polypes auriculaires chez le chien et le chat : origine et présentation clinique
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Aymeric MAUVEROU


Otologie
Tous les deux mois, le Dr Aymeric Mauverou, consultant expert Agria Assurance pour animaux, présente une affection prise en charge par le service remboursement d'Agria. Ce mois-ci, il aborde les polypes auriculaires chez le chien et le chat.
Les masses du conduit auditif constituent un motif fréquent de consultation chez les carnivores domestiques et peuvent correspondre à des lésions inflammatoires ou néoplasiques. Devant une masse auriculaire, l'enjeu n'est donc pas seulement de la retirer, mais d'en déterminer la nature et l'origine.
Chez le chat, les polypes inflammatoires représentent une cause fréquente de masse auriculaire ou nasopharyngée, notamment chez les jeunes animaux. Selon leur localisation, ils peuvent provoquer une otite externe chronique, des signes respiratoires hauts ou des manifestations neurologiques périphériques. Chez le chien, en revanche, ils sont exceptionnels et d'autres diagnostics, notamment tumoraux, doivent être envisagés en priorité.
Leur origine dans l'oreille moyenne, leur potentiel de récidive et les différentes options thérapeutiques imposent une prise en charge raisonnée.
Cet article présente les éléments utiles au praticien pour les reconnaître, les explorer et choisir le traitement le plus adapté.
Les polypes inflammatoires auriculaires : comprendre une affection de l'oreille moyenne
Qu'appelle-t-on un polype ?
Le terme « polype » désigne une description morphologique et non un diagnostic histopathologique : il correspond à une prolifération tissulaire faisant saillie à partir d'une muqueuse, généralement pédiculée ou sessile. Une lésion polypoïde peut donc être inflammatoire, hyperplasique ou néoplasique.
En médecine vétérinaire, l'expression « polype auriculaire » désigne cependant le plus souvent un polype inflammatoire, prolifération bénigne issue de la muqueuse de l'oreille moyenne ou de la trompe auditive. Seule l'analyse histopathologique permet d'en confirmer la nature et d'exclure une lésion tumorale. Cette distinction est particulièrement importante chez le chien, chez lequel toute masse auriculaire doit être considérée comme de nature indéterminée jusqu'à preuve du contraire.
Une cause encore discutée
Les polypes inflammatoires sont principalement décrits chez le chat, avec une prédilection pour les jeunes animaux, même s'ils peuvent être observés à tout âge. Leur origine exacte reste discutée. Longtemps considérés comme des anomalies congénitales ou développementales, ils sont aujourd'hui davantage envisagés comme la conséquence d'un processus inflammatoire chronique de la muqueuse de la bulle tympanique ou de la trompe auditive, possiblement favorisé par des infections des voies respiratoires supérieures survenues précocement. Aucune cause unique n'a cependant été clairement démontrée et leur physiopathologie demeure probablement multifactorielle.
Une maladie de l'oreille moyenne avant d'être une masse auriculaire
Le polype inflammatoire ne doit pas être considéré comme une simple masse développée dans le conduit auditif. Il prend le plus souvent naissance au niveau de la muqueuse de la bulle tympanique ou de la trompe auditive, avant de progresser soit latéralement vers le conduit auditif externe, soit médialement vers le nasopharynx. Certains chats présentent simultanément une extension dans les deux directions.
Cette origine anatomique explique la diversité des signes cliniques observés mais également le risque de récidive après une simple traction-avulsion lorsque la base d'implantation persiste dans l'oreille moyenne. Elle conditionne donc directement la démarche diagnostique et le choix du traitement (figure).
Penser au polype : une présentation clinique liée à sa localisation
La présentation clinique dépend essentiellement de la direction de croissance du polype : vers le conduit auditif externe, le nasopharynx ou au sein de l'oreille moyenne. Elle peut ainsi être auriculaire, respiratoire ou nerveuse, ce qui explique certaines difficultés diagnostiques.
Extension vers le conduit auditif externe : la présentation la plus évocatrice
Lorsque le polype progresse latéralement après perforation de la membrane tympanique, il devient visible dans le conduit auditif externe. Les propriétaires consultent généralement pour une otite unilatérale chronique ou récidivante répondant mal au traitement, parfois associée à une gêne, un secouement de tête ou un prurit.
L'otoscopie révèle typiquement une masse rosée, lisse, pédiculée et peu friable, pouvant obstruer partiellement ou totalement le conduit et favoriser une otite secondaire. L'inflammation ou la douleur peuvent toutefois limiter l'examen et justifier une exploration sous anesthésie générale.
Extension vers le nasopharynx : une présentation souvent méconnue
Lorsque le polype progresse médialement par la trompe auditive, il peut faire protrusion dans le nasopharynx sans être visible dans le conduit auditif. Les signes sont alors principalement respiratoires : stertor inspiratoire, ronflement, éternuements ou intolérance à l'effort. Une dysphagie, des mouvements répétés de déglutition ou une modification de la voix sont également possibles.
L'absence de signes auriculaires n'exclut donc pas un polype inflammatoire. Chez un jeune chat présentant des signes respiratoires hauts persistants sans cause évidente, le nasopharynx doit être exploré sous anesthésie.
Atteinte de l'oreille moyenne : ne pas méconnaître les signes nerveux
Lorsque l'inflammation intéresse l'oreille moyenne et les structures nerveuses adjacentes, un syndrome vestibulaire périphérique, un syndrome de Claude Bernard-Horner ipsilatéral ou, plus rarement, une paralysie faciale peuvent apparaître. Leur association à une otite chronique ou à des signes respiratoires hauts doit faire rechercher une origine auriculaire plutôt qu'une affection neurologique primaire. ■
Un prochain article, sur le diagnotic et le traitement, sera publié dans La Dépêche Vétérinaire n° 1819 du 21 novembre 2026.
Gros Plan : Les principaux pièges diagnostiques
- Examen limité au conduit auditif alors que le polype est exclusivement développé dans le nasopharynx et reste invisible à l'otoscopie.
- Une otite unilatérale chronique ou récidivante est traitée de façon répétée, sans réalisation d'une otoscopie approfondie ou d'un examen sous anesthésie générale.
- Des signes respiratoires hauts (stertor, ronflement inspiratoire, dysphagie, modification de la voix) sont attribués à une affection des voies respiratoires supérieures sans exploration du nasopharynx.
- Un syndrome vestibulaire périphérique, un syndrome de Claude Bernard-Horner ou une paralysie faciale sont interprétés comme une affection nerveuse isolée, sans rechercher une origine dans l'oreille moyenne.
À retenir : chez un jeune chat présentant une otite unilatérale chronique, des signes respiratoires hauts ou des manifestations neurologiques périphériques, le polype inflammatoire doit toujours faire partie du diagnostic différentiel. A.M.





