Pharmacovigilance : Doxycycline et gobage de mouches chez un chien : quel est votre avis ?

Au bout de 48 heures de traitement, le chien se met à développer un comportement de gobage de mouches.

© Eric Fresnay

Elisabeth BEGON

Sylviane LAURENTIE

Anses-ANMV-département Pharmacovigilance

(35306 Fougères)

Exposé

Pour traiter une infection d'origine indéterminée (se manifestant par une leucocytose, une légère hyperthermie et un abattement), un chien mâle croisé setter de 8 ans se voit prescrire de la doxycycline par voie orale à la dose de 10 mg/kg/j en une prise quotidienne pendant 10 jours.

Au bout de 48 heures de traitement, le chien va beaucoup mieux (plus d'abattement, appétit normal).

Cependant, il se met à développer un comportement de gobage de mouches, plusieurs fois par jour : le chien se couche et semble vouloir gober des mouches imaginaires.

Le traitement est écourté et arrêté au bout de 7 jours au lieu de 10.

Le jour suivant l'arrêt du traitement, le gobage de mouche cesse.

Quel est votre avis ?

L'avis du pharmacovigilant

Le gobage de mouche est décrit chez le chien comme ayant de nombreuses causes possibles.

Les causes nerveuses et comportementales semblent prédominer et sont bien décrites dans la littérature 1 : le gobage de mouche peut être l'expression de crises convulsives partielles, d'un trouble obsessionnel compulsif, hallucinatoire ou d'une stéréotypie.

Certaines races apparaissent prédisposées à ce syndrome : notamment le cavalier king Charles, le schnauzer nain et le grand bouvier Suisse.

Cependant, certains articles mentionnent également des affections digestives comme causes possibles de ce syndrome². L'extension du cou réalisée pendant le mouvement de gobage de mouche correspondrait à une posture de soulagement d'une douleur ou d'un inconfort d'origine gastro-intestinale.

De la même manière, chez l'Homme, le syndrome de Sandifer est un mouvement anormal de la tête, du cou et du tronc, décrit chez certains nourrissons atteints de reflux gastro-oesophagien.

Dans le cas présent, il n'y a pas eu d'évaluation neurologique, comportementale ou d'explorations digestives menées chez ce chien.

L'absence de symptômes avant traitement et leur résolution rapide après l'arrêt du traitement, associé au fait que la doxycycline par voie orale est connue pour provoquer des troubles digestifs tels qu'oesophagite et vomissements, permettent de conclure que le rôle de la doxycycline dans la survenue du gobage de mouche est probable.

Bibliographie

1. Wrzosek M., Plonek M., Nicpon J., Cizinauskas S., Pakozdy A. Retrospective multicenter evaluation of the fly-catching syndrome in 24 dogs: EEG, BAER, MRI, CSF findings and response to antiepileptic and antidepressant treatment. Epilepsy & Behavior, 2015, 53, pp. 184-189.

2. Frank, D., Bélanger, M.C., Bécuwe-Bonnet, V., Parent, J. Prospective medical evaluation of 7 dogs presented with fly biting. Canadian Veterinary Journal, 2007, 53(12), pp. 1279-1284.

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Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1488

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