Ne pas laisser de côté la résistance aux antifongiques

Aspect des colonies de la moisissure Aspergillus fumigatus, pathogène respiratoire majeur pour l'Homme et l'animal (surtout les oiseaux) pour lequel une résistance aux antifongiques est de plus en plus souvent rapportée.

© Pr Guillot, DPM Oniris

Mycologie

Si on parle beaucoup de résistance bactérienne, la résistance des champignons microscopiques, les micromycètes, aux antifongiques ne fait pas l'objet d'une telle mise en avant. Elle est pourtant bien réelle et porteuse de risques sanitaires importants. Dans une tribune publiée le 15 avril dans la revue Nature Medicine, une cinquantaine de chercheurs, dont notre confrère le Pr Jacques Guillot, soulignent cette émergence et appellent à un plan d'action international et multidisciplinaire.

Une tribune dont notre confrère Jacques Guillot, enseignant-chercheur à Oniris, est co-auteur avec Jean-Pierre Gangneux du CHU de Rennes et Eric Dannaoui de l'APHP, a été publiée dans la revue Nature Medicine le 15 avril et souligne la menace représentée par l'émergence de la résistance aux antifongiques chez les champignons microscopiques (micromycètes). Pour la contrer, une cinquantaine de chercheurs du monde entier appellent à mettre en oeuvre des actions multidisciplinaires suivant une approche One Health.

« De nombreux pathogènes fongiques deviennent résistants aux traitements médicamenteux, ce qui pose de sérieux risques pour les patients dont le système immunitaire est affaibli. Alors que les stratégies mondiales contre la résistance aux antimicrobiens se sont longtemps concentrées principalement sur les bactéries et les virus, il est urgent d'accorder davantage d'attention aux champignons », insistent les auteurs.

Dans la tribune, des chercheurs issus d'une soixantaine d'institutions, dont Oniris, ont rassemblé des données mondiales et élaboré un plan en cinq étapes pour mieux surveiller et prévenir l'émergence et la diffusion des champignons résistants.

« La publication dans Nature Medicine constitue une étape importante vers la mise à jour du Plan d'action mondial de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévue plus tard cette année », poursuivent les auteurs.

Plan en cinq étapes

Les cinq étapes comprennent la sensibilisation, la surveillance, la prévention et le contrôle des infections, l'utilisation optimisée ainsi que les investissements.

« Divers champignons peuvent provoquer des infections. Les champignons kératinophiles entraînent généralement des affections bénignes comme le pied d'athlète ou les mycoses des ongles. Cependant, des espèces persistantes et résistantes aux antifongiques sont apparues ces dernières années, comme le dermatophyte Trichophyton indotineae, pouvant provoquer des infections cutanées graves et difficiles à traiter. Dans les hôpitaux, la levure Candida auris représente un risque encore plus important car elle peut entraîner des infections invasives graves chez les patients vulnérables. Un patient sur trois atteint d'une infection à C. auris n'y survit pas. La moisissure Aspergillus fumigatus suscite également des inquiétudes car une résistance aux azolés est observée à l'échelle mondiale et compromet les options thérapeutiques », expliquent les chercheurs.

En médecine vétérinaire, des cas d'échec thérapeutique liés à la résistance aux antifongiques sont de plus en plus souvent documentés.

Une attention particulière concerne actuellement la levure Malassezia pachydermatis, pathogène opportuniste fréquent lors de dermatite atopique chez le chien. A Oniris, une thèse d'université a pour objectif la mise au point de méthodes standardisées pour la réalisation d'antifongigrammes pour M. pachydermatis et la définition de seuils d'interprétation. Une autre étude porte sur le rôle des immunomodulateurs (utilisés lors de la dermatite atopique) sur l'émergence de la résistance de la levure. Ces projets bénéficient d'un financement du plan EcoAntibio 3 (qui intègre depuis peu la problématique de la résistance aux antifongiques ou aux antiparasitaires).

La résistance aux antifongiques ne se développe pas uniquement dans un contexte médical (du fait des traitements de l'Homme ou des animaux) mais aussi dans l'environnement et du fait de l'utilisation des fongicides agricoles qui sont des analogues structuraux de certains antifongiques utilisés en médecine humaine et vétérinaire. Leur utilisation en agriculture exerce une pression de sélection sur certains champignons.

Lutte multidisciplinaire

L'utilisation de molécules antifongiques dans différents domaines illustre parfaitement le concept One Health et la nécessité d'organiser la lutte autour de collaborations multidisciplinaires et multisectorielles.

« Certaines initiatives visant à faciliter les interventions suivant l'approche One Health sont déjà en cours, notamment la priorisation des agents pathogènes fongiques de l'OMS, qui décrit les étapes nécessaires pour freiner la résistance aux antifongiques, ainsi que la création de groupes de travail multidisciplinaires au sein des principales sociétés internationales de mycologie médicale. Toutefois, ces initiatives doivent être intégrées dans les politiques mondiales de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. La communauté mondiale de la mycologie appelle désormais à faire de la résistance aux antifongiques une priorité dans ces politiques et à prendre les mesures nécessaires », concluent les chercheurs.

Le prochain congrès mondial sur l'aspergillose sera organisé par le professeur Jean-Pierre Gangneux, à Rennes, en février 2027. M.L.

Encore plus d'infos !

La tribune est en ligne sur le site de la revue : urlr.me/VukZQD.




Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1801

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