Maladie de la vache folle il y a trente ans : chronique de plusieurs crises sanitaires
Vache atteinte d'ESB : expression de la peur devant un obstacle.
© Eric Collin
Jeanne BRUGERE-PICOUX
Professeure honoraire agrégée de pathologie du bétail à l'école vétérinaire d'Alfort
Présidente honoraire de l'Académie vétérinaire de France, Académie nationale de médecine
Santé publique
L'annonce, le 20 mars 1996, par le ministre britannique de la Santé d'un lien possible entre l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et des cas humains d'une nouvelle forme variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) a déclenché une crise médiatique et sanitaire à l'échelle européenne sans précédent. En fait, cette crise s'est annoncée très progressivement à partir de 1987 et on peut parler de crises successives liées à cette maladie. Face aux questions encore en suspens sur la transmission et l'incubation de la vMCJ liée à l'ESB et à leurs implications pour la santé publique, la poursuite de la surveillance de la vMCJ et des autres maladies humaines à prions est impérative.
Nul n'ignore depuis le 20 mars 1996 les termes de prion, de maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), de tremblante du mouton ou d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), cette dernière maladie ayant été découverte dix années plus tôt au Royaume-Uni (RU). Ce jour-là, le ministère de la Santé britannique annonça, dans l'incrédulité générale, qu'il y avait peut-être une relation entre l'ESB (plus connue dans les médias sous le nom de maladie de la vache folle) et dix cas d'une nouvelle forme variante de la MCJ (vMCJ) chez l'Homme. La crise qui s'ensuivit fut sans précédent dans le domaine de l'élevage et de l'industrie de l'agro-alimentaire.
En fait, cette crise s'est annoncée très progressivement à partir de 1987 lorsque la revue anglaise Veterinary Record a signalé les premiers cas d'ESB et il suffisait de la lire pour continuer à être informé. Après l'annonce en mai de 455 cas d'ESB au RU, j'avais proposé à La Dépêche Vétérinaire une alerte sur ce sujet. Le responsable de cette revue n'a toutefois pas jugé pertinent d'accepter ce sujet qu'il estimait relever de la simple « curiosité scientifique » (ce ne fut pas le cas dans les années suivantes avec ses successeurs car cette revue fut toujours pour moi le meilleur moyen de diffusion d'une actualité pouvant intéresser la profession vétérinaire tant dans le cas de l'ESB que pour d'autres sujets émergents).
A cette époque, je commençais mon enseignement sur la tremblante en annonçant « une maladie que vous ne verrez pas car l'éleveur connaît son côté héréditaire et la cache mais il garde ses brebis car elles sont plus prolifiques et vous comprendrez pourquoi je ne mange plus de cervelle ».
Nous avons alors publié dès 1989 une première revue sur ce sujet dans le Bulletin de la Société vétérinaire pratique de France puis d'autres en 1990 dans le Bulletin de l'Académie nationale de médecine (ANM) en mai 1990 ou dans celui de l'Académie vétérinaire de France (AVF) pour alerter le milieu médical (médecins et vétérinaires) sur cette maladie bovine émergente. Dans ces différents articles, l'hypothèse « d'un risque zoonotique » n'était jamais exclue, « espérant que le mode de transmission de cette affection bovine restera « accidentel » (transmission par un aliment contaminé sans possibilité de transmission verticale ou horizontale ultérieure) et limité au RU »...
Premier cas d'encéphalopathie spongiforme féline en 1990
En fait, il y eu surtout une première crise de l'ESB avec l'apparition du premier cas d'encéphalopathie spongiforme féline (ESF) en 1990.
En mai 1990, le RU annonce la première description d'un cas d'ESF, démontrant ainsi la possibilité d'une transmission de l'ESB au chat dans les conditions naturelles.
Cette nouvelle fut médiatisée et suivie par la décision française d'un embargo sur les viandes britanniques par le ministre de l'Agriculture. En juin 1990, nous avons réalisé une vidéocassette pour les groupements techniques vétérinaires (GTV) afin de présenter les aspects cliniques de cette maladie émergente aux vétérinaires français.
Le 21 juin 1990, un avis était émis par l'AVF sur le problème de l'ESB dont le nombre de cas augmentait au RU (15 000 cas). « Considérant qu'aucune étude ne permet pour l'instant d'affirmer que l'Homme est insensible à l'agent transmissible ... l'AVF souhaite que le risque potentiel de zoonose soit examiné dans tous ses aspects et que la plus grande rigueur soit prise pour la surveillance des denrées d'origine bovine. En particulier, tant que dureront les importations, les tissus potentiellement virulents (encéphale, moelle, nerfs, thymus, abats en général) devraient être retirés des consommations humaine et animale ».
La deuxième crise de l'ESB il y a 30 ans s'annonçait plus sérieusement fin février 1996.
Alors que le nombre de cas d'ESB avait atteint un pic en juillet 1993 (100 000 cas), les médias britanniques s'inquiétaient de la possibilité d'une contamination de l'Homme du fait de l'observation d'une MCJ chez quatre fermiers et chez deux adolescents. C'est ainsi que je fus sollicitée par l'AVF et l'ANM les 1er et 6 février respectivement pour une conférence suivie d'un avis ou nous recommandions notamment « que soient appliquées, en France, les mêmes interdictions qu'au RU sur les abats des veaux importés de ce pays »... puis le 20 février au Parlement européen (commission agricole), à Bruxelles.
Crise du 20 mars 1996
L'annonce du 20 mars 1996 par le ministre de la Santé britannique à la Chambre des communes sur la relation possible entre l'ESB et 10 cas de vMCJ pouvant être liée à une contamination avant l'interdiction des abats bovins spécifiés (ABS) pouvant présenter un risque en 1989 a eu lieu dans des conditions très particulières. Depuis deux jours, par coïncidence, les rares scientifiques qui travaillaient sur ces maladies humaines et animales étaient tous réunis dans un congrès sur ce sujet au Val-de-Grâce, à Paris. Mais dès le 19 mars, les scientifiques ont été rappelés par les autorités anglaises. On saura plus tard que ces départs précipités furent la conséquence d'une fuite, le Daily Mirror s'apprêtant à faire la une sur ces cas de vMCJ dans son édition du lendemain alors que les familles des jeunes malades n'avaient pas encore été prévenues.
Après l'annonce du ministre de la Santé anglais, notre perplexité augmenta encore du fait de l'absence d'une justification motivée car ce n'est que trois semaines plus tard qu'un article publié dans The Lancet du 6 avril 1996 confirmait une forte suspicion de vMCJ, qui ne fut confirmée qu'à la fin du mois de septembre 1997 dans Nature.
Avec notre confrère Vincent Carlier, nous avions publié dès le 21 novembre 1996 dans le bulletin de l'AVF une revue avec la liste des abats à risques spécifiés chez les ruminants : « Encéphalopathie spongiforme bovine : infectiosité des tissus, conséquences ». Elle sera beaucoup utilisée par la suite dans le comité scientifique Dormont créé lors de cette seconde crise.
2000 : troisième crise de l'ESB
Après la constatation que l'agent de l'ESB a bien contaminé l'Homme par la voie alimentaire, nous soulignerons que la crise médiatique la plus importante fut la troisième, en 2000, face aux incertitudes des scientifiques pour prédire le nombre de cas de vMCJ qui seront observés dans l'avenir alors que l'on découvre en 1999 l'importance de l'infection des bovins anglais nés entre 1987 et 1989 (figure n° 1).
C'est pourquoi dès février 1999, alors que Bruxelles envisageait de lever l'embargo européen sur les produits bovins britanniques, seule l'ANM (sous la présidence de notre confrère Charles Pilet) a émis un avis contraire « considérant que la levée de l'embargo sur le boeuf britannique est prématurée et qu'il serait souhaitable d'attendre 2001... dans le contexte d'une approche de précaution, privilégiant la santé publique face à des connaissances scientifiques encore incomplètes sur l'ESB et ses risques pour l'Homme ».
Ce ne sera que beaucoup plus tard, en décembre 1999, que l'Association française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) demandera le maintien de l'embargo jusqu'en 2002.
L'augmentation régulière des cas de vMVJ au RU vers un pic inquiétant de 28 cas en 2000 a amené certains épidémiologistes scientifiquement reconnus à annoncer une troisième crise plus grave liée à l'ESB (figure n° 2). Mais en 2001, une étude française s'est révélée plus rassurante en prédisant un total de 205 cas de vMCJ, avec une durée moyenne d'incubation de 16,7 ans.
Ayant appris en 2000 par les douanes britanniques que nous avions importé 20 fois plus d'abats anglais vers la France à partir de 1988 (soit environ 6 000 tonnes par an pendant les deux périodes où les mesures de précaution britanniques pour ces abats n'étaient pas encore appliquées), on pouvait ainsi prédire qu'il y aurait plus de cas à partir de 2004-2005 en France et que cela durerait 2 ans. Ce fut le cas et l'on peut noter le délai de 5 ans entre les mesures de précaution prises au RU et hors RU, la France étant le pays le plus touché après le RU avec 29 cas sur les 55 notifiés hors RU (figure n° 3).
Évolution des cas de vMCJ depuis 30 ans
La France fut le second pays le plus touché par l'épidémie de vMCJ avec 29 cas. C'est au RU que les scientifiques ont étudié les risques de transmission interhumaines autres qu'alimentaires, comme c'est le cas pour la majorité des cas de vMCJ. L'accumulation généralisée du prion dans des tissus périphériques, permettant la confirmation d'un diagnostic de suspicion clinique par une biopsie des amygdales, pouvait faire craindre des contaminations iatrogènes par chirurgie notamment. Le RU n'a observé que trois cas de contaminations interhumaines par transfusion sanguine.
En France, on a pu observer deux cas de contamination par accident de laboratoire (piqûre ou coupure) signalés en 2019 et 2021.
Jusqu'en 2016, les cas de vMCJ concernaient des sujets prédisposés à une courte durée d'incubation car porteurs du génotype méthionine-méthionine (MM) sur le codon 129. Mais l'apparition en 2017 du premier cas de vMCJ hétérozygote méthionine-valine (MV) au RU ne permet pas d'exclure la possibilité d'une seconde vague de vMCJ survenant chez les génotypes MV, voire VV, sur le codon 129 avec des périodes d'incubation potentiellement plus longues associées ou non à un effet dose.
Il est possible que les cas de vMCJ survenant chez les personnes âgées (plus de 65 ans) ne soient pas reconnus, notamment parce que d'autres affections neurodégénératives présentant un tableau clinique similaire sont relativement fréquentes dans cette tranche d'âge. Face à ces questions en suspens et à leurs implications pour la santé publique, la poursuite de la surveillance de la vMCJ et des autres maladies à prions humaines est impérative. ■
Cet article est un résumé de celui qui sera publié dans le Bulletin de l'Académie vétérinaire de France (conférence présentée dans cette académie le 5 mars 2026).
Gros Plan : « Toutes les leçons n'ont pu être tirées »
En responsabilité au sein de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) au moment du déclenchement de la crise liée à l'encéphalopathie spongiforme bovine en 1996, nos confrères Christophe Brard et Eric Collin témoignent.
■ La Dépêche Vétérinaire : Comment, en tant que vétérinaire praticien, avez-vous ressenti l'annonce du 20 mars 1996 du ministre de Santé britannique d'un possible lien entre l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et des cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l'humain ? Aviez-vous pressenti l'effet que cette annonce allait avoir notamment sur la filière bovine en France et auprès du grand public ?
Christophe Brard, président honoraire de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) : En tant que praticien, d'une part, et vice-président de la SNGTV à l'époque, d'autre part, j'ai tout de suite compris les implications potentielles de cette annonce sur notre territoire national, tant vis-à-vis des acteurs du sanitaire (vétérinaires, éleveurs, médecins, administrations centrales et déconcentrées), de la filière bovine et des citoyens.
Eric Collin, ancien président de la commission Epidémiologie de la SNGTV : Depuis la fin des années 1980, je suivais avec d'autres, en particulier Marc Savey, ce qui se déroulait au Royaume-Uni (concernant l'ESB, NDLR). On réfléchissait déjà à une surveillance active.
Je n'ai pas examiné le premier cas de 1991 mais, avec la mise en place du réseau de surveillance dont j'étais le coordonnateur départemental, on a pu sensibiliser très vite les confrères et les suspicions sont arrivées rapidement et j'ai pu décrire la maladie.
La fonction de coordonnateur et d'animateur du réseau de surveillance national en collaboration avec l'Afssa et la Direction générale de l'alimentation (DGAL) a été importante car le praticien devenait un acteur de la mise en place d'un dispositif de surveillance.
Depuis l'annonce de cette nouvelle maladie chez les bovins, je suivais les publications des travaux sur les prions, en particulier des Britanniques (Pr Collinge), du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) français avec ceux de Jean-Philippe Deslys et Corinne Lasmezas, ou des synthèses du Pr Dormont, pour donner avec la SNGTV l'information la plus pertinente dans l'animation du réseau de surveillance ESB.
Assez vite, on pouvait voir se dessiner un faisceau de présomptions dans le sens d'un franchissement de barrière d'espèces mais sans preuve irréfutable. Il fallait se préparer à une annonce qui allait bouleverser l'opinion publique.
J'ai le souvenir d'hommes politiques qui, s'interrogeant sur cette question de société, me contactaient, non pas par curiosité scientifique mais surtout pour garder une forme d'autorité ou de légitimité dans leur discours et surtout ne pas être distancés par un concurrent lui aussi informé...
Je n'ai donc pas été franchement surpris par l'annonce et par la déferlante médiatique qui a suivi. Difficile de garder un discours scientifique dans ce tourbillon.
■ D.V. : Comment les vétérinaires se sont-ils mobilisés à la fois pour diagnostiquer les cas potentiels en France chez l'animal et informer les éleveurs sur les mesures à mettre en place ?
C.B. : Dès la découverte du premier cas en Bretagne en 1991, en concertation avec toutes les parties prenantes (ministères en charge de l'agriculture et de la santé, Afssa, écoles nationales vétérinaires, organisations professionnelles agricoles et vétérinaires), la SNGTV s'est mise en ordre de marche.
Le premier réseau d'épidémiosurveillance clinique a été mis en place en cette année (réseau NBA-neuropathologies des bovins adultes), impliquant le Cneva (à l'origine de l'Afssa puis de l'Anses), la DGAL et la SNGTV.
Les coordonnateurs identifiés dans les départements ont suivi une formation, reçu des protocoles standardisés d'expertise et étaient à la disposition des praticiens pour les aider dans leur démarche diagnostique lors de suspicion.
Une campagne de communication a été réalisée par la SNGTV à destination des médias et des praticiens (affiches et brochures destinées aux éleveurs et au public). Enfin, de nombreux articles ont été publiés dans le Bulletin des GTV sur l'ESB et les neuropathologies bovines.
■ D.V. : A votre avis, est-ce que les leçons de cette crise ont été tirées ?
C.B. : Le réseau des coordonnateurs ESB a été le premier réseau mis en place par la SNGTV, impliquant tous les vétérinaires du territoire, dans une approche d'épidémiologie opérationnelle.
Toutes les leçons n'ont pu être tirées, le retour d'expérience n'ayant pas formellement été réalisé, du fait d'un manque de temps au regard de la gestion des actualités sanitaires et de la disponibilité des acteurs.
Ce manque de Retex est malheureusement souvent une constante à laquelle il convient de remédier. Mais le constat est là : pour la SNGTV, cet épisode a ouvert la voie de son implication majeure dans la gestion des crises sanitaires auxquelles notre territoire a été ou est encore confronté (fièvre aphteuse, fièvre catarrhale ovine, maladie de Schmallenberg, influenza aviaire hautement pathogène, brucellose, maladie hémorragique épizootique, dermatose nodulaire contagieuse (DNC), Aethina tumida, West Nile...).
La déclination opérationnelle du concept « One Health : Une seule santé », impliquant tous les acteurs, est désormais une réalité qu'il convient de renforcer.
E.C. : Cette crise a été étudiée à maintes reprises par différentes institutions (Sénat avec une commission d'enquête, Assemblée nationale, Conseil national de l'alimentation...) mais il n'y a jamais eu, à ma connaissance, de véritable retour d'expérience de la part de l Etat.
Toutefois, elle a permis de montrer le besoin d'une séparation de la gestion et de l'évaluation du risque, l'importance de l'encadrement de la surveillance active par les vétérinaires praticiens (coordination, information, formation, sensibilisation), la nécessité d'un discours commun à tous les intervenants, accessible au public, clair, univoque, empathique.
Il ne faut pas laisser la science devenir une opinion. Avec la DNC, il semblerait que certains l'aient oublié.
L'intérêt pour les maladies émergentes est resté, au moins à la SNGTV qui promeut une surveillance étroite des cheptels. Gouverner, c'est prévoir. En santé animale, prévoir c'est prévenir. ■
Référence bibliographique
Bulletin des GTV. Numéro spécial 2025 « Maladies émergentes et réémergentes » :
Mémoire des crises sanitaires animales 1ère partie : les crises sanitaires animales majeures : Entre Règles, Sécurité et Gestion des déchets-Comment réconcilier responsabilités et pratiques. Éric Collin.
Mémoire des crises sanitaires animales 2e partie : une approche synthétique des crises, des enseignements pour l'avenir. Éric Collin.
Gros Plan : « Cette crise fut très préjudiciable du fait d'une communication médiatique parfois erronée »
■ La Dépêche Vétérinaire : Vous avez vécu de près, en tant que scientifique, la crise déclenchée par l'annonce du 20 mars 1996 du ministre de Santé britannique d'un possible lien entre l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et des cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l'Homme. Pourtant l'hypothèse zoonotique avait déjà été émise plusieurs années avant. Pensez-vous que beaucoup de scientifiques se sont voilés la face à cette époque ?
Pr Jeanne Brugère-Picoux : Non. On ne peut parler que d'une connaissance précise concernant l'hypothèse d'un risque zoonotique chez des scientifiques qui connaissaient bien à l'époque la tremblante du mouton et l'évoquaient mais ils étaient trop peu nombreux. Je faisais partie de leur équipe (médecin général Court, Jacqueline Chatelain et Françoise Cathala) car la tremblante était un excellent modèle animal de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
■D.V. : S'en sont suivies de multiples mesures en France et à l'échelle européenne pour notamment réguler l'usage des farines animales et améliorer la traçabilité des animaux. Pensez-vous que cette crise marque le début de la défiance des consommateurs vis-à-vis de leur alimentation ?
J.B.-P. : Cette crise fut très préjudiciable du fait d'une communication médiatique parfois erronée. Heureusement, à l'époque, les réseaux sociaux étaient moins importants car les fakes news lancées par des « scientifiques » (dont certains dans notre profession) n'ont pas été très relayées pour être aussi efficaces que dans la crise que nous venons de connaître avec la dermatose nodulaire bovine (qui pourtant ne présentait pas de risque pour la santé humaine).
Personnellement, je pense que la défiance des consommateurs vis-à-vis de leur alimentation en produits bovins relève plus d'un courant « animaliste » (véganisme, végétarisme) que d'un problème de risque sanitaire.
■D.V. : Quelles leçons à votre avis peut-on tirer de cette crise historique de l'histoire sanitaire vétérinaire ?
J.B.-P. : L'importance d'une reconnaissance par les médecins de travailler avec les vétérinaires dont la formation en pathologie animale comparée apporte une expertise parfois différente quand il faut évaluer un risque en santé publique de zoonose dès l'apparition d'une maladie animale émergente.
Cette crise de la vache folle l'a démontré parfaitement au sein du comité Dormont créé juste après le 20 mars 1996. Ce comité réunissait différents scientifiques dont des vétérinaires et des médecins. Je rappelle que mon nom avait été barré au cabinet du ministre de l'Agriculture de l'époque (les lanceurs d'alerte ne sont pas toujours bien vus) mais je fus invitée officieusement et de façon permanente dans ce comité par son président, Dominique Dormont, qui n'avait pas accepté cette mise à l'écart qui, d'ailleurs, avait surpris les médias. ■





