La leishmaniose canine est devenue une problématique sur tout le territoire national
© (1) BOURDEAU et al (2019). Canine Generalized Leishmaniasis in France : Distribution and Dynamics : 4th National survey with veterinary clinics. Affiche présentée au 27e congrès WAAVP, Madison.
Epidémiologie
Même si la zone d'enzootie de la leishmaniose ne s'étend pas sur l'ensemble du territoire national, tous les vétérinaires sont susceptibles de rencontrer la maladie en raison des voyages de plus en plus fréquents effectués par les animaux. Par ailleurs, la répartition géographique des cas autochtones s'étend vers le nord et l'ouest et n'est plus cantonnée au Sud-Est du territoire. Au vu de cette évolution épidémiologique, les experts ont dû adapter leurs recommandations, comme l'explique notre confrère spécialiste en parasitologie à Oniris, le Pr Jacques Guillot.
■ La Dépêche Vétérinaire : Le périmètre géographique de la leishmaniose canine en France semble s'étendre. Quelle est aujourd'hui la situation épidémiologique de cette maladie vectorielle dans notre pays ?
Jacques Guillot, professeur de parasitologie et de mycologie à Oniris : Il n'y a, à ma connaissance, pas d'étude scientifique récente et poussée qui indique avec précision la répartition géographique actuelle de la maladie. Celle-ci est appréhendée par les remontées des vétérinaires qui signalent des cas et par les données émanant de questionnaires, notamment ceux qui ont été conçus et diffusés par le Pr Patrick Bourdeau à Oniris.
Ce qui est certain, c'est que la maladie, traditionnellement présente dans le Sud-Est de la France, s'étend vers le nord, en direction de Lyon, puisqu'on rencontre des cas dans la banlieue lyonnaise, et vers l'ouest, en direction de la façade atlantique.
Une autre certitude est que les vétérinaires, partout en France, peuvent être confrontés à la leishmaniose, en lien avec les voyages des animaux. Or les vétérinaires qui exercent dans des zones épargnées par la maladie peuvent être démunis face à des manifestations cliniques très variées. Ils ne sont pas forcément non plus toujours à l'aise sur l'aspect prévention.
Il est donc important d'avoir en tête que la leishmaniose peut être rencontrée partout sur le territoire et de ne pas se focaliser sur des zones géographiques.
■ D.V. : Quelles sont les formes cliniques les plus fréquemment rencontrées ? Le chat peut-il être concerné ?
J.G. : Le chat est une espèce qui interroge car, même si elle est peu touchée par la maladie, elle pourrait jouer le rôle de réservoir. Le chat est en effet un animal réceptif à la leishmaniose mais peu sensible et qui développe assez rarement la maladie.
Par ailleurs, la clinique de la maladie chez cet animal est peu caractéristique avec souvent de simples nodules cutanés. Le diagnostic n'est donc pas évident à effectuer mais doit être envisagé en zones d'enzootie.
Chez le chien, la clinique peut également être déroutante chez les vétérinaires qui n'y sont pas habitués. Elle associe des signes généraux (abattement, fonte musculaire...) et cutanéo-muqueux (dépilation, squamosis, ulcèrations, onychogriffose...) et parfois oculaires.
La leishmaniose est par ailleurs une maladie dont la pathogénie est complexe avec une composante génétique et immunologique majeure. Ainsi, certains chiens développeront la maladie et d'autres non sans qu'il soit possible de l'expliquer dans la plupart des cas.
■ D.V. : Quelles sont les recommandations des parasitologues en termes de prévention de la maladie ? A peine 20 % des chiens exposés seraient vaccinés en France. Comment expliquer cette faible prévalence ?
J.G. : Les recommandations actuelles émanent de groupes d'experts internationaux et particulièrement du groupe Leishvet qui les diffuse, en français, sur son site (www.leishvet.org/leishmaniose-canine-et-feline/). Elles sont reprises par l'association Esccap* et invitent à privilégier la lutte antivectorielle, qui est la première ligne de défense. La vaccination est un mode de prévention pertinent mais complémentaire à la lutte antivectorielle.
Que seuls 20 % des chiens soient vaccinés en zones d'enzootie me semble bien faible et vraisemblablement inférieur à la couverture vaccinale en Espagne ou en Italie par exemple.
La vaccination apporte un plus et permet d'augmenter le niveau de protection des animaux. Elle a montré son efficacité même si, comme pour tout vaccin antiparasitaire, la protection induite n'est pas totale.
Par ailleurs, le vaccin disponible actuellement en France (Letifend ND, NDLR) est simple d'utilisation contrairement au premier mis sur le marché il y a une quinzaine d'années et retiré depuis.
La lutte antivectorielle doit impérativement être mise en place pour les chiens qui se rendent en zone d'enzootie et la vaccination est recommandée pour ceux qui y restent longtemps ou s'y rendent régulièrement.
■ D.V. : Le traitement contre la leishmaniose canine a-t-il évolué avec l'avancée des connaissances sur la maladie ?
J.G. : Là encore, les recommandations sont définies par le groupe Leishvet et reprises par l'association Esccap. Elles s'adaptent aux quatre stades de la maladie définis avec, pour chacun, un protocole thérapeutique à privilégier, voire l'absence de traitement au premier stade.
Le traitement de référence reste l'association antimoniate de méglumine (Glucantime ND) et allopurinol. La miltéfosine, qui dispose désormais d'une AMM en France (Milteforan ND), peut être proposée en alternative au glucantime car elle est plus facile d'emploi (voie orale versus voie injectable) mais l'antimoniate de méglumine reste le traitement de première intention quand son utilisation est possible.
La recherche s'oriente sur les voies de stimulation de l'immunité comme pistes potentielles de prévention ou de traitement.
En Espagne, la spécialité Leisguard ND est indiquée pour réduire le risque d'infection des chiens et ralentir l'évolution de la maladie pour les stades précoces de leishmaniose. Leisguard ND comporte de la dompéridone, une molécule anti-dopaminergique entraînant la production de prolactine qui stimule l'immunité cellulaire. ■
* Esccap : European Scientific Counsel Companion Animal Parasites (www.esccap.fr).






