Ingestion accidentelle d'un AINS vétérinaire pendant la grossesse : une inattention à risque d'effets potentiellement graves

En pratique, ce type d'accident chez une femme enceinte nécessite une surveillance échocardiographique du foetus dès les 48 heures post-exposition et ne doit jamais être pris à la légère.

© SHVETS production (pexels.com)

Florence ROQUE

CPVL-VetAgro Sup

(69280 Marcy-l'Etoile)

Exposé

Une femme enceinte de 34 semaines ingère accidentellement le comprimé de firocoxib (57 mg) de son chien à la place de sa supplémentation en fer.

Compte tenu des risques liés à la prise d'AINS pendant la grossesse, elle se rend aux urgences et est hospitalisée pour suivi.

Deux jours plus tard, une échographie révèle un anhydramnios (absence de liquide amniotique) avec des reins, une vessie d'aspect normal chez le foetus et une suspicion de présence du canal artériel.

Une surveillance quotidienne de la fréquence cardiaque foetale est réalisée.

Quatre jours après l'ingestion accidentelle, l'examen échographique montre un oligohydramnios (volume de liquide amniotique inférieur à la normale) mais une bonne contraction du ventricule droit du foetus, pas d'arythmie, un épanchement péricardique supraphysiologique minime sans dysfonctionnement myocardique, un canal artériel légèrement étroit et tortueux avec des vitesses légèrement accélérées mais sans critères clairs de restriction.

Au 10e jour, l'échographie montre toujours un oligohydramnios, un aspect cardiaque stable (pas d'hypertrophie ventriculaire droite, cavités cardiaques équilibrées, épanchement péricardique minime, aspect normal des gros vaisseaux).

La mère sort en hospitalisation à domicile avec surveillance et échocardiographie.

L'accouchement a lieu à 36 semaines et 6 jours : l'enfant ne présente pas d'anomalie. Il reste sous surveillance médicale.

L'avis du pharmacovigilant

Les AINS inhibent la synthèse des prostaglandines, ce qui peut induire une action vasoconstrictrice délétère pour les reins, ainsi que pour l'appareil cardiopulmonaire, par constriction ou fermeture prématurée du canal artériel du foetus.

Ce risque dépend de l'âge gestationnel et est important au-delà de 34 semaines.

Cette constriction n'évolue pas nécessairement vers la fermeture du canal artériel ; elle est le plus souvent réversible dans les 48 heures suivant l'arrêt de l'AINS.

Cependant, une constriction importante du canal artériel in utero expose au risque d'insuffisance cardiaque droite foetale et d'hypertension artérielle pulmonaire dont l'évolution peut être mortelle pour le foetus ou le nouveau-né, quelle que soit la dose administrée, certains cas ayant été rapportés après une prise unique.

Les AINS peuvent également altérer la fonction rénale du foetus mais ce risque s'observe plutôt en cas de prises prolongées d'AINS et/ou à fortes doses. L'atteinte est généralement réversible. Dans le cas présent, l'anamnios pourrait être expliqué par une insuffisance rénale aiguë passagère du foetus suite à l'ingestion accidentelle, malgré une dose peu importante et une prise unique. Le rôle du firocoxib reste plausible.

En pratique, ce type d'accident chez une femme enceinte nécessite une surveillance échocardiographique du foetus dès les 48 heures post-exposition et ne doit jamais être pris à la légère.

Par leurs déclarations de pharmacovigilance, les vétérinaires contribuent à une amélioration constante des connaissances sur les médicaments et permettent ainsi leur plus grande sécurité d'emploi. Contribuez à cette mission en déclarant : https://pharmacovigilance-anmv.anses.fr/

L'autrice remercie le Centre antipoison de Lyon pour le partage de ce cas et son avis éclairé.

Bibliographie

A. Blin 2023, Les anti-inflammatoires non stéroïdiens durant la grossesse. Actualités Pharmaceutiques, Vol 62, 626, Pages 53-54.

K. Dathe et al. Fetal adverse effects following NSAID or metamizole exposure in the 2nd and 3rd trimester: an evaluation of the German Embryotox cohort. BMC Pregnancy Childbirth. 2022 Aug 26;22(1):666.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1802

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