Dermatite atopique canine : une prise en charge individualisée, évolutive et multimodale est nécessaire
Photo n° 1 : Présentation clinique lors de la première consultation : érythème, début de lichénification et alopécie sur les babines, le museau, les doigts et les espaces interdigités.
© D.R.
Amaury BRIAND
Dipl. ECVD
AniCura Advetia (78)

Dermatologie
La dermatite atopique canine, dermatose inflammatoire chronique, multifactorielle et évolutive, nécessite une prise en charge individualisée, multimodale et inscrite dans la durée. Un même chien peut présenter, au fil du temps, différents stades de la maladie, alternant phases de poussée et périodes d'accalmie, impliquant une adaptation régulière du traitement. L'enrichissement de l'arsenal thérapeutique, notamment avec l'arrivée de nouveaux inhibiteurs de Janus kinases, offre au clinicien des outils supplémentaires pour moduler la réponse inflammatoire de manière raisonnée. L'enjeu est d'utiliser ces molécules de façon judicieuse en tenant compte de la physiopathologie, de la présentation clinique et des caractéristiques individuelles de chaque chien pour optimiser la prise en charge à long terme des patients.
La dermatite atopique canine (Dac) est une dermatose inflammatoire chronique, multifactorielle, résultant de l'interaction entre des facteurs génétiques et environnementaux. Elle se caractérise par une altération de la barrière cutanée, une réponse immunitaire inappropriée et une inflammation persistante de la peau, conduisant à un prurit souvent marqué et à des lésions cutanées d'intensité et d'aspect variables selon le stade d'évolution de la maladie1.
Au cours des dernières années, la prise en charge de la Dac a connu des avancées majeures avec l'apparition de nouvelles classes thérapeutiques ciblant plus spécifiquement les mécanismes immunologiques impliqués. Parmi celles-ci, les inhibiteurs de Janus kinases (JAK) ont profondément modifié les stratégies thérapeutiques disponibles, en offrant des alternatives efficaces et bien tolérées aux traitements immunosuppresseurs plus anciens.
La classe des inhibiteurs de JAK continue aujourd'hui de s'enrichir, ce qui représente de nouvelles options dans la prise en charge des chiens atteints de dermatite atopique.
Cas clinique
Afin d'illustrer ce propos, nous présentons le cas de Milou, coton de Tuléar mâle entier de 5 ans, présenté pour un prurit intense évalué par le propriétaire à 8/10, associé à de l'érythème.
Le chien présente depuis toujours un prurit fluctuant, alternant phases d'accalmie et poussées, habituellement contrôlées par l'application ponctuelle de dermocorticoïdes sur les zones lésées. Aucun traitement de fond n'est administré. La consultation est motivée par l'absence de réponse satisfaisante au dernier traitement : la prednisolone per os à 0,5 mg/kg/j pendant une semaine a entraîné une amélioration transitoire, suivie d'une rechute à l'arrêt. Une injection sous-cutanée de lokivetmab (1 mg/kg) a ensuite été réalisée sans efficacité clinique.
Par ailleurs, Milou reçoit un traitement antiparasitaire régulier associant lotilaner mensuel et milbémycine oxime/praziquantel trimestriel. Il est nourri avec des croquettes de gamme dermatologique après avoir déjà suivi un régime d'éviction avec des croquettes à base de protéines hydrolysées pour rechercher une composante alimentaire et sans noter d'amélioration clinique.
L'examen clinique met en évidence un érythème marqué, un début de lichénification et un épaississement cutané des babines, du museau et des faces dorsale et palmaire des pattes (photos n° 1, 2 et 3).
L'hypothèse diagnostique principale est une dermatite atopique compliquée d'une surinfection. Les cytologies cutanées révèlent de très rares cocci et levures (Malassezia sp.), A priori le traitement antiparasitaire utilisé permet d'exclure une gale sarcoptique même si le tableau clinique était ici plutôt très évocateur d'une dermatite atopique d'emblée.
Un traitement par ilunocitinib est instauré à la dose de 0,7 mg/kg/j pendant 15 jours, associé à des soins locaux antiseptiques et hydratants.
Au contrôle à J15, le propriétaire rapporte une amélioration rapide et nette du prurit, passé de 8/10 à 2/10 en deux jours. Les lésions cutanées régressent nettement, avec diminution de l'érythème et de la lichénification et une repousse du pelage (photos n° 4, 5 et 6). Le traitement par ilunocitinib associé aux soins locaux est poursuivi à la même dose pendant un mois afin de maintenir un confort pour l'animal et d'obtenir une réponse clinique optimale, les lésions dermatologiques étant améliorées mais encore présentes.
Un mois plus tard, l'amélioration se poursuit, avec disparition des lésions et maintien du prurit ≤ à 2/10 (photos n° 7, 8 et 9). On parle alors d'une rémission clinique des lésions et du prurit. Par ailleurs, le propriétaire est très satisfait. Il rapporte une nette amélioration de la qualité de vie du chien associée à l'action rapide et efficace du traitement.
Un traitement d'entretien est alors instauré, reposant sur des soins locaux réguliers (lingettes et shampooings hydratants). Une adaptation du traitement immunomodulateur est proposée avec le recours au lokivetmab (1 mg/kg) afin de maintenir la rémission clinique, une fois l'inflammation et le prurit contrôlés. En cas de rechute ou d'échappement thérapeutique, l'instauration d'un traitement au long cours par ilunocitinib pourra être envisagée.
Discussion
Rappels cliniques
Cliniquement, la Dac se manifeste par un prurit d'intensité variable, parfois sévère, et par des lésions cutanées initialement érythémateuses, souvent localisées aux zones de plis. L'évolution chronique de la maladie entraîne des modifications progressives de l'aspect cutané, avec un épaississement cutané, puis une lichénification souvent accompagnée d'une hyperpigmentation. Ces éléments sont déterminants dans le choix du traitement car les stades cliniques plus avancés traduisent en général une inflammation plus complexe faisant intervenir de nombreux effecteurs différents.
Place des traitements immunomodulateurs
Les traitements immunomodulateurs constituent un pilier majeur de la prise en charge de la Dac. Ils incluent les glucocorticoïdes, la ciclosporine, les anticorps monoclonaux ciblant l'IL-31 et les inhibiteurs de Janus kinases2.
Ces différentes options se distinguent notamment par l'étendue de leur spectre d'action. Les glucocorticoïdes et la ciclosporine exercent une action large, affectant de nombreuses cellules et voies de l'immunité. Néanmoins, même si les glucocorticoïdes sont très efficaces, très rapidement, à la fois sur l'inflammation et le prurit, ils provoquent rapidement des effets indésirables. Ils sont donc plutôt préconisés pour la prise en charge des crises lors de poussées. Pour la ciclosporine, c'est l'inverse, son action est lente donc elle est plutôt indiquée pour gérer inflammation et prurit associé sur le long cours.
À l'opposé, les anticorps monoclonaux présentent une action très ciblée, avec un excellent profil d'innocuité, mais pouvant être insuffisante lorsque l'inflammation est chronique et complexe. C'est donc une molécule que l'on peut utiliser sur des formes prurigineuses, peu lésionnelles, ou bien en traitement d'entretien pour prévenir les rechutes.
Les inhibiteurs de JAK occupent une position intermédiaire. En bloquant la voie de signalisation intracellulaire des cytokines, ils permettent de réduire efficacement le prurit et l'inflammation cutanée. Ce sont des molécules généralement bien tolérées et qui peuvent être utilisées au court terme, lors de poussées et au long terme, en entretien, si un traitement immunomodulateur est nécessaire.
Aide au choix thérapeutique
Il n'existe pas de schéma thérapeutique universel applicable à tous les chiens atopiques. Une approche pragmatique consiste à raisonner en fonction d'un continuum, allant d'une inflammation aiguë et peu remaniée à une inflammation chronique, complexe et multifactorielle. Plus les lésions sont anciennes et remaniées, plus un traitement à spectre large peut être pertinent. À l'inverse, dans des situations plus précoces ou bien contrôlées, une approche plus ciblée peut suffire.
Si on se rapporte au cas clinique présenté ici, suite à la rechute observée à l'arrêt des corticoïdes,le choix initial du lokivetmab, ayant une action très ciblée contre l'IL 31, peut expliquer l'échec thérapeutique observé car Milou présentait des lésions inflammatoires chroniques avec donc possiblement de nombreuses cytokines impliquées dans les signes cliniques. En utilisant l'ilunocitinib, on obtient une meilleure réponse, probablement liée à son action plus large contre plusieurs cytokines à la fois.
Prise en charge multimodale
Bien entendu, il ne faut pas oublier qu'une réponse optimale sera obtenue en associant les autres piliers que sont les soins locaux, une alimentation adaptée et une éviction allergologique.
Conclusion
La Dac est une affection chronique et évolutive nécessitant une prise en charge individualisée, multimodale et inscrite dans la durée. Un même patient peut présenter, au fil du temps, différents stades de la maladie, alternant phases de poussée et périodes d'accalmie, impliquant une adaptation régulière du traitement.
L'enrichissement de l'arsenal thérapeutique, notamment avec l'arrivée de nouveaux inhibiteurs de Janus kinases tels que l'ilunocitinib, offre au clinicien des outils supplémentaires pour moduler la réponse inflammatoire de manière raisonnée. L'enjeu reste d'utiliser ces molécules de façon judicieuse, en tenant compte de la physiopathologie, de la présentation clinique et des caractéristiques individuelles de chaque chien afin d'optimiser la prise en charge à long terme des patients atteints de dermatite atopique. ■
Références
3 Boerngen K, Patel Y, Pittorino M, Toutain CE. Pharmacokinetics of Ilunocitinib, a New Janus Kinase Inhibitor, in Dogs. J Vet Pharmacol Ther. 2025 Sep 8.






