Connaître les vaccinations du chat
Le choix du type de valences et du protocole vaccinal dépend de l'âge de l'individu, son état physiologique, son état de santé, ses conditions de vie et des risques sanitaires.
© Smile35-AdobeStock
Laetitia BARLERIN
Prophylaxie
Selon l'Observatoire national de la vaccination du SIMV*, seulement un chat sur quatre était vacciné en France en 2024 contre un chien sur deux. Néanmoins la vaccination progresse chez le chat en parallèle de sa médicalisation croissante. Elle reste la pierre angulaire de la médecine préventive et, dans le cadre d'une consultation médicale, elle concourt à maintenir la santé, la longévité et le bien-être des animaux. Un rappel s'avère nécessaire !
Pourquoi vacciner
La vaccination est un acte médical qui vise à induire un état d'immunité chez un individu et plus largement au sein d'une population. Elle « mime » une infection pour préparer le système immunitaire à répondre rapidement et efficacement à une potentielle future agression par un agent pathogène sauvage (virus, bactérie, voire parasite). Elle protège l'animal contre certaines maladies infectieuses et contagieuses et participe à la baisse de la prescription et l'utilisation d'antibiotiques.
Un examen clinique réalisé par le vétérinaire précède l'injection vaccinale et permet de détecter précocement et d'anticiper certains problèmes afin d'en minimiser les conséquences médicales, financières ou sur le bien-être de l'animal.
Au niveau d'une population, la vaccination permet de ralentir la circulation d'agents pathogènes, voire de les éradiquer et d'éviter les conséquences sanitaires liées à grande échelle.
Vaccin vivant ou inactivé
On différencie deux types de vaccins :
- les vaccins vivants : contiennent un agent pathogène atténué (modifié) qui, une fois dans l'organisme, se multipliera pour enclencher une réponse immunitaire mais sans pour autant provoquer la maladie ; ils garantissent une immunité cellulaire et humorale (fabrication d'anticorps) solide, proche de celle qui fait suite à une infection naturelle ; ces vaccins sont très fragiles et doivent être conservés et manipulés avec précaution (respect de la chaîne du froid) ; ils sont contrindiqués chez les animaux au système immunitaire déficient et généralement chez la femelle gestante ;
- les vaccins inactivés : contiennent un agent pathogène tué ; ils ont souvent un adjuvant censé augmenter l'intensité de la réponse immunitaire et sont utilisables chez les animaux immunodéprimés et pendant la gestation ; ils induisent une immunité principalement humorale, plus courte dans le temps qu'avec un vaccin vivant.
Plus récemment, d'autres types de vaccins issus de technologies nouvelles sont venus compléter les gammes : vaccin sous-unitaire contenant un extrait ou des antigènes choisis de l'agent pathogène, vaccin recombinant contenant un virus ou une bactérie non pathogènes génétiquement modifiés dont le génome comprend des gènes de l'agent pathogène, vaccins à ARNm...
Le type de vaccin influence le calendrier vaccinal : souvent, un vaccin vivant ne nécessite qu'une injection en primovaccination après 3 mois d'âge alors qu'un vaccin inactivé demandera deux, voire trois injections en primovaccination.
Les valences pour le chat
La vaccination est un acte individuel et le choix du type de valences comme du protocole vaccinal dépend de l'âge de l'individu, son état physiologique, son état de santé, ses conditions de vie et des risques sanitaires.
On distingue des valences (chacune correspond au pathogène visé par le vaccin) essentielles et des valences circonstancielles. Les valences essentielles sont les vaccins essentiels que devrait recevoir tout individu d'une même espèce indépendamment de ses conditions de vie et sa localisation géographique. Les circonstancielles ou optionnelles sont à choisir au cas par cas par le vétérinaire en fonction du mode de vie et du risque d'exposition aux pathogènes.
Chez le chat, on distingue :
- les valences essentielles : calicivirus félin, herpèsvirus félin, parvovirus félin ;
- les valences circonstancielles : Chlamydophila felis, virus leucémogène félin, virus de la rage.
Vaccins essentiels
- Coryza infectieux félin (calicivirus félin et herpèsvirus félin)
La maladie : le coryza infectieux félin ou syndrome coryza est un ensemble d'affections respiratoires et oculaires contagieuses dues à plusieurs agents infectieux agissant seuls ou en association. Les principaux (en contamination primaire) sont un herpès virus félin de type 1 responsable d'une rhinotrachéite et le Calicivirus félin (FCV) responsable d'une calicivirose.
Modes de contamination : la maladie est extrêmement contagieuse. La contamination est essentiellement directe de chat à chat (virus excrétés dans la salive, le jetage, les larmes ou lors d'éternuements), éventuellement indirecte par contact avec un matériel souillé (coronavirus résistant quelques jours dans l'environnement).
Symptômes : après une incubation de 2 à 6 jours, le chat présente une hyperthermie, une anorexie, une rhinotrachéite surtout liée à l'herpès virus (jetage, éternuements, parfois toux, conjonctivite, larmoiements, providence de la troisième paupière...) et/ou une calicivirose avec atteinte de la cavité buccale (ulcérations, phtyalisme...) et des voies respiratoires supérieures (rhinite, conjonctivite). La maladie peut évoluer vers la chronicité.
Pronostic : maladie rarement fatale chez l'adulte alors qu'elle peut l'être chez le jeune non traité ou l'adulte immunodéprimé.
Les animaux guéris peuvent garder des séquelles de la maladie (larmoiements chroniques, stomatite chronique, sinusite chronique..) ou présenter des épisodes réguliers (rechutes). La plupart restent porteurs et excréteurs du ou des virus.
Outre le jeune âge, un élément stressant, une infection concomitante par des rétrovirus (FeLV, FIV) favorisent l'expression de la maladie.
Protocole de vaccination (d'après les recommandations WSAVA**)
Primovaccination :
- à 2 mois : 3 injections espacées de 4 semaines chacune,
- à 16 semaines et plus : 1 injection si vaccin vivant (Feligen ND, Nobivac ND...) et 2 injections espacées de 4 semaines si vaccin inactivé (Purevax ND)...
Rappel à un an (voire à 6 mois) puis tous les ans (chat en collectivité ou qui sort) ou tous les 3 ans (chat d'intérieur) selon les risques évalués.
- Parvovirose féline
La maladie : due à un parvovirus (feline panleukopenia virus ou FPV), la parvovirose féline ou typhus est une maladie extrêmement contagieuse qui touche surtout les jeunes non vaccinés.
Modes de contamination : le virus se transmet par la voie oro-nasale directe via des selles ou des urines contaminées ou indirecte par des éléments souillés de l'environnement (virus résistant plusieurs mois et jusqu'à un an dans les cages, caisse de transport, couvertures...).
L'infection des chatons est possible in utero. Elle peut entraîner l'avortement ou une ataxie cérébelleuse des chatons nouveaux-nés (troubles de la locomotion, tremblements).
Symptômes : après une incubation de 1 à 2 jours, l'évolution est rapide (surtout chez le chaton) avec de la fièvre, de l'abattement, une anorexie suivie d'une gastro-entérite sévère entraînant déshydratation et douleurs abdominales. L'analyse de sang révèle une leucopénie sévère.
Pronostic : sombre, les chances de guérison sont faibles chez le chaton et les adultes immunodéprimés.
Protocole de vaccination (selon les recommandations WSAVA)
Primovaccination :
- à 2 mois : 3 injections espacées de 4 semaines chacune,
- à 16 semaines et plus : 1 injection si vaccin vivant (Feligen ND, Nobivac ND, Versifel ND...) et 2 injections espacées de 4 semaines si vaccin inactivé (Purevax ND)...
Rappel à un an puis tous les ans (situations à risque) ou tous les trois ans (chat d'intérieur).
La vaccination est formellement contre-indiquée pendant la gestation : la plupart des vaccins actuels sont à base de virus vivant modifié aux mêmes effets in utero que le virus sauvage.
Vaccins optionnels (circonstanciels)
- Chlamydiose (ou chlamydophilose) féline
La maladie : la chlamydiose féline ou chlamydophilose féline est une maladie infectieuse contagieuse due à Chlamydophila felis, bactérie à tropisme oculaire et secondairement respiratoire chez le chat.
Modes de contamination : le chat se contamine par contact étroit via les écoulements oculaires et nasaux (éternuements) avec un chat malade ou porteur asymptomatique de la bactérie. Une contamination indirecte par le milieu extérieur est possible.
Symptômes : l'incubation est de 3 à 5 jours. Après une phase fébrile accompagnée d'anorexie, on note l'apparition d'une conjonctivite uni puis bilatérale séreuse puis purulente, avec blépharospasme (oeil fermé) et congestion des muqueuses oculaires (oeil gonflé). Elle s'accompagne, surtout chez le jeune, d'une rhinite modérée (jetage séreux, éternuements) à sévère (purulente). L'évolution se fait sur 6 à 8 semaines sans traitement. Les jeunes sont les plus vulnérables.
Pronostic : une co-infection avec le calicivirus ou l'herpesvirus peut conduire à des formes cliniques respiratoires graves surtout chez le jeune. Il existe une persistance de l'infection chez les chats apparemment guéris d'où une excrétion bactérienne et un risque de rechute pendant des mois.
Protocole de vaccination (selon les recommandations WSAVA)
Primovaccination en deux injections espacées de 4 semaines, à partir de 9 semaines d'âge.
Rappels annuels
La vaccination est recommandée dans les chatteries, refuges et autres collectivités si des cas de chlamydiose ont été diagnostiqués (test PCR) ou suspectés. Chez les chats ayant déjà développé une chlamydiose, la vaccination réduit le risque de rechute et surtout la gravité de la maladie.
- Leucose
La maladie : l'infection par le virus leucomogène félin (FelV) ou leucose est une infection due à un rétrovirus responsable à plus ou moins long terme d'immunodéficience et de tumeurs chez le chat. Le FeLV appartient à la famille des rétrovirus comme le FIV (virus de l'immunodéficience féline).
Après l'exposition au virus, on distingue trois évolutions possibles :
. 30 % des chats éliminent le virus et s'immunisent,
. 40 % développent une réponse immunitaire qui entraîne une guérison ou le plus souvent une infection latente avec le risque d'une réactivation du virus en cas d'immunodéficience,
. 30 % des chats deviennent virémiques (test FeLV positif et animal contagieux) et développent la maladie dans les 3 mois à 3-4 ans.
Modes de contamination : la transmission oro-nasale se fait via la salive (toilettage, morsure, griffure, repas...), les selles et l'urine (partage du même bac à litière...), le sang (transfusion ;..), les larmes, les sécrétions nasales, le lait. Le FeLV résiste très peu dans le milieu extérieur. Une transmission transplacentaire est possible.
Symptômes : l'incubation est longue, de 3 mois à plusieurs années (moyenne 3-4 ans). Le chat est généralement virémique permanent.
Le tableau clinique est très polymorphe et dépend du mode d'action du virus : abattement, anorexie, fièvre, amaigrissement, anémie, infections chroniques et récidivantes (stomato-gingivite, rhinite, pyodermite, abcès...), développement de tumeurs...
Pronostic : quand la maladie s'est déclarée, l'évolution est généralement fatale.
Protocole de vaccination(selon les recommandations WSAVA)
Primovaccination à partir de 8 semaines en deux injections à 3-4 semaines.
Rappel à un an puis tous les ans (vaccin recombinant ou risque élevé d'exposition) ou tous les trois ans (autres vaccins et risque faible).
La vaccination n'entraîne pas de séropositivité au test leucose.
La primovaccination doit être précédée d'un test de dépistage rapide de la leucose. En cas de test positif confirmé par un second 2-3 mois plus tard (30 % des chats positifs peuvent se négativer), la vaccination n'a pas lieu d'être.
La vaccination est recommandée pour tous les chats amenés à sortir, les chats en collectivité, les chats FIV+ mais FeLV-. Elle n'a pas d'intérêt pour les chats vivant en milieu clos et les chats FeLV+.
- Rage
La maladie : due à un rhabdovirus, la rage affecte toutes les espèces animales à sang chaud dont l'Homme. C'est une zoonose toujours mortelle dès l'apparition des premiers symptômes. Même si la France est aujourd'hui déclarée indemne de rage, le risque d'importation du virus par des animaux venant de zones contaminées (Europe de l'Est, Afrique, Asie..) reste élevé.
Modes de contamination : la transmission se fait par la salive. Tout chat en contact avec un animal enragé (congénère, chien, renard...) peut être contaminé par morsure, griffure, léchage d'une plaie.
Symptômes : l'incubation est de 15 jours à 2 mois, voire plusieurs années. On note au début un changement de comportement avec des phobies, un retrait, des miaulements, une anorexie puis le chat devient soudainement irritable, très agressif et très excité. Une paralysie des mâchoires puis des membres, une salivation intense et l'impossibilité de se nourrir complètent le tableau clinique. L'évolution est rapidement fatale en 4 à 8 jours.
Protocole de vaccination
Primovaccination à partir de 3 mois (12 semaines) en une injection.
Rappel à un an puis tous les ans (Nobivac Rage ND) ou tous les 2 ans (Versiguard ND...) ou tous les 3 ans (Feligen ND, Purevax Rabies ND, Rabigen ND, Rabisin ND...).
La vaccination antirabique est obligatoire pour passer la frontière ou se rendre dans les Dom-Tom. Le chat doit être identifié avant d'être vacciné.
Faut-il vacciner un chat d'appartement
La réponse est oui pour différentes raisons :
- un chat d'appartement ne vit pas dans une bulle stérile et des virus comme le calicivurus félin, l'herpès virus félin et surtout le parvovirus FPV sont très résistants dans le milieu extérieur ; via un portage passif, le chat peut être contaminé par les mains, les vêtements ou les semelles des humains à son contact, qui eux sortent ;
- en vacances, en week-end, dans la maison, en pension... le chat d'intérieur peut être amené à entrer en contact avec des chats au statut vaccinal inconnu ou un milieu contaminé ;
- enfin , la vaccination est d'abord une consultation vétérinaire le plus souvent annuelle qui permet de faire un bilan médical et parfois comportemental du chat. ■
* SIMV : Syndicat de l'industrie du médicament et diagnostic vétérinaires.
** WSAVA : World Small Animal Veterinary Association.





