Biopsies digestives chez le chien et le chat : pourquoi, quand et comment ?

Les biopsies digestives représentent l'examen clé permettant d'accéder à un diagnostic histologique et donc à une médecine réellement ciblée.

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Aymeric MAUVEROU

Notre confrère Aymeric Mauverou est consultant expert Agria.

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Diagnostic

Tous les deux mois, le Dr Aymeric Mauverou, consultant expert Agria Assurance pour animaux, vous présente un cas pratique et fréquent, pris en charge par le service remboursement d'Agria. Ce mois-ci sont abordées les biopsies digestives.

Introduction

Les troubles digestifs chroniques constituent un motif de consultation très fréquent en médecine canine et féline : vomissements intermittents, diarrhée chronique, amaigrissement, dysorexie en sont les symptômes les plus fréquents.

Face à ces tableaux souvent frustres et évoluant sur plusieurs semaines, la tentation est grande de multiplier les traitements empiriques. Pourtant, cette approche retarde fréquemment le diagnostic et conduit à une prise en charge approximative.

Les biopsies digestives représentent l'examen clé permettant d'accéder à un diagnostic histologique et donc à une médecine réellement ciblée. L'enjeu, pour le praticien, n'est pas de biopsier systématiquement mais de savoir pourquoi, quand et comment le faire.

Pourquoi réaliser des biopsies digestives ?

L'exploration biologique et l'imagerie abdominale permettent de cibler une atteinte digestive et apportent des arguments d'orientation mais ne permettent pas d'identifier la nature exacte d'une entéropathie chronique. Une même présentation clinique peut correspondre à des affections dont la physiopathologie, le traitement et le pronostic diffèrent radicalement.

Seule l'analyse histologique permet de distinguer avec certitude une entéropathie inflammatoire d'un lymphome digestif diffus chez le chat par exemple.

Cette distinction conditionne la stratégie thérapeutique : régime exclusif, antibiothérapie ciblée, immunomodulation ou chimiothérapie. Sans biopsie, la prise en charge repose sur une succession d'essais dont la durée peut atteindre plusieurs mois, avec un risque de corticothérapie inappropriée masquant un lymphome ou retardant son diagnostic.

Quand proposer des biopsies ?

La réalisation de biopsies s'intègre après un bilan digestif de première intention comprenant coproscopies, vermifugation, analyses sanguines complètes et échographie abdominale. Un essai alimentaire correctement conduit peut également être envisagé avant d'envisager un geste invasif.

Les biopsies deviennent pertinentes lorsque les signes persistent au-delà de quelques semaines malgré les mesures initiales, lors de rechutes après traitement symptomatique ou lorsque l'imagerie met en évidence un épaississement pariétal digestif.

La présence d'une hypoalbuminémie, d'une hypocobalaminémie ou d'une suspicion échographique de lymphome constitue également une indication forte.

En pratique, dès que la stratégie thérapeutique dépend du diagnostic (par exemple avant corticothérapie prolongée ou chimiothérapie), le recours à l'histologie doit être discuté.

Cependant, l'indication ne repose pas uniquement sur la maladie : elle repose aussi sur le patient. L'âge, l'état général, la perte de poids, le statut d'hydratation et la présence de comorbidités (cardiaques, rénales, endocriniennes) doivent être intégrés dans la décision.

Une hypoalbuminémie marquée ou une cachexie avancée augmente le risque anesthésique et peut nécessiter une stabilisation préalable, voire conduire à privilégier une stratégie palliative si le bénéfice attendu est faible.

La discussion avec le propriétaire est donc centrale. Elle doit préciser :

- l'objectif réel de l'examen (obtenir un diagnostic et adapter le traitement),

- les risques anesthésiques,

- les conséquences thérapeutiques possibles,

- et le pronostic selon les résultats.

Dans certains cas - animal très âgé, comorbidités majeures, ou propriétaire ne souhaitant pas de traitements agressifs -, la réalisation de biopsies peut ne pas modifier la prise en charge et doit alors être reconsidérée.

L'examen n'est justifié que s'il apporte une information susceptible de modifier concrètement la conduite thérapeutique.

Comment prélever ?

Le choix entre endoscopie et chirurgie dépend essentiellement de l'espèce, du type de lésions suspecté et des informations échographiques disponibles.

Endoscopie digestive : technique de première intention chez le chien

L'endoscopie permet une exploration visuelle de la muqueuse et la réalisation de biopsies multiples de l'estomac, du duodénum et du côlon lors de coloscopie. Elle présente une morbidité faible et une récupération rapide, ce qui en fait la méthode privilégiée chez le chien.

Dans les entéropathies canines, les lésions sont majoritairement limitées à la muqueuse. Les biopsies endoscopiques fournissent donc, dans la majorité des cas, une information diagnostique suffisante. L'examen permet également d'apprécier l'aspect macroscopique de la muqueuse et d'orienter le prélèvement vers les zones les plus anormales.

Elle présente par ailleurs une morbidité faible et une récupération rapide, ce qui en fait la méthode privilégiée chez le chien.

Ses limites doivent cependant être connues : l'exploration jéjunale reste impossible et les lésions transmurales peuvent être manquées. L'endoscopie ne doit donc pas être considérée comme universelle mais comme adaptée aux atteintes mucosales.

Chirurgie digestive : plus informative chez le chat

La laparotomie permet des biopsies pleine épaisseur et l'exploration complète du tube digestif ainsi que des organes associés. Cette technique est particulièrement utile lorsque l'échographie suggère une atteinte transmurale, une lésion localisée ou une atteinte jéjunale.

Chez le chat, elle revêt une importance particulière. Les maladies digestives félines, notamment le lymphome de bas grade, infiltrent fréquemment la sous-muqueuse et la musculeuse, zones peu accessibles aux biopsies endoscopiques. L'endoscopie peut alors conduire à des résultats faussement négatifs.

La chirurgie permet en outre le prélèvement simultané de ganglions mésentériques, du foie ou du pancréas, améliorant significativement la valeur diagnostique globale.

Qualité du prélèvement : un facteur déterminant

Quelle que soit la méthode de prélèvement, la qualité des échantillons conditionne la valeur du diagnostic. Plusieurs biopsies doivent être réalisées dans chaque segment digestif afin de tenir compte du caractère multifocal des lésions.

Les prélèvements doivent être manipulés délicatement, immédiatement fixés dans du formol et accompagnés d'un historique clinique détaillé.

La collaboration avec l'anatomopathologiste est essentielle : l'interprétation histologique dépend également largement du contexte clinique fourni.

Conclusion

Les biopsies digestives constituent un apport diagnostique important dans la gestion des entéropathies chroniques. Leur indication doit être raisonnée mais précoce dès que les traitements empiriques ne permettent plus d'expliquer l'évolution clinique.

Chez le chien, l'endoscopie répond à la majorité des situations. Chez le chat, la chirurgie offre souvent un rendement diagnostique supérieur en raison de la nature infiltrante des maladies digestives félines.

La réussite de cet examen repose autant sur la pertinence de l'indication que sur la qualité technique du prélèvement et l'interprétation histopathologique.

Le rôle du praticien est donc d'identifier le moment où poursuivre les essais thérapeutiques n'apporte plus d'information et où le diagnostic histologique devient la meilleure option pour le patient.

A retenir

Chez le chien :

- atteintes principalement muqueuses,

- endoscopie souvent diagnostique,

- chirurgie réservée aux lésions focales ou autres atteintes échographiquement visibles.

Chez le chat :

- maladies infiltrantes fréquentes (lymphome),

- atteinte transmurale courante,

- biopsies chirurgicales souvent plus contributives.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1791

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