Voeux 2022 : L'année 2021 nous éclaire sur les enjeux de la profession vétérinaire en 2022

Jean-Yves Gauchot est président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France.

© Jacques Graf

Jean-Yves GAUCHOT

Président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France

L'année 2021 aura été celle de l'ouverture par la loi de la possibilité donnée aux établissements d'enseignement supérieur agricole privés d'intérêt général et sous contrat avec l'État d'ouvrir des écoles vétérinaires privées. La profession a été très partagée sur le sujet, en raison notamment de la pénurie actuelle de jeunes diplômés et de l'attachement à l'enseignement public.

La profession s'est assurée que le décret d'application exigeait une évaluation ex ante du dossier de candidature d'une école vétérinaire privée par une commission d'experts issue du système d'évaluation européen (AAAEV).

Parallèlement, la Fédération des syndicats vétérinaires de France (FSVF) s'est mobilisée afin d'obtenir l'annonce par le ministre d'un plan pluriannuel d'augmentation des moyens attribués aux écoles nationales vétérinaires (ENV). Même si cette augmentation n'est qu'un nécessaire et juste réajustement, nous nous réjouissons que nos ENV puissent mieux répondre aux enjeux sociétaux actuels de l'enseignement et de la profession vétérinaire.

Ces deux années de pandémie ont démontré la nécessité de mettre en place une approche globale et holistique des enjeux de santé, dans un cadre interdisciplinaire et intersectoriel. Aux côtés des médecins, des biologistes et de nombreux autres scientifiques, la profession vétérinaire y a toute sa place.

C'est la raison pour laquelle la FSVF s'est associée à des organisations représentant des médecins impliqués dans le domaine santé-environnement ainsi qu'à des ONG environnementales*, dans le cadre d'une alliance qui a organisé la conférence nationale « Une seule santé : en pratique ? » avec le soutien scientifique de VetAgro Sup et le parrainage des ministres de l'Environnement, de l'Agriculture et de la Santé.

Le jour anniversaire du premier confinement, le 17 mars 2021, près de 1 000 participants ont été associés aux travaux préparatoires conduits au sein de sept ateliers thématiques : microbiotes, biocides, faune sauvage, agriculture/alimentation, territoires, formation, international.

Après plusieurs mois d'échanges riches entre chercheurs (médecine humaine et vétérinaire, écologie, agronomie, sociologie, philosophie...), hauts fonctionnaires et représentants d'établissements publics (Anses**, OFB***, agences régionales de santé...), élus et fonctionnaires territoriaux, acteurs de la société civile... avec la participation de représentants de toutes les organisations de notre profession (syndicats, organismes techniques, Cnov****...), ces travaux ont permis de rassembler des contributions originales et d'établir un cahier de 42 propositions, symbolisé par une belle formule : « L'être humain est un être vivant. Donc, la santé humaine, la santé animale, la santé végétale et le fonctionnement des écosystèmes sont uns et (re)liés. »

D'ores et déjà, le PNSE4***** intègre des points de nos recommandations. Des pistes nouvelles importantes s'ouvrent, comme une formation commune des professionnels aux enjeux Une seule santé, la vigilance face aux usages des biocides ou l'attention portée à l'action dans les territoires. Un exemple de déclinaison territoriale parmi d'autres serait l'intégration de vétérinaires dans les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).

Face à cette nécessité de changer notre façon de penser nos existences pour rendre le développement humain compatible avec les limites planétaires, la profession vétérinaire a un rôle essentiel à jouer.

Parce que notre coeur de métier, c'est la santé et le bien-être des animaux, nous pouvons rappeler que l'élevage et la consommation des produits animaux sont à l'origine de nos civilisations et font partie de l'histoire de l'humanité.

Nous pouvons expliquer que si certaines pratiques d'élevage doivent évoluer pour des raisons de bien-être animal, mais également pour diminuer leur impact sur le climat et la biodiversité, il n'y aura pas de transition agro-écologique sans élevage ! Car une agriculture plus économe en intrants et en énergies fossiles implique à moyen terme le retour de l'élevage dans des zones où il a disparu.

Face à la radicalisation de certains mouvements animalistes, nous pouvons contribuer à retisser les liens entre les éleveurs et la société.

En tant que spécialistes des sciences du vivant, nous connaissons les relations étroites entre santé et alimentation, entre agriculture et environnement. Nous savons que les systèmes alimentaires de nos pays développés doivent évoluer afin de s'inscrire dans une logique de développement durable.

C'est le sens de la transition agro-écologique et on voit poindre des initiatives de praticiens ainsi que dans nos ENV pour penser l'évolution des pratiques d'élevage dans une approche globale des transitions alimentaires et agro-écologiques.

Le vétérinaire a toute sa place pour accompagner les transformations de l'élevage à l'heure de l'anthropocène.

* Humanité et Biodiversité, Association Santé Environnement France, France Nature Environnement, Fondation pour la recherche sur la biodiversité.

** Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.

*** OFB : Office français de la biodiversité.

**** Cnov : Conseil national de l'Ordre des vétérinaires.

***** PNSE : Plan national santé environnement.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1600

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