Universités 2026 du SNVEL : l'onboarding, phase critique dans la carrière des jeunes vétérinaires

Conférences, ateliers et tables rondes se sont succédé pendant deux jours.

© M.L.

Corinne DESCOURS-RENVIER

Evénement

Etudiants vétérinaires, praticiens et représentants des instances professionnelles se sont penchés sur le thème de l'accompagnement des jeunes vétérinaires, de leur entrée dans le métier jusqu'à leur intégration en clinique (onboarding) dans le cadre des universités d'automne du SNVEL* . Le campus de l'école vétérinaire privée UniLaSalle de Rouen a accueilli pour la première fois cet évènement intergénérationnel, les 14 et 15 octobre.

Comme l'a souligné notre confrère David Quint, président du SNVEL*, dans son discours d'ouverture des Universités 2026 du syndicat, les 14 et 15 octobre, à l'école vétérinaire UniLaSalle de Rouen, il est indispensable que les futurs vétérinaires échangent le plus tôt possible avec leurs aînés afin de mieux comprendre les réalités du métier et de faire connaître leurs attentes concernant leur arrivée dans le monde du travail. Le thème de l'intégration des nouvelles recrues en clinique ou onboarding a été le fil rouge de cette réunion organisée par le syndicat à laquelle ont pris part vétérinaires et étudiants de l'établissement.

« Les jeunes doivent s'emparer le plus tôt possible des sujets concernant leur future profession et ce, avant même la fin de leurs études », conseille notre confrère. « C'est la condition pour leur permette de prendre plus tard des décisions éclairées concernant leur carrière ».

Notre consoeur Ana Alkan, chargée de mission au SNVEL et représentante inter-organisations professionnelles vétérinaires (OPV) Onboarding jeunes, insiste également sur l'importance d'introduire la notion de profession libérale au cours du cursus vétérinaire.

« Les étudiants sont avant tout intéressés par leur formation médicale », souligne notre consoeur. « Ils seront pourtant confrontés aux aspects pratiques de l'exercice vétérinaire beaucoup plus rapidement qu'ils ne le pensent. Le statut de collaborateur libéral, par exemple, reste méconnu des jeunes alors qu'il s'agit d'un mode d'exercice qu'ils peuvent facilement adopter ». Un atelier a permis de répondre aux questions des étudiants sur ce statut (lire ci-après).

Tutorat, mentorat : le besoin d'un accompagnement bienveillant

Une table ronde a ensuite recueilli les témoignages d'étudiants d'UniLaSalle : Lisa Ballu, Victoria Braud (4e année) et Nathan Machevaux (5e année).

Nos futurs confrères se disent plutôt confiants en ce qui concerne leurs débuts en clinique, en raison notamment des nombreux stages pratiques qu'ils réalisent au cours de leur formation.

Tous les trois envisagent de commencer par être salariés. Si la rémunération constituera bien entendu un élément important dans le choix de leur premier emploi, ils insistent surtout sur leur souhait de bénéficier d'un accompagnement bienveillant lors de leur entrée dans le monde du travail, sous forme par exemple de tutorat ou de mentorat. Ils attachent également beaucoup d'importance aux possibilités de formation continue et d'évolution de carrière qui leur seront offertes.

Les jeunes vétérinaires, révélateurs d'une transformation de la profession

Ana Alkan refuse d'opposer les générations et de parler de crise des vocations. Elle souligne en revanche les limites d'un modèle professionnel qui a besoin de s'adapter aux changements des conditions d'exercice : féminisation, exigences de la clientèle...

« Pour faire évoluer la profession tout en tenant compte des attentes des jeunes vétérinaires, des collectifs Junior ont été créés par les OPV** », explique notre consoeur.

Ces collectifs reposent principalement sur des rencontres avec des vétérinaires de terrain et des visites de cliniques ainsi que sur des temps d'échange sur la réalité du métier et l'avenir de la médecine vétérinaire.

Les participants apprennent également à développer de nouvelles compétences, en particulier en communication. Un apprentissage mis à profit durant le deuxième concours national d'éloquence organisé dans le cadre des universités du SNVEL dont les résultats ont été annoncés le 14 octobre en fin de journée.

« Réussir l'onboarding des jeunes vétérinaires, ce n'est pas seulement les aider à trouver leur place dans une clinique ; c'est aussi leur permettre de porter leur voix dans la profession », conclut Anne Daumas, directrice du SNVEL.

Des changements démographiques attendus à l'horizon 2030

Si les étudiants vétérinaires se disent rassurés par le contexte actuel de pénurie de personnel qui joue en leur faveur, Pierre Sans, directeur de l'école vétérinaire de Toulouse, a toutefois rappelé qu'à l'horizon 2030, la situation pourrait s'inverser.

Un essai de recensement des jeunes Français engagés dans des études vétérinaires en Europe réalisé en 2024 (lire DV n° 1696) a en effet été l'occasion de faire un point sur les perspectives d'évolution de la démographie vétérinaire.

En 2024, le nombre de nouveaux vétérinaires diplômés était de 1 118, chiffre inférieur au seuil de renouvellement annuel fixé entre 1 200 et 1 400 vétérinaires selon les études.

D'après les projections, le nombre annuel de nouveaux diplômés devrait franchir la barre des 1 700 en 2030, induisant un bilan largement excédentaire, en faveur cette fois des vétérinaires employeurs.

Pierre Sans explique notamment cette évolution par l'arrivée en 2028 des premiers vétérinaires issus d'UniLaSalle (120 par an) et par l'augmentation du nombre de vétérinaires formés à l'étranger venant exercer en France, qui devrait passer de 478 à 890 entre 2024 et 2030.

« Pour l'instant, l'évolution de la démographie vétérinaire au cours des deux dernières années semble valider ces projections », conclut notre confrère qui souligne toutefois que le nombre de formations à l'étranger et la taille des promotions continuent à augmenter.

De nombreux facteurs pourraient toutefois venir modifier la tendance : modulation du temps de travail, niveau de médicalisation des animaux de compagnie, réorientation... ■

* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

** Afvac, Avef, SNGTV, Cnov, SNVEL.

Gros Plan : L'actualité se décline aussi en ateliers

Le 14 octobre, premier jour des Universités 2026 du SNVEL*, à Rouen, dirigeants et délégués du syndicat ont encadré des étudiants vétérinaires d'UniLaSalle, répartis en petits groupes, pour travailler en atelier sur des sujets d'importance pour la profession. La restitution de leurs travaux a eu lieu le lendemain.

Charte IA : c'est bon pour l'onboarding

Sous la houlette de notre confrère Grégory Santaner, fondateur et gérant de VetoNetwork, un groupe d'étudiants a travaillé sur la création d'une charte des usages de l'intelligence artificielle (IA) pour faciliter l'accueil de nouvelles recrues, l'onboarding étant le thème principal des Universités du SNVEL*, les 14 et 15 octobre, à l'école vétérinaire UniLaSalle de Rouen.

Notre confrère a rappelé le jeune âge des utilisateurs de l'IA et donc son importance pour les étudiants vétérinaires.

« Une bascule s'observe d'ailleurs chez tous les vétérinaires puisqu'ils n'étaient que 40 % dans les cliniques étatsuniennes à utiliser l'IA il y a 2 ans et sont aujourd'hui 83 % d'usagers », a-t-il constaté.

Néanmoins, les obligations réglementaires relatives à cet usage professionnel restent méconnues et l'IA fait encore l'objet de beaucoup de mésusages en clinique vétérinaire.

Cinq piliers permettent de le sécuriser : définir les usages acceptables et ceux interdits, sécuriser l'utilisation des données, installer une supervision humaine, obtenir le consentement et la transparence, signaler les erreurs et former.

Il faut d'après notre confrère bien connaître les risques, un partage non maîtrisé de données personnelles étant par exemple un risque inacceptable mais aussi illégal. Bien paramétrer son IA générative permet de le prévenir.

La charte IA de la clinique doit notamment prévoir l'arrivée d'un nouvel arrivant et dédier un temps de sensibilisation à ces sujets en précisant les usages possibles ou non souhaités.

Ecoresponsabilité : au-delà du tri

Vice-présidente du SNVEL, notre consoeur Véronique Luddeni est aussi en charge des notions de biodiversité et d'écoresponsabilité. Elle a encadré un atelier participatif pour comprendre que « l'écoresponsabilité, ce n'est pas seulement le tri des déchets ». Ce point en fait partie mais aux côtés d'autres piliers d'action comme le choix de l'énergie, les moyens de mobilité pour les équipes, le sourcing des achats, la gestion de l'eau, la prescription raisonnée des médicaments, un choix raisonné des anesthésiques utilisés ou des examens eux aussi raisonnés.

« Une médecine écoresponsable, c'est une médecine réfléchie », a souligné notre consoeur en appelant à penser à l'empreinte environnementale globale et pas seulement à l'empreinte carbone et en rappelant le principe « éviter, réduire, compenser ».

Elle a rappelé que deux formations à l'écoresponsabilité étaient dispensées par APForm**, avec un programme vétérinaire et un pour les ASV, et que des fiches pratiques sont disponibles sur le site du SNVEL (www.snvel.fr).

Collaboration libérale : de grosses différences avec le salariat

Administratrice du SNVEL, notre consoeur Joëlle Finez a encadré plusieurs étudiants pour dissiper les interrogations autour de la collaboration libérale.

Elle en a rappelé le cadre légal, le collaborateur bénéficiant d'une indépendance effective et étant responsable de ses actes, sans lien de subordination, pouvant se constituer une clientèle personnelle. Ce statut est envisageable dès le premier poste, avec un accompagnement.

En termes de rémunération, tout est possible, la clinique conservant dans tous les cas une contribution.

Plusieurs points différencient la collaboration libérale du salariat comme l'organisation du travail qui est trouvée en accord avec l'employeur et pas imposée par lui, les revenus, en honoraires moins les charges, la protection, etc. Le collaborateur libéral n'étant pas soumis à des cotisations obligatoires, il lui est conseillé de souscrire une prévoyance.

De même, elle a recommandé de provisionner ses charges en mettant de côté 40 % de son revenu la première année pour les payer l'année suivant le début de l'exercice.

Chaque contrat de collaboration libérale est personnalisé et le collaborateur libéral doit prendre sa propre RCP.

Joëlle Finez a annoncé que des fiches récapitulatives seraient disponibles sur le site du SNVEL et que le Guide de la collaboration libérale qui y figure venait d'être réactualisé.

Du diplôme au premier poste : des attentes précises

Passer du statut d'étudiant à celui de vétérinaire praticien ne va pas de soi et mérite un accompagnement. Entouré des étudiants de son atelier, notre consoeur Ana Alkan, praticienne et chargée de mission Affaires publiques au SNVEL, a listé ce qu'un étudiant aimerait retrouver dans un premier emploi de jeune vétérinaire : bienveillance au sein de la clinique (avoir des retours d'expérience, du respect dans les échanges...), être en binôme avec un senior pour avoir un référent à qui poser des questions, découvrir l'équipe en dehors du travail et avant la prise de poste, bénéficier d'un bon salaire.

Check list de l'onboarding : les 4 C

Dans la continuité de l'atelier précédent, Robin Lunetta, chargé de mission Affaires juridiques au SNVEL, a listé les indispensables de l'intégration professionnelle d'un nouvel arrivant dans la clinique (onboarding) réussi, depuis la promesse d'embauche jusqu'aux premiers mois post-intégration.

Il les a résumés sous l'acronyme des 4 C : clarification des attentes, culture des valeurs, connexion avec l'équipe et compliance juridique.

Ces principes se déploient sous forme d'une check list en dix items : respecter le cadre légal complet ; prévoir une visite en amont ; accueillir et présenter l'équipe le premier jour ; faire connaître les valeurs éthiques et morales de la clinique et leur impact dans l'exercice ; clarifier les attentes (des deux côtés) et être préparé aux situations que l'on va rencontrer ; planifier des points formels à 1 semaine, 1 mois, 3 mois ; faire une présentation technique de la clinique, des procédures et des ressources ; désigner un mentor identifié ; parler des attentes en termes de formation ; fidéliser.

Recruter plus d'adhérents au SNVEL

Notre consoeur Claire Baranger, déléguée du SNVEL, en collaboration avec Bénédicte Hivin de Wolf Learning Consulting, a présenté les outils d'accompagnement développés pour les délégués du SNVEL. Le but est de les aider à recruter plus d'adhérents pour atteindre l'objectif de 3 000 à l'horizon 2030. Un outil conversationnel IA permet par exemple de s'entraîner à convaincre les vétérinaires. Trois étapes soutiennent la démarche : former les délégués, créer les occasions pour parler aux vétérinaires et assurer un suivi.

Pour être à l'aise avec ses tarifs, il faut les comprendre

« Etre en accord avec ses prix, c'est être en accord avec ses valeurs », a indiqué notre consoeur Françoise Bussieras, secrétaire générale du SNVEL. Elle a incité à ne pas ressentir de culpabilité par rapport à ses prix et à d'abord savoir comment ils se construisent.

Les étudiants ne sont pas au fait de plusieurs notions tarifaires comme celle de marge arrière et il faut les leur présenter quand ils sont embauchés dans une clinique.

Par ailleurs, ils doivent comprendre que, même si la médicalisation peut être très poussée aujourd'hui, l'important est avant tout de répondre aux attentes des clients qui ne sont pas toutes les mêmes. M.L.

* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

** APForm : AnimalPro Formation.

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Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1815

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