Un cas exceptionnel et mortel de rage humaine transmise par une chauve-souris

Le patient hospitalisé à Limoges aurait été en contact régulier avec des chauves-souris.

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Maud LAFON

Zoonose

Un patient serait décédé d'une encéphalite provoquée par un virus rabique de chauve-souris en août 2019, au CHU de Limoges. Un tel cas de transmission rabique de la chauve-souris à l'Homme est rarissime et n'avait pas été constaté sur le territoire métropolitain depuis une cinquantaine d'années.

Fin 2020, le Centre national de référence de la rage a confirmé que le décès, en août 2019, d'un patient hospitalisé au CHU de Limoges pour une encéphalite était lié à la transmission du virus de la rage par une chauve-souris.

Pour rappel, le dernier cas de rage de chauve-souris transmis à un mammifère concernait un chat, confirmé le 7 mai 2020 en Côte-d'Or (lire DV n° 1530). Quant aux derniers cas humains de rage ayant pour origine un lyssavirus de chauve-souris en France métropolitaine, ils remontent à une cinquantaine d'années.

« Entre 1970 et 2019, 25 cas de rage humaine ont été recensés en France. Sur ce nombre, 22 étaient importés et concernaient des voyageurs, un cas s'est produit après une greffe de cornée prélevée sur un donneur non diagnostiqué et un autre cas a en effet été transmis par une chauve-souris vampire en Guyane. Les cas de rage après morsure ou griffure de chauve-souris sont extrêmement rares. », explique Claire Genet-Villéger, responsable du centre antirabique, au sein du service des maladies infectieuses du centre hospitalier universitaire limousin dans une interview accordée au journal Le Populaire du Centre, le 5 janvier. 

Trois cas en Europe depuis les années 80

Seuls trois cas en Europe de transmission par un chiroptère ont été confirmés depuis les années 80.

« Si le diagnostic a été posé tardivement, c'est parce que le patient soigné dans le service de réanimation du CHU de Limoges est mort d'une encéphalite il y a un an et demi, d'origine alors inconnue. Afin d'identifier la cause de cette inflammation du cerveau, des échantillons ont été prélevés post-mortem et envoyés à l'hôpital Necker, à Paris », précise le journal.

Un laboratoire y a en effet développé un programme, en collaboration avec l'Institut Pasteur, afin de déterminer la raison des encéphalites non documentées grâce à l'analyse du contenu génétique de prélèvements.

« Les trois échantillons issus du patient limougeaud ont révélé l'infection par un virus de l'espèce European Bat LyssaVirus de type 1 (EBLV-1), l'une des 16 espèces qui véhiculent la rage », poursuit le quotidien. 

Le patient hospitalisé à Limoges aurait été en contact régulier avec des chauves-souris, une colonie nichant dans son grenier, mais sa famille n'aurait pas de souvenir d'une quelconque morsure, égratignure ou griffure. 

Incubation d'un à trois mois

Le Dr Genet précise que l'incubation peut prendre entre un et trois mois.

Pour rappel, la rage est systématiquement mortelle une fois les symptômes déclarés.

La seule prévention consiste en une vaccination antirabique la plus rapide possible post-exposition.

Si La France est indemne de rage de mammifères depuis 2001, entre 1 et 10 cas de la maladie sont confirmés chez des chauve-souris chaque année. Huit sérotines communes infectées ont ainsi été identifiées en Nouvelle-Aquitaine 2018 et 2019 (4 cas en Gironde, 2 dans les Pyrénées-Atlantiques, 1 dans les Landes et 1 dans la Vienne). Il s'agissait de chauves-souris retrouvées décédées qui ont pu être analysées.

Si un contact avec une chauve-souris expose à un risque de transmission de la rage, ce dernier est rarissime. Il est toutefois recommandé de ne pas s'approcher ni de capturer des spécimens de sérotine, une espèce par ailleurs protégée, et de ne pas toucher leurs cadavres. 

Si les médecins traitants n'ont pas la possibilité de vacciner après une exposition à risque, ils sont en revanche habilités à le faire en prévention, notamment chez les vétérinaires.

71 centres antirabiques

La France compte par ailleurs 71 centres ou antennes antirabiques qui ont dispensé 7 748 consultations en 2019, dont 3 625 personnes vaccinées et 1 031 ayant bénéficié d'injections d'immunoglobulines.

Parmi elles, 279 traitements étaient liés à une exposition aux chauves-souris, qui arrivaient derrière les chiens, les singes et les chats.

Encore plus d'infos !

Le Populaire du Centre du 5 janvier 2021 (https://urlz.fr/eDJ0) et le Bulletin 2019 du Centre national de référence de la rage (https://urlz.fr/eDIZ).


Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1557

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