Stérilisation des chats errants : nécessaire pour diminuer la souffrance animale
Une étude (Nutter 2005) montre que la durée médiane de survie des mâles adultes sexuellement intacts est de 267 jours et celle des femelles sexuellement intactes, de 593 jours, contre plus de 730 jours pour les mâles et les femelles stérilisées.
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Valérie DUPHOT
Reproduction
La stérilisation des chats errants - et de ceux qui ont accès à l'extérieur - est capitale pour limiter leur surpopulation, diminuer la souffrance animale et limiter les atteintes à la biodiversité dont ils sont responsables. Les particularités de la reproduction du chat et de sa maîtrise ont été détaillées lors de la présentation de la première étude sur l'abandon et l'adoption des chiens et des chats menée par la SPA et la Fondation Affinity, le 18 septembre, à Paris. Des vaccins contraceptifs pour le mâle et la femelle et la thérapie génique font l'objet d'études.
« Stériliser les chats errants permet de limiter la surpopulation de chats, diminuer la souffrance animale et limiter les éventuelles nuisances dont ils sont responsables », a expliqué notre confrère Alain Fontbonne (spécialiste diplômé du Collège européen de reproduction animale, professeur à l'école vétérinaire d'Alfort) lors de la présentation des résultats de la première étude sur l'abandon et l'adoption des chiens et des chats menée par la SPA et la Fondation Affinity, le 18 septembre, à Paris (lire DV n° 1770).
Intervenant sur la stérilisation des chats errants, il rappelle que la puberté de la chatte survient dès l'âge de 4 à 6 mois. « Le facteur limitant est le poids. La chatte doit peser environ 75 % de son poids adulte, soit 2 à 2,5 kg pour une femelle normale. De nombreux facteurs interviennent dans l'apparition des premières chaleurs : la date de naissance, les contacts sociaux, le mode de vie », précise-t-il. « La lumière a une grande influence sur la reproduction féline ».
Une étude italienne (Romagnoli et coll. 2019) sur les périodes de chaleurs de 128 chattes montre qu'elles surviennent principalement de février à mai, avec un creux de septembre à décembre. « Chez la chatte, les chaleurs s'enchaînent tout au long de la saison de reproduction. En cas de gestation, les chaleurs s'arrêtent pendant environ deux mois. Surviennent ensuite des chaleurs de lactation. Il n'y a pas de ménopause dans cette espèce », précise Alain Fontbonne. « En cas de pseudo-gestation, les chaleurs disparaissent pendant environ 40 jours ».
Capture-stérilisation-relâcher : à pratiquer de manière continue
Abordant la puberté du chat mâle, notre confrère rappelle qu'elle survient dès 5 ou 6 mois et que les mâles sont capables de saillir les chattes et de les féconder toute l'année.
« La capacité reproductrice des chats errants non stérilisés est très élevée. Les chiffres exacts font l'objet de discussions mais selon l'Union internationale pour la conservation de la nature, pour un couple de chats, avec une gestation de 60-66 jours, ils seraient de 142 chats adultes vivants au bout de neuf ans », insiste-t-il.
La méthode la plus employée pour maîtriser la reproduction des chats errants est la capture-stérilisation-relâcher. « De nouveaux chats arrivent sur les zones concernées, certains chats émigrent. Pour que cette méthode soit efficace, il ne faut donc pas relâcher ses efforts. Elle doit être effectuée avec une intensité élevée et de manière continue », précise Alain Fontbonne.
La stérilisation permet de diminuer la souffrance animale, liée à de nombreux risques : parasites, maladies, accidents, bagarres, attaques, violences, faim et soif, chaleur, froid. « Les chiffres sont édifiants. 75 % des chatons meurent avant l'âge de 6 mois (48 % avant 100 jours). Les traumatismes sont la cause majeure de décès », alerte notre confrère.
Limiter la prédation
Une étude (Nutter 2005) montre que la durée médiane de survie des mâles adultes sexuellement intacts est de 267 jours et que celle des femelles sexuellement intactes, de 593 jours, contre plus de 730 jours pour les mâles et les femelles stérilisées. « Dans une autre étude, 54 % des chats errants avaient un poids inférieur à leur poids idéal avant la stérilisation, contre 14 % un an plus tard », complète Alain Fontbonne. Les chats de cette étude ont présenté une augmentation moyenne de poids de 40 % après la stérilisation.
Stériliser les chats permet aussi de limiter leurs éventuelles nuisances, comme la prédation des oiseaux, petits mammifères, reptiles, amphibiens, insectes, poissons, araignées, voire gastéropodes.
« Pour la stérilisation des chats mâles, il existe d'autres options que la castration : la vasectomie et l'épididymectomie. Des voies de recherche s'intéressent depuis quelques années à des vaccins contraceptifs* pour le mâle et la femelle et à la thérapie génique », indique Alain Fontbonne.
« Il faut stériliser - et identifier - tous les chats qui ont accès à l'extérieur pour leur propre bien-être, pour des raisons sanitaires et pour la biodiversité** », conclut notre confrère. ■
* Thèse de doctorat vétérinaire de Mathilde Smardz, Alfort 2024.
** Thèse de doctorat vétérinaire de Sarah Thiaudière, Lyon 2021.






