One health Summit : « Les vétérinaires sont partout dans le One health »
Notre confrère Henri Touboul est référent Une seule santé pour le SNVEL et la SNGTV.
© Xavier Remongin/agriculture.gouv.fr
Evénement
Référent Une seule santé pour le SNVEL1 et la SNGTV2, notre confrère Henri Touboul a représenté ces deux organisations professionnelles lors du One health Summit, à Lyon les 6 et 7 avril. Il a rappelé le rôle central des vétérinaires dans ce concept que des événements comme celui de Lyon concourent à populariser et concrétiser. Plusieurs autres manifestations à venir sur le One health concerneront les vétérinaires.
■ La Dépêche Vétérinaire : Vous êtes référent Une seule santé pour le SNVEL et la SNGTV. En quoi consiste votre rôle ?
Henri Touboul, référent Une seule santé pour le SNVEL1 et la SNGTV2 : Mon rôle est de plusieurs natures.
Tout d'abord, cela consiste en l'acquisition de compétences : j'ai suivi le cycle des hautes études de l'Institut One health, financé par les deux organismes vétérinaires.
J'assiste à des colloques et autres symposiums afin d'augmenter mes connaissances et de représenter le SNVEL et la SNGTV. J'ai, par exemple, participé à une table ronde One health, le 30 mars, invité par le SIMV3.
Du fait de ce rôle de représentation, j'augmente mon réseau. Ce fut le cas lors de ce sommet à Lyon. Grâce au SNVEL, nous avons tissé des liens avec le principal syndicat de médecins libéraux, le Syndicat des médecins libéraux.
Je tente d'apporter mon expérience de vétérinaire praticien au sein de différents groupes One health. Je participe par exemple à la normalisation du One health à l'Afnor4.
Je transmets ces connaissances aux praticiens. J'ai participé, autre exemple, à la création du jeu sérieux de la visite sanitaire 2025-2026 (lire DV n° 1769).
■ D.V. : Vous avez représenté ces deux organisations professionnelles lors du One health Summit qui s'est tenu à Lyon les 6 et 7 avril. Les vétérinaires étaient-ils nombreux lors de cet événement ? Quel message avez-vous fait passer ?
H.T. : Oui, les vétérinaires étaient nombreux au sommet. Ils sont partout dans One health : au Cirad5, à l'Anses6... Ce sont d'ailleurs deux vétérinaires qui ont organisé le colloque scientifique du 6 avril : Thierry Lefrançois et Éric Cardinale.
Les vétérinaires sont présents dans toutes les organisations internationales impliquées dans le One health : l'Organisation mondiale de la santé, l'Organisation mondiale de la santé animale (sa directrice générale, Emmanuelle Soubeyran est vétérinaire), la FAO7, etc. Je pense que c'est la profession (ou du moins la formation originelle) la plus représentée dans Une seule santé. Cependant, je n'ai rencontré aucun vétérinaire pratiquant en clientèle.
En général, j'essaie de faire passer deux messages quand je prends la parole dans des manifestations One health : ne pas oublier les acteurs de terrain, et notamment les acteurs locaux ; les vétérinaires praticiens ont toutes les compétences pour jouer un rôle important dans One health.
Le sommet m'a permis de retrouver de nombreuses relations rencontrées dans différents évènements et de nouer de nouveaux liens, comme avec les organisateurs du sommet, au service de la profession vétérinaire.
Enfin, le sommet n'est pas la seule manifestation Une seule santé. En effet, il s'accompagne d'un festival qui se tient du 16 mars au 15 mai, en présentiel comme en distanciel. Grâce à l'institut One health, je présenterai le jeu de la visite sanitaire lors d'un webinaire le 6 mai.
■ D.V. : Quelles sont vos impressions sur ce sommet, a-t-il permis des avancées concrètes ? Lesquelles concernent la profession ?
H.T. : La première avancée a été de mettre le projecteur sur One health, notamment dans les médias nationaux, ce qui n'est pas rien pour une démarche que la majorité des Français ont découverte. Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée des partenariats internationaux, a inauguré le sommet international en citant Bourgelat comme premier acteur historique d'Une seule santé, mettant en avant ainsi notre profession. De même, Annie Genevard, notre ministre de tutelle, a rendu un vibrant hommage aux vétérinaires maillons indispensables du One health.
Enfin, Emmanuelle Soubeyran a clos la table ronde scientifique illustrant ainsi l'importance de la santé animale.
Mais bien sûr, ces paroles ne suffisent pas, il faut des avancées concrètes.
Le colloque scientifique « One health, One science » a réuni plus de 600 acteurs de divers horizons. Il a démontré qu'il nous faut dépasser les silos (c'est-à-dire ne pas rester cantonné dans son domaine de prédilection), partager les données et renforcer les réseaux pour que l'action se généralise. Les travaux du colloque ont abouti à des recommandations fortes, transmises aux décideurs politiques présents lors de la session de haut niveau.
Quatre priorités ont émergé dans 47 recommandations :
- lutter contre les maladies infectieuses (ré)émergentes grâce à une surveillance intégrée et une prévention à la source ;
- combattre les résistances aux antimicrobiens par une solidarité mondiale ;
- réduire les pollutions via des approches sûres dès la conception des produits et les évaluations d'impact ;
- repenser les systèmes alimentaires avec l'agro-écologie, une approche territoriale et une nutrition saine, suffisante et équilibrée.
On voit que les vétérinaires ont des rôles à jouer dans chacune des priorités citées et sont particulièrement en avance dans les deux premières.
Les ministres Annie Genevard et Philippe Baptiste investissent 47 millions d'euros pour protéger les élevages français, notamment contre les maladies émergentes. Même si cela concerne principalement la recherche, cette décision devrait avoir des répercussions sur l'activité rurale de notre profession.
Comme l'a dit Emmanuelle Soubeyran dans son discours : « Ce qui est clair, c'est qu'aucun secteur ne peut y parvenir seul. Transformer One health en réalité dépend d'une collaboration plus forte entre les communautés vétérinaires, de santé publique et environnementales ainsi qu'avec la recherche, la société civile et les partenaires internationaux. Le défi désormais est de maintenir cet élan et de le traduire en résultats mesurables là où cela compte le plus ».
La dynamique est lancée, espérons que cela aboutisse rapidement à des actions concrètes.
■ D.V. : Quels sont les prochains rendez-vous One Health pour les vétérinaires ?
H.T. : Il y en a trois.
Les Journées nationales des GTV à Dijon (www2.sngtv.org/accueil-congres). Le 21 mai, nous aurons une journée entière consacrée au concept Une seule santé, dont un nouveau jeu le jeudi après-midi et le vendredi matin. Justement, nos intervenants du jeudi matin vont démontrer que ce n'est pas qu'un concept, c'est aussi une approche qui permet d'envisager une problématique dans une réflexion qui n'est pas limitée à la santé animale mais qui peut être élargie aux autres santés. Les vétérinaires peuvent vraiment s'impliquer localement dans des réseaux. Nous leur présenterons des exemples concrets, réels de cet engagement.
En région Centre-Val de Loire, grâce à la synergie de nos deux organisations régionales, le Syndicat régional des vétérinaires d'exercice libéral et l'Union régionale des groupements techniques vétérinaires, nous organisons chaque année un colloque Une seule santé, ouvert à tout public, même si nous ciblons préférentiellement les professionnels des trois santés. Cette année, cette manifestation se déroulera en soirée, le 2 juin, au centre des congrès de Vierzon, sur le thème « A la croisée des santés animale, humaine et des écosystèmes : comprendre la leptospirose ».
Enfin, la participation au Plan régional santé environnement 4, avec l'organisation d'une matinée One health au conseil régional d'Orléans, le 29 juin.
Il y aura sûrement bien d'autres évènements (comme une matinée sur le chien sentinelle de la santé humaine au prochain congrès de l'Afvac8, co-pilotée par la commission environnement de la SNGTV) car beaucoup s'enchaînent sans prévision longtemps à l'avance. Ce fut le cas pour ce sommet international annoncé par notre président de la République il y a moins de 6 mois. ■
1 SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.
2 SNGTV : Société nationale des groupements techniques vétérinaires.
3 SIMV : Syndicat de l'industrie du médicament et diagnostic vétérinaires.
4 Afnor : Association française de normalisation.
5 Cirad : Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.
6 Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
7 FAO : Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.
8 Afvac : Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.





