Mieux utiliser les médicaments chez le mouton

L'Agence nationale du médicament vétérinaire insiste sur la nécessité de bien lire les notices des médicaments et de respecter les bonnes pratiques d'administration afin de garantir leur utilisation sans risque pour les élevages.

© David Quint

Pharmacovigilance

L'Agence nationale du médicament vétérinaire relève, dans une analyse, le faible nombre de déclarations d'effets indésirables de médicaments chez le mouton comparativement à d'autres espèces. Néanmoins, trois cas récents ayant fait l'objet d'une déclaration lui permettent d'émettre plusieurs recommandations.

A partir de trois événements survenus chez le mouton ayant fait l'objet d'une déclaration de pharmacovigilance, l'Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) rappelle, dans une analyse disponible en ligne*, la nécessité de bien lire les notices des médicaments et de respecter les bonnes pratiques d'administration afin de garantir leur utilisation sans risque pour les élevages.

« Comparativement à d'autres espèces, la filière ovine ne déclare que peu d'effets indésirables. Cela concourt à rendre l'analyse délicate car les éléments disponibles sont peu nombreux », souligne l'ANMV dans son analyse. Néanmoins, ces trois cas issus de déclarations récentes la conduisent à plusieurs recommandations.

Abcès après une vaccination contre le piétin

Le premier cas rapporté concerne de nombreux abcès constatés après une vaccination sans précaution contre le piétin.

700 moutons croisés Mérinos avaient reçu une dose de vaccin afin de prévenir le piétin. Dix jours plus tard, chez environ 240 moutons, un gonflement est apparu au niveau du site d'injection, évoluant en quelques jours en abcès, ulcère puis nécrose.

« Comme indiqué dans sa notice, le vaccin contre le piétin est connu pour provoquer des réactions locales au point d'injection se traduisant par une enflure. En cas de contamination par des germes présents sur la peau au moment de l'injection, des abcès purulents peuvent se former », commente l'agence.

Elle recommande donc d'utiliser des seringues et des aiguilles stériles lors des vaccinations notamment contre le piétin. « Une bonne contention des animaux est également nécessaire pour bien réaliser l'injection en sous-cutanée dans une zone de peau propre, si possible au moins 6 semaines après la tonte », ajoute-t-elle.

Cécité chez des agnelles suite à une surdose d'antiparasitaire interne

Le deuxième événement rapporté concerne des cas de cécité suite à une surdose d'antiparasitaire interne chez des agnelles.

Un lot de 400 agnelles de race Lacaune pesant entre 35 et 50 kg a été traité contre les vers avec un vermifuge contenant du closantel. Tous les animaux ont reçu une dose de 20 mL par la bouche au moyen d'un pistolet automatique.

Deux jours plus tard, une vingtaine d'agnelles, surtout les plus petites, présentaient un abattement et étaient devenues aveugles. Six sont finalement mortes.

« Ces symptômes sont classiques d'une toxicité liée au médicament. La posologie de celui-ci est de 2 mL/10 kg de poids vif. Les agnelles pesant entre 35 et 50 kg ont donc reçu 2 à 3 fois la dose recommandée », souligne l'ANMV.

« Lors de traitement collectif, l'utilisation de seringue automatique est un gage d'efficacité. Il faut toutefois veiller à disposer d'un matériel capable de délivrer la bonne posologie et qui puisse être réglé pour s'adapter au poids de chaque animal », recommande l'agence.

Mammites suraiguës après l'administration d'un produit de tarissement

Enfin, l'ANMV revient sur des cas de mammites suraiguës survenus après l'administration d'un produit de tarissement sans respect des règles d'asepsie.

Entre mi-juillet et mi-septembre, les 200 brebis laitières d'un même élevage ont été traitées au tarissement avec des seringues intramammaires d'antibiotique. Dans les jours qui ont suivi, de nombreuses brebis ont présenté des mammites sévères et six sont mortes malgré les traitements mis en place.

« Après une étude approfondie, il s'avère que les conditions d'hygiène, notamment la désinfection des trayons, n'ont pas toujours été respectées lors du traitement, faute de temps. Les analyses bactériologiques ont révélé la présence de Pseudomonas aeruginosa dans la mamelle des brebis mortes, germe qui n'est pas sensible à l'antibiotique présent dans le produit de tarissement », explique l'ANMV.

Et de conclure : « L'administration de produit de tarissement sans désinfection préalable des trayons peut être responsable de l'introduction dans la mamelle de germes contre lesquels l'antibiotique contenu dans le médicament n'est pas actif. Il est donc important de respecter scrupuleusement les règles d'hygiène mentionnées dans la notice et d'utiliser les serviettes nettoyantes fournies avec le produit. » M.J.

La déclaration des effets indésirables observés peut se faire via le vétérinaire qui suit l'élevage directement par Internet (https://pharmacovigilance-anmv.anses.fr/) grâce à la télédéclaration ou à l'aide de formulaires de déclaration téléchargés qui, une fois complétés, doivent être adressés par courrier, fax, courriel au Centre de pharmacovigilance vétérinaire de Lyon (CPVL), ou par téléphone (04.78.87.10.40) auprès du CPVL. Cet appel devra toutefois être suivi d'un retour par courrier de la fiche de déclaration envoyée par le CPVL.

* L'intégralité de l'analyse est disponible à l'adresse : https://bit.ly/3xa1fkk.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1579

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