Mastocytome canin : les outils diagnostiques et pronostiques

L'examen histologique permet d'établir un diagnostic de certitude et un pronostic. Le mieux est de disposer de la pièce d'exérèse entière, ce qui permet l'examen des marges d'éxérèse.

© David Quint

Morgane BATUT

Oncologie

Fréquemment rencontré en clinique, le mastocytome canin peut être bénin ou malin, d'où une évolution très variable selon les cas. Un pronostic peut être établi grâce à différents examens : cytologie, histologie, immunohistochimie et biologie moléculaire. Notre confrère Jérôme Abadie (spécialiste en anatomie pathologique vétérinaire, Laboniris) a présenté les outils disponibles lors des journées du Gedac*, en mars, à Arras. Ils sont essentiels pour choisir la meilleur option thérapeutique.

Lors de suspicion clinique de mastocytome, la cytologie permet le plus souvent de confirmer ou non l'hypothèse. Sur les frottis, les mastocytes apparaissent comme des cellules rondes avec un noyau central lui aussi rond, fréquemment caché par les nombreuses granulations cytoplasmiques.

« Ces granulations sont bleues, violettes ou rouges lors de coloration au May-Grünwald-Giemsa alors qu'elles sont rouges au bleu de toluidine », a expliqué notre confrère Jérôme Abadie (spécialiste en anatomie pathologique vétérinaire, Laboniris) lors des journées du Gedac*, en mars, à Arras.

Si la préparation est riche en cellules, la coloration peut ne pas teinter les granulations cytoplasmiques, ce qui rend le diagnostic plus compliqué. Elles peuvent aussi être extra-cellulaires par rupture de la cellule lors de la cytoponction.

Cytoponctions multiples

Les mastocytes tumoraux sont fréquemment associés à des polynucléaires éosinophiles non tumoraux, attirés par chimiotactisme. Lors de tumeur peu différenciée, il faut se méfier des cellules difficiles d'identification et ne pas hésiter à avoir recours à la lecture d'un spécialiste.

Des cytoponctions multiples font partie de la démarche de bilan d'extension. Elles concernent les noeuds lymphatiques de drainage de la région concernée, la rate, le foie, la moelle osseuse hématopoïétique.

Pour simplifier la démarche, lors d'observation de mastocytes dans la cytoponction du noeud lymphatique de drainage, par principe de précaution, le bilan d'extension sera positif et le noeud lympatique, retiré et analysé histologiquement.

L'examen histologique
est indispensable

L'examen histologique permet d'établir un diagnostic de certitude et un pronostic. Le mieux est de disposer de la pièce d'exérèse entière, ce qui permet l'examen des marges d'éxérèse. A partir de l'histologie, le mastocytome est gradé. Plusieurs systèmes de grading sont utilisés. 

Premier historiquement et ne concernant que les tumeurs cutanées, le grading de Patnaik s'appuie sur le degré de différenciation cellulaire, le nombre de mitoses observées et l'extension de la tumeur dans les tissus profonds.

Les mastocytomes sont classés en trois grades : les tumeurs les mieux différenciées sont de grade 1, celles le moins sont de grade 3. A ces grades sont corrélées significativement les durées de vie après éxèrèse chirurgicale.

Les grades 1 sont considérés comme bénins avec une espérance de survie 4 ans après exérèse de 95 à 100 %. Pour ceux de grade 3, la survie moyenne est de 18 semaines post-exérèse. Pour ceux de grade 2, certains pouvant métastaser, le pronostic est imprécis avec 44 % de survie 4 ans après exérèse.

Classement en haut ou bas grade

Le grading de Kuipel intègre un autre critère pronostique : l'index mitotique (IM) dont la mesure semble plus objective que certains critères morphologiques.

Cependant, reconnaître les figures de mitoses peut s'avérer malaisé dans diverses circonstances : mastocytes très granuleux, à noyaux condensés...

Le mastocytome est classé en bas grade ou haut grade. Le haut grade est défini par la présence d'au moins un des critères suivants :

- un IM supérieur ou égal à 7 pour 10 HPF (champs au fort grossissement à l'objectif 40) pour une surface totale de 2,7 mm² ;

- au moins 3 cellules comportant 3 noyaux ou plus sur 10 HPF ;

- au moins 3 noyaux bizarres sur 10 HPF ;

- caryomégalie sur au moins 10 % des cellules.

Récent, le grading de Kuipel nécessite davantage d'études. Par exemple, dans les tumeurs classées de bas grade, actuellement, la moitié des chiens survivent moins de 24 mois.

Immunohistochimie, index ki-67 et biologie moléculaire en complément

L'association des deux gradings permettrait la plus grande précision avec une classification en trois grades, subdivisés eux-mêmes en haut ou bas grade.

Le pronostic à partir de l'étude des marges d'éxèrese est quant à lui controversé avec des résultats variables.

En résumé, pour établir le pronostic, l'examen histologique doit préciser : la localisation topographique, les grades histologiques (selon Patnaik et Kuipel), l'index mitotique précis pour 10 HPF, l'état infiltré ou non des marges d'exérèse.

Etablir un diagnostic peut rester difficile lorsque les cellules sont mal différenciées. Il en est de même pour établir un diagnostic pour les tumeurs de grade 2.

La recherche, par immunohistochimie, de l'expression de la protéine CD117 ou c-kit (récepteur du Stem Cell Factor) ou d'enzymes présentes dans les granulations est un autre moyen diagnostique.

L'index ki-67 définit la proportion de cellules tumorales exprimant l'antigène ki-67, marqueur de prolifération tumorale. Pour les tumeurs de grade 2, on distingue deux cas : lorsque l'index ki-67 est inférieur à 10 %, le taux de survie post-chirurgicale à 2 ans est de 85 à 90 % contre 25 à 30 % si l'index est supérieur à 10 %.

Recherche de mutations

Ce pourcentage, ici de 10 %, est fixé selon le laboratoire d'analyse. Cet outil pourrait aussi être utile pour juger de l'utilité d'une chimio- ou radiothérapie.

La biologie moléculaire permet, après extraction de l'ADN de prélèvements fixés au formol et inclus en paraffine, de rechercher des mutations activatrices de l'oncogène c-kit. La plus fréquente est une duplication interne en tandem de l'exon 11 du gène, c'est elle qui est recherchée.

Cette mutation est associée à une augmentation de la mortalité des chiens atteints. L'intérêt est donc pronostique et aide aussi dans la démarche thérapeutique puisque les inhibiteurs de c-kit sont particulièrement adaptés pour ces cas.

Si la présence d'un résultat positif au test donne une information claire, un résultat négatif n'exclut pas pour autant la présence d'une mutation autre que celle recherchée.

Les examens disponibles pour établir le diagnostic de mastocytome sont nombreux et permettent de préciser le pronostic. Ils sont par ailleurs essentiels pour choisir au mieux la démarche thérapeutique. 

* Gedac : Groupe d'étude en dermatologie des animaux de compagnie de l'Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1490

Envoyer à un ami

Password lost

Reçevoir ses identifiants