Maillage vétérinaire : la cellule de surveillance dresse un premier bilan
Les diagnostics de territoire dans le cadre de l'AMI ont permis la mise en place d'une trame commune à laquelle peuvent se référer les projets à l'échelle locale.
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Maud LAFON
Exercice
La cellule de surveillance et d'appui au maintien du maillage vétérinaire a présenté le bilan de ses actions depuis sa création en 2023 lors d'une journée coordonnée par Chambre d'agriculture France et le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires, le 22 avril, à Paris. Si elle s'organise au niveau national, la réflexion sur la problématique et les enjeux sanitaires autour du maillage vétérinaire a fait l'objet de plusieurs déclinaisons locales dont certaines ont été présentées à cette occasion.
Dix ans après la feuille de route sur le maillage territorial proposée par le ministre de l'Agriculture de l'époque, Stéphane Le Foll, les initiatives sur cette problématique vétérinaire majeure, dont les répercussions s'étendent bien au-delà de la sphère professionnelle, se sont multipliées et structurées. Témoin de la dynamique instaurée entre les organisations professionnelles vétérinaires et les organisations professionnelles agricoles, une cellule de surveillance et d'appui au maintien d'un maillage vétérinaire au service de l'élevage et de la santé publique, soutenue par de nombreux partenaires1 dont le SNVEL2, la SNGTV3 et la Direction générale de l'alimentation, a été créée le 19 avril 2023 sous l'égide des Chambres d'agriculture France et du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires (Cnov). Ses responsables ont dressé un bilan de ses actions et présenté plusieurs initiatives mises en place dans les territoires, le 22 avril, au siège des Chambres d'agriculture France, à Paris.
Réactivité des vétérinaires
Devant quelque 70 participants, Arnaud Delestre, premier vice-président de Chambres d'agriculture France, a ouvert cette journée co-organisée avec le Cnov en saluant, « au nom de la profession agricole », « la réactivité des vétérinaires lors de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse » et en condamnant les accueils parfois inadmissibles qu'ils ont reçus.
Il a rappelé le but de la cellule qui est notamment de proposer une boîte à outils, étoffée au fil des ans, que les acteurs du maillage peuvent décliner à l'échelle locale.
Cette journée nationale a été précédée de deux journées régionales, dans le Grand Est et le Centre-Val-de-Loire, qui ont permis des échanges et la concrétisation de projets présentés dans l'après-midi.
Depuis sa création, la force de la cellule de surveillance du maillage relève du travail en commun entre les parties prenantes (professions vétérinaire et agricoles, collectivités territoriales, Etat).
Notre confrère Matthieu Mourou, du Cnov, a rappelé la chronologie qui a conduit à la mise en place de cette cellule et les grandes lignes de l'action entreprise depuis sa création.
Trois seuils de perception des problématiques
« On définit trois seuils de perception de la désertification vétérinaire selon que son impact siège au niveau de l'entreprise vétérinaire, de la profession vétérinaire (retentissement sur les cliniques vétérinaires de la zone concernée) ou, plus largement, des éleveurs et de la DDPP4. A ce stade, la situation est bien souvent irréversible », a-t-il expliqué.
Après la feuille de route mise en place par le ministère de l'Agriculture en 2016, qui a matérialisé cette problématique déjà perçue depuis plusieurs années, la parution du premier Atlas démographique de la profession a permis d'objectiver les alertes. Les premières politiques publiques se sont alors mises en place avec, par exemple, le plan de rénovation des écoles vétérinaires pour augmenter le nombre de vétérinaires formés.
La loi Ddadue du 3 décembre 2020, en permettant aux collectivités territoriales de favoriser l'installation des jeunes vétérinaires en zones rurales, a constitué une étape majeure.
Deux ans plus tard, le lancement de l'appel à manifestation d'intérêt (AMI) a sélectionné 11 territoires représentant 8 régions, tous en prise avec une diminution du nombre d'élevages, des difficultés liées à la ruralité et des problèmes d'attractivité des cliniques vétérinaires.
Trame commune
Ces diagnostics de territoire ont permis la mise en place d'une trame commune à laquelle peuvent se référer les projets à l'échelle locale. « Il était nécessaire d'avoir un cadre national et une boîte à outils », a précisé notre confrère.
Il a ajouté que, même quand le maillage était trop dégradé, il était nécessaire de s'organiser pour maintenir les services essentiels comme, par exemple, la surveillance programmée.
« Nous avons des attentes des territoires concernant cette surveillance programmée et nous devons aider les vétérinaires qui restent à prendre en charge les élevages qui n'ont plus de vétérinaires sanitaires », a insisté Matthieu Mourou. Il a évoqué la possibilité d'envisager une task force ou une brigade d'intervention vétérinaire qui pourrait intervenir en soutien dans ces situations.
Suite à ces AMI, un centre de ressources a été mis en place et est consultable sur le site de l'Ordre (www.veterinaire.fr). Il contient notamment 11 rapports de territoires et 12 fiches d'action (sur la gestion des stagiaires, la permanence et la continuité des soins, la relation entre vétérinaire traitant et consultant, la forfaitisation, etc.), synthèse de réflexions territoriales pour lesquelles il y a eu convergence.
Suivi sanitaire permanent
La forfaitisation a ensuite donné lieu à une journée de travail, le 17 avril 2024.
Concernant la télémédecine, notre confrère a souligné la complexité du sujet vu l'absence de cadre réglementaire. Elle ne peut pour l'instant faire l'objet que d'expérimentations.
A ce propos, notre confrère Jacques Guérin, président du Cnov, a lancé un appel à la représentante de la Direction générale de l'alimentation (DGAL), présente lors de cette journée, pour la publication rapide du décret d'application relatif au suivi sanitaire permanent, « véritable outil de confiance entre éleveurs et vétérinaires ». Ce décret devra également concerner la télémédecine qui sera « un outil de plus » au service du maillage.
Suite à la création de la cellule, le 19 avril 2023, par l'ensemble des acteurs ayant participé à l'AMI, son premier comité de pilotage, co-porté par Chambres d'agriculture France et le Cnov, le 5 octobre 2023, a conduit à la mise en place de 4 collèges : organisations professionnelles agricoles, organisations professionnelles vétérinaires (Cnov, SNGTV, SNVEL), administration et territoires.
Depuis octobre 2024, la cellule, qui fonctionnait jusqu'alors sur les fonds propres du Cnov et de Chambres d'agriculture France, est passée sous convention avec la DGAL.
Son comité de pilotage se réunit quatre fois par an et supervise les missions et actions entreprises par la cellule.
Actions de communication
Parmi elles, on peut citer des actions de communication et sensibilisation (travail sur une base documentaire pour le centre de ressources, restitutions dans les territoires pilotes, organisation de journées thématiques...).
Un premier gros chantier de la cellule est la surveillance prospective qui s'appuie sur l'Atlas démographique de la profession vétérinaire. Ce dernier a évolué et est devenu dynamique dès cette année avec une évolution en temps réelle à laquelle ont accès tous les conseillers ordinaux et une possibilité de consultation jusqu'à l'échelle de la commune.
Les données sont de plus en plus précises en termes d'espèces traitées et permettent de constater que, si le nombre de vétérinaires déclarant une activité Animaux de rente augmente (+ 460 vétérinaires entre 2024 et 2026), ceux qui pratiquent de façon exclusive cette activité sont de moins en moins nombreux, tout comme le nombre de DPE déclarant un exercice Animaux de rente majoritaire. « Cette évolution témoigne du rôle essentiel des vétérinaires mixtes avec une activité prédominante auprès des animaux de compagnie dans le maillage », a souligné Matthieu Mourou. Or ces cabinets peuvent être aux prises avec des difficultés de recrutement. En effet, « 39 % de ces cliniques sont composées de moins de 4 vétérinaires. Or nous savons qu'en matière de permanence et de continuité de soins, la tendance s'oriente plutôt vers une garde sur cinq. Par ailleurs, le volume et la qualité de l'activité rurale de ces cabinets peuvent aussi constituer un frein », a constaté notre confrère.
Une autre problématique identifiée concerne les « ruminac » et les vétérinaires canins qui soignent occasionnellement ces petits ruminants « de compagnie » et perdent l'expertise nécessaire en pratique animaux de rente. « Il pourrait être difficile de s'appuyer sur eux en cas de crise sanitaire », a alerté Matthieu Mourou.
Six projets territoriaux
Parmi les six projets territoriaux présentés, l'un d'eux, mis en place dans le Tarn-et-Garonne, vise à régler ce problème en instaurant un partenariat entre le vétérinaire traitant d'un élevage, qui n'en suit pas beaucoup et n'a pas une grande expertise, et un vétérinaire consultant que lui ou son éleveur peuvent appeler ponctuellement en support. Le lien est fait par le GDS5. Les cas compliqués peuvent être supervisés par notre confrère François Schelcher, de l'école vétérinaire de Toulouse. Le vétérinaire traitant reste le prescripteur et délivre les médicaments.
Autre constat émanant de l'analyse de l'atlas démographique : la fragilité du maillage dans les régions où les cabinets ont une faible activité animaux de rente (moins de 20 %). La cessation de cette activité est alors un risque bien réel.
Une prochaine étape sera de confronter les données déclaratives émanant des vétérinaires avec celles de l'Etat. Un projet de création de cellule opérationnelle territoriale est également en cours.
Parmi les avancées techniques qui permettent à la cellule nationale de progresser figure un outil de cartographie de l'atlas démographique qui permet une vision prospective. Il a été présenté par notre confrère Eric Sannier, qui l'a développé.
Croisement de données
Pour cela, il croise des données d'élevage et de démographie vétérinaire et s'appuie sur différents indices, dont l'accessibilité potentielle localisée, et autorise une lecture multi-échelles du territoire.
Cette lecture fine permet de diviser le territoire en zones de plus ou moins grande tension en termes d'offre de soins et de capacité d'intervention. « Il y a des zones blanches dans lesquelles un éleveur ne trouve pas de vétérinaires à moins de 30 minutes de route », a indiqué notre confrère.
Cet outil permet une analyse prospective en s'appuyant sur l'âge des vétérinaires et donc ceux potentiellement concernés par une cessation d'activité et les indicateurs de solitude (cabinet où ne travaille qu'un seul vétérinaire).
Il est déjà à la disposition de la cellule maillage et une version moins approfondie sera bientôt en ligne sur le site de l'Ordre. Des déclinaisons pour d'autres espèces et activités vétérinaires sont possibles.
L'après-midi a été consacrée à la présentation d'initiatives locales visant à renforcer le maillage territorial.
Parmi elles, on peut noter la démarche mise en place dans le Grand Est pour encourager l'installation des jeunes vétérinaires avec la création d'une plate-forme V2R, sur laquelle les vétérinaires peuvent partager leurs compétences ; un projet maillage vétérinaire en Ile-de-France qui vise à former, à accompagner les vétérinaires et à étudier la forfaitisation ; la mise en oeuvre d'actions en Bretagne (logement de stagiaires et jeunes salariés, organisation des activités pour alléger les gardes, accompagnement dans les situations délicates...), etc.
En ligne sur le site de l'Ordre
Les six posters présentés lors de la journée sont en ligne sur le site de l'Ordre, dans le centre de ressources sur le maillage (urlr.me/WXFAaD).
Outre les mesures financières, l'accompagnement des jeunes vétérinaires est également un point central de ces actions.
« Dans tous les cas, la démarche locale mobilise tous les acteurs », a insisté Matthieu Mourou, ce qu'a confirmé la présentation des six projets.
Une autre démarche dans l'Yonne concerne la création d'un pôle de santé animale avec la construction d'une nouvelle clinique financée par la commune. « Le portage d'un tel projet doit toujours être financé par la commune ou la communauté de communes, les seules entités en mesure de collecter des subventions », a indiqué notre confrère Marc Arbona, à l'origine de cette initiative avec Arnaud Delestre. Les vétérinaires seront locataires du bâtiment construit, avec un loyer évolutif sur plusieurs années.
« Lors de la mise en place de la cellule, nous étions confrontés à la nécessité de relancer une dynamique. Il faut désormais la pérenniser », a conclu Matthieu Mourou en annonçant cependant que l'épisode de dermatose nodulaire contagieuse vécu en France « aurait un effet délétère sur le maillage d'un point de vue économique et relationnel ». Certains vétérinaires déjà en difficulté vont en effet selon lui « jeter l'éponge ».
« Cette journée a montré toute la dynamique instaurée dans les relations entre OPA et OPV. Il faut désormais les structurer pour s'inscrire dans un temps long, avec des projets solides », a confirmé Jacques Guérin. ■
1 Chambre d'agriculture France, FNSEA, GDS France, Cnov, SNGTV, SNVEL, ministère de l'Agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.
2 SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.
3 SNGTV : Société nationale des groupements techniques vétérinaires.
4 DDPP : Direction départementale de la protection des populations.
5 GDS : Groupement de défense sanitaire.





