La recherche bibliographique au service de la clinique : 2e partie

A partir d'un exemple : utiliser le LASER pour la douleur articulaire chez le chien ?

De Jérôme CHANTREAU

Praticien au cabinet vétérinaire de St Désiré (03), Vice-président des Zétérinaires : https://www.zeterinaires.fr/nofakemed/

Cet article est le deuxième d'une série de trois, consacrés à montrer les différentes étapes bibliographiques pour rechercher les preuves répondant à une question clinique dans le cadre de l'Evidence Based Veterinary Medecine (EBVM). Il va vous présenter la méthode pour sélectionner les publications pertinentes issues de notre recherche initiale, présentée par le premier article qui partait de la question clinique pour construire une requête formalisée. Le prochain présentera la lecture critique des articles sélectionnés et donc la conclusion à notre question.

TRI DES RÉPONSES PROPOSÉES PAR LES MOTEURS DE RECHERCHE

Pour rappel notre question clinique formalisée était : « Chez le chien arthrosique, le LASER permet-il de gérer la douleur ? ». Chacun des mots en gras représentant un mot-clé de la question formalisée selon la méthode PICO. Nous avions cherché dans deux moteurs de recherche : PubMed et Google Scholar. Le premier nous a donné 15 résultats et le second 1200. Nous allons faire le tri parmi ces résultats.

Personnellement, je fais cela en plusieurs étapes mais ce n'est absolument pas normatif.

Le premier passage de tri est trivial mais fastidieux. Il suffit de lire les titres des articles et leur descriptif rapide (le petit texte qui est en dessous du titre dans les résultats de recherche). Tous les articles qui répondent à tous les mots-clés de la recherche sont conservés. On s'aperçoit que beaucoup de résultats ne correspondent pas du tout. Certains concernent d'autres espèces que les chiens, d'autres encore utilisent le laser en remplacement des aiguilles dans la pratique de l'acupuncture. D'autres, enfin, ne parlent pas de la douleur ou de problèmes articulaires. Tous ces articles sont retirés de la liste.

À l'issue de cette phase, il nous reste 7 articles sur PubMed et 45 articles sur Google Scholar dont 5 en commun avec PubMed, soit 40 nouveaux articles.

VÉRIFICATION DU NIVEAU DE PREUVES DES ARTICLES

Ensuite, je reprends chaque article sélectionné et je lis chaque abstract pour vérifier que l'article correspond bien à la question clinique posée et, dans le même temps, vérifier qu'il s'agit bien d'une preuve au sens méthodologique (le « evidence » de l'EBVM* ou Evidence Based Veterinary Medicine). Pour cela je me réfère à la pyramide ou l'échelle des preuves. Fricke 1 propose une pyramide 6S qui est une double pyramide. Ce système adapté au monde vétérinaire permet de prendre en compte l'ensemble des sources disponibles pour les praticiens. (cf. encadré 1)

Les articles retenus devront être au minimum des rapports de cas clinique. C'est en effet à partir de ce niveau de preuve que les articles sont revus par les pairs. Les articles correspondant à des niveaux inférieurs de la pyramide sont des indices (anecdotical evidence) et non des preuves.

L'utilisation du Laser étant une pratique plutôt récente (une trentaine d'années mais avec une évolution importante de la technologie) et controversée, pour l'instant les preuves d'un niveau élevé sont rares : nous ne disposons pas de preuves de niveau supérieur à l'essai randomisé contrôlé (RCT) répondant à notre question clinique. On peut considérer que les avis d'experts et les revues narratives sont d'un niveau de preuve trop bas pour répondre à notre question clinique. Donc parmi tous nos résultats, seuls seront conservés les études cliniques, du rapport de cas clinique au RCT. Il nous reste alors 7 publications : 6 RCT, 1 série de cas. (cf. encadré 2)

MISE EN PLACE D'UNE VEILLE BIBLIOGRAPHIQUE

Maintenant que nous avons notre base d'articles, nous pouvons tenter de l'étendre en vérifiant si la bibliographie utilisée dans ceux-ci ne peut pas venir compléter la nôtre. Aucune des 7 publications retenues ne fournit de références supplémentaires répondant à la question clinique. On retrouve des articles montrant des expériences in vitro, des résultats sur d'autres espèces ou pour d'autres maladies.

L'une des façons d'étendre la base bibliographique de notre recherche est de collecter de nouveaux articles au fur et à mesure de leur publication. Sur PubMed et sur Google Scholar, il est tout à fait possible de programmer, à partir de l'équation de recherche, une veille bibliographique qui, à intervalle régulier, transmet par mail les nouvelles publications depuis la dernière recherche. Bien entendu, dans notre situation de départ, ce n'est pas pertinent.

Reste une dernière étape : lire les articles pour évaluer leur qualité et pouvoir enfin répondre à notre question clinique. Ce sera l'objet du prochain article.

Article paru dans La Dépêche Technique n° 183

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