L'intelligence artificielle au service de la médecine vétérinaire
Pour faire un diagnostic, le vétérinaire procède lui-même par algorithmes sans s'en rendre compte.
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Timothée AUDOUIN
Prospective
Le 5 juillet s'est tenue à Castres pour la troisième année consécutive l'université de l'e-santé animale, journée dédiée aux nouvelles technologies. Il y a été notamment question des performances de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine médical qui sont aujourd'hui prouvées. Même si elles peuvent paraître anxiogènes aux vétérinaires, ces performances constituent au contraire un atout s'ils acceptent de s'adapter et de repenser leur métier à l'aune de ces progrès technologiques.
« OK Google, mon chien a de la diarrhée et tousse, je l'ai vermifugé il y a 15 jours avec du Kitutou, qu'est-ce qu'il a ? ».
Cela vous fait sourire ? Il a toujours été dit que la médecine était un art car on considérait qu'il restait une part d'intuition et de ressenti de la part du professionnel qui l'exerce. Et pourtant, selon toute certitude, les ordinateurs seront très prochainement meilleurs que les humains pour le diagnostic. Cette hypothèse a été détaillée lors de l'université de l' e -santé animale, le 5 juillet, à Castres.
Le diagnostic par IA dépasse les performances des humains
Les Chinois ont organisé, en juin 2017, une compétition opposant l'élite des radiologues et l'intelligence artificielle (IA). L'objectif était d'améliorer la performance du dépistage du cancer du sein grâce à un concours mondial d'envergure.
Les moyens déployés étaient à la hauteur des ambitions : la plus grande base de données d'images médicales jamais créée couplée aux ressources de calcul du cloud d'Amazon et un prix de 1,2 million de dollars. Le concours a réuni plus de 1 200 participants (4 manches de 5 semaines entre novembre 2016 et mai 2017).
Au départ, les médecins étaient aussi confiants que les champions du jeu de go l'étaient avant d'être écrasés par AlphaGo* (le New York Times estimait en 1997 que la machine ne saurait pas jouer au go avant un siècle ou deux).
La société française Therapixel, spécialisée dans l'imagerie médicale, a décroché la première place. Leur algorithme améliore de 5 % le taux de faux positifs (une tumeur déclarée cancéreuse alors qu'elle est bénigne) par rapport à l'état de l'art.
En poursuivant dans cette voie prometteuse, cette start-up issue d'Inria pense pouvoir bientôt proposer des outils d'assistance à la radiologie supérieurs à la capacité humaine des meilleurs experts.
Autre exemple, la start-up Babylon Health, fournisseur de services de santé par abonnement, a obtenu un score de 81 % à l'examen de certification du Royal College of General Practitioners alors que les jeunes médecins anglais obtiennent un score moyen de 72 %.
De semaine en semaine, les territoires où l'IA dépasse les meilleurs médecins se multiplient : Google a présenté des résultats impressionnants en cancérologie dermatologique et en cardiologie.
Le contraire d'un programme figé
Jusqu'ici, les ordinateurs ne servaient qu'à exécuter les tâches pour lesquelles un humain les avait programmés. Plus vite et avec moins d'erreurs qu'un humain, certes, mais il fallait toujours qu'un humain lui ait dit « dans telle situation, réagis de telle façon ».
La révolution de l'IA est que, si l'ordinateur est informé que telle réaction s'est finalement révélée inappropriée, il enregistre l'information et l'utilise pour modifier sa future réaction initiale quand la situation se reproduira. Autrement dit, il apprend de ses erreurs, il acquiert de l'expérience.
Pour faire un diagnostic, le vétérinaire procède lui-même par algorithmes sans s'en rendre compte. L'IA, par sa capacité à manier des données innombrables en un temps record, le dépassera dans la quasi-totalité des cas.
Et chez les vétérinaires ?
Le potentiel commercial étant inférieur dans notre domaine, nous bénéficierons forcément en seconde main des évolutions technologiques du secteur humain. A la vitesse où les technologies évoluent, personne ne doit douter qu'il pourra échapper à cette révolution.
Il convient de citer Pronozia**, le premier vrai outil spécifiquement vétérinaire utilisant l'IA pour faire du diagnostic.
S'il ne s'agissait que d'un algorithme hypothético-déductif, sa performance ne dépassera jamais celle d'un praticien rigoureux mais si les concepteurs proposent une réduction tarifaire pour les vétérinaires qui acceptent de renseigner le diagnostic final et l'utilisation (anonyme) de leurs données, c'est bien qu'ils l'ont doté de cette fameuse capacité d'apprentissage qui fait que sa performance va augmenter avec l'expérience.
Les praticiens vont-ils disparaître ?
Ces performances anxiogènes pour les vétérinaires méritent d'être nuancées. Par exemple, s'il est vrai qu'une importante partie de la population chinoise veut remplacer son médecin par des IA, seul 1 Français sur 10 le souhaite.
Pour autant, il est urgent de repenser notre métier au lieu de s'accrocher à l'idée qu'on ne pourra jamais se passer de nous, comme ont pu le faire les disquaires ou Kodak. S'il ne reste que la relation humaine, elle n'est en rien spécifique du vétérinaire et d'autres pourront appuyer sur les boutons des machines aussi bien que nous.
Par exemple, la FDA américaine a labellisé une IA pour faire le diagnostic de rétinopathies diabétiques sans validation par la signature d'un médecin.
Au rythme des progrès, il sera bientôt interdit aux médecins de soigner un malade sans l'avis et l'aval des IA. Ce sera une terrible blessure narcissique, il faut donc être lucide et accepter d'évoluer sous peine de disparaître, et vite.
La sélection naturelle ira paradoxalement vers moins de naturel et l'IA, la robotique et nos client n'auront pas le souci de notre préservation. ■
* Produit de Google DeepMind.
** https://pronozia.fr/






