Intelligence émotionnelle : un socle du métier vétérinaire

La roue des émotions : si l'enchaînement est le même, le parcours peut prendre plus ou moins de temps.

© D.R.

Maud LAFON

Développement personnel

La Fondation d'entreprise Dômes Pharma a organisé, le 10 juin, la deuxième conférence d'un cycle intitulé « Vie de véto : quand passion rime avec émotion », destiné à cultiver l'impact positif auprès des soignants du monde vétérinaire. Comprendre et apprendre à gérer ses émotions, être en compassion plutôt qu'en empathie, agir rapidement mais sans précipitation... tous ces principes conditionnent la performance dans son activité vétérinaire.

L'actualité évoque très régulièrement l'intelligence artificielle au risque d'oublier une autre forme d'intelligence qui permet de remettre l'humain au coeur de ces évolutions : l'intelligence émotionnelle. Elle a motivé une conférence proposée par la Fondation d'entreprise Dômes Pharma, le 10 juin, dans ses locaux de Lempdes et simultanément en distanciel.

Cette intervention était la deuxième d'une initiative inaugurée en décembre par une conférence sur la résilience et est amenée à être dupliquée dans les écoles vétérinaires françaises dans le cadre d'un cycle intitulé « Vie de véto : quand passion rime avec émotion ».

Elle a été animée par nos confrères Philippe Limousin, formateur et recruteur pour les entreprises de santé animale, et Norin Chaï, vétérinaire faune sauvage, et Bernard Flavien, coach sportif, spécialiste de la performance émotionnelle.

Chaque participant avait au préalable pu réaliser un diagnostic Eqinox basé sur un algorithme développé pour être un « outil d'émancipation des potentiels » en analysant les comportements et les ressources. « Ce diagnostic permet de découvrir ses portes d'entrée motivationnelles », a précisé Philippe Limousin.

Maîtriser ses émotions

En se basant sur des expériences de Norin Chaï au cours de ses missions envers la faune sauvage, la conférence a donné au public quelques clés pour comprendre et apprendre à gérer ses émotions. « La principale prévention du danger est la maîtrise de nos émotions », a souligné notre confrère.

« L'émotion est notre véritable moteur dans la vie. Les personnes dénuées d'émotions n'arrivent plus à prendre de décisions et à identifier la peur qui est la patronne des émotions », a précisé Bernard Flavien.

Il a incité à ne pas confondre spontanéité, qui fait le lit d'un bon vétérinaire, et improvisation.

L'intervenant a aussi fait la distinction entre vitesse et rapidité, deux états par lesquels passe un vétérinaire chef d'entreprise mais qui n'ont pas la même origine émotionnelle. La vitesse renvoie à l'exploration et à la décision tandis que la rapidité implique une action plus réfléchie, un ralentissement des émotions pour une action ciblée à un instant donné. « Il faut aller vite mais sans précipitation », a souligné Bernard Flavien.

La gestion des émotions implique de prendre en compte la gestion émotionnelle de ses patients animaux. « Un tableau émotionnel implique tout le monde : vétérinaire, équipe soignante, animal et propriétaire », a insisté le coach sportif.

Au départ est la joie

Il a présenté la roue des émotions avec au départ la joie qui « est » avec comme contre-pouvoir les gênes rencontrées par les individus et qui font qu'ils ne sont pas toujours en joie, à la différence des enfants par exemple. Comprendre ce qui nous gêne dans une situation donnée est d'ailleurs à la base de l'intelligence émotionnelle.

Viennent ensuite, dans l'ordre, la peur qui nous permet de prendre des décisions et nous sauve la vie mais qui est aussi l'une des plus contagieuses des émotions ; la surprise qui déstabilise émotionnellement et est un accélérateur qu'il faut dompter et qui mène au consentement ; la tristesse qui est la peur d'avoir perdu et la peur de l'humiliation ; le dégout puis la colère qui est « le bruit de la peur ». Si ce parcours est unique, la durée qui fait passer d'une émotion à l'autre peut être très variable en fonction des individus. « Or dans la gestion de l'intelligence émotionnelle, il n'y a pas de temps imparti », a souligné le conférencier.

Un sentiment est un mélange de plusieurs émotions, au moins deux. Le sentiment le plus connu, le stress, est un mix de peur et de surprise. Face à un animal stressé, il faut donc comprendre de quoi il a peur et ce qui l'a surpris.

Globalement, pour être en intelligence émotionnelle avec soi-même, il importe de comprendre comment est fabriqué un sentiment.

Créer le nous

Troisième état émotionnel important à connaître quand on est vétérinaire : la confiance en soi. Si elle est nécessaire, la surconfiance en soi peut être néfaste.

« Il importe de créer le « nous » avec l'animal et pour cela d'obtenir sa confiance totale », a expliqué Bernard Flavien.

Si le doute est possible en amont d'une décision, une fois celle-ci prise, il ne doit plus y avoir d'hésitation. La prise de décision est ce qui demande le plus d'énergie au cerveau. « Quand on débute dans le métier de vétérinaire, il est difficile de se positionner mais quand on dit quelque chose, il faut le faire à 100 %, c'est le charisme », a ajouté l'orateur.

De savoir qu'on n'est plus dans le doute va permettre de réussir. Si on n'arrive pas à s'en extraire, il est préférable de différer une décision, une intervention. Contrairement au dicton, la nuit ne porte pas conseil mais permet de ralentir et refroidir les émotions. « En intelligence émotionnelle, il faut parfois savoir prendre du recul », a-t-il poursuivi.

Enfin, deux autres notions sont importantes à différencier pour l'activité vétérinaire : l'empathie et la compassion.

Mettre une distance

L'empathie consiste à être à 100 % dans l'émotion de l'autre au risque de « se noyer avec lui » alors que la compassion intègre une dimension active et permet, en mettant une distance avec la souffrance de l'autre, de prendre la moins mauvaise décision pour l'aider au mieux.

« L'empathie pure peut enlever de la compétence et n'est pas attendue de la part d'un vétérinaire qui doit au contraire faire preuve de compassion », a résumé le coach en précisant qu'il était normal de passer par ce mélange d'empathie et de compassion.

Encore plus d'infos !

La conférence est disponible en rediffusion sur YouTube ici.




Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1768

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