Groupes vétérinaires : « Il est temps de rassembler la profession », explique le SNVEL

Pour notre confrère David Quint, président du SNVEL, on reste sur un équilibre avec des zones d'incertitude avec des pratiques hétérogènes selon les acteurs.

© Jacques Graf

Exercice

Si la cohabitation avec les groupes est aujourd'hui plus sereine, l'équilibre mérite un travail permanent pour être conservé. Le SNVEL* s'y emploie et veille notamment à ce que la logique financière ne prenne pas le pas sur la logique professionnelle. Son président, notre confrère David Quint, estime qu'il faut aujourd'hui aplanir les différends à ce sujet au sein de la profession tout en continuant à travailler pour notamment sécuriser juridiquement le cadre et ainsi éviter les interprétations divergentes.

La Dépêche Vétérinaire : La situation des groupes d'exercice en France vous semble-t-elle aujourd'hui assainie et équilibrée ? Etes-vous satisfait de la révision du cadre juridique apportée par la doctrine d'emploi publiée en décembre 2023 ?

David Quint, président du SNVEL* : Je pense qu'il faut de manière générale éviter les caricatures et, si nous avons vécu quelques années troublées, il est temps de rassembler la profession.

On n'est plus dans la phase d'emballement qu'on a connue il y a quelques années. Le marché s'est structuré, certains excès ont été corrigés et la doctrine d'emploi de décembre 2023 a eu le mérite de poser un cadre plus lisible. En tout cas, elle a permis de trancher certains débats entre ceux qui trouvaient évidente leur lecture et ceux qui la contestaient.

Pour autant, parler de situation totalement assainie serait peut-être exagéré et naïf. On reste sur un équilibre avec des zones d'incertitude avec des pratiques hétérogènes selon les acteurs.

La doctrine va dans le bon sens mais elle reste une doctrine : elle éclaire, elle oriente mais elle ne règle pas tout. Ce qui manque encore, c'est une capacité à garantir dans les faits (ou plutôt à vérifier) que les principes posés - indépendance professionnelle, maîtrise vétérinaire des décisions, absence de dérive capitalistique - soient effectivement respectés partout.

D.V. : Estimez-vous que leur arrivée fait peser une menace sur l'entrepreneuriat et l'exercice libéral ? Si oui, comment la contrer ?

D.Q. : Sur cette question, je crois qu'il faut là aussi être nuancé. Les groupes répondent aux attentes réelles de certains : sécurisation des parcours, mutualisation des moyens, attractivité de recrutement pour certains profils. Mais on ne peut pas nier que certaines logiques à l'oeuvre peuvent donc fragiliser l'exercice libéral puisque le modèle de certains groupes tend à voir les vétérinaires rejoindre le salariat. Et le risque alors, ce n'est pas l'existence des groupes, c'est le déséquilibre potentiel que cela peut créer entre les différents statuts.

Et il nous faut faire attention que la logique financière ne prenne pas le pas sur la logique professionnelle : quand le praticien devient un exécutant plus qu'un décideur ou quand les conditions économiques rendent impossible toute concurrence loyale pour les structures indépendantes.

Dans d'autres domaines, on a vu par le passé quelques dérives (Orpea, etc.) qui doivent nous alerter et nous obligent à la vigilance.

La réponse n'est pas de s'y opposer frontalement mais de travailler avec les acteurs non vétérinaires pour poser des lignes claires : transparence des montages, respect effectif de l'indépendance des vétérinaires et, surtout, maintien de conditions économiques permettant à tous les modèles de coexister. On rencontre régulièrement les uns et les autres pour y parvenir. On ne partage pas toujours les mêmes vues mais le respect et l'écoute sont là puisque nous représentons les intérêts des vétérinaires, y compris ceux qui travaillent dans les cliniques de leurs groupes.

D.V. : Les groupes répondent à des problématiques de la profession comme la difficulté de transmission des cliniques ou le nécessaire développement du plateau technique. Des solutions alternatives sont-elles envisageables à l'échelle des vétérinaires indépendants ?

D.Q. : Si on veut être honnête et complet, il faut reconnaître que les groupes ont permis de résoudre un certain nombre de difficultés, notamment en matière de transmission et d'investissement. Des confrères ont trouvé là une solution qu'ils ne trouvaient plus seuls.

Mais ce n'est pas la seule voie possible. On a encore des marges importantes du côté des vétérinaires indépendants, à condition de mieux s'organiser collectivement. Cela passe par des regroupements intelligents, des alliances souples, des outils mutualisés, des logiques de réseau comme celles qu'on développe avec les groupements d'achats comme Les Vétérinaires Indépendants x EspritVet (dans lequel Isovet est associé) qui fédèrent plus de 1 500 cliniques pour leurs achats ou encore d'autres initiatives comme Resovet.

On peut aussi repenser les modèles de transmission en facilitant l'association progressive, en accompagnant financièrement les reprises, en sécurisant les parcours des jeunes. Le sujet n'est pas tant l'absence de solutions que leur connaissance par les vétérinaires.

D.V. : Quelles évolutions seraient encore souhaitables à votre avis pour une situation totalement apaisée et une cohabitation sereine entre les groupes et les vétérinaires indépendants ?

D.Q. : Pour aller vers une situation apaisée, il y a encore quelques étapes à franchir. D'abord, clarifier le plus possible et sécuriser juridiquement le cadre pour éviter les interprétations divergentes, comme par le passé. Ensuite, renforcer les mécanismes de contrôle, non pas dans une logique punitive mais pour garantir que les règles du jeu sont les mêmes pour tous.

Il faut aussi rééquilibrer les conditions économiques globales de l'exercice vétérinaire pour éviter une concurrence déloyale entre les modèles.

Ensuite, je pense qu'il faut accepter la diversité des modèles mais avec un socle commun intangible : l'indépendance du vétérinaire qui reste maître de ses décisions car c'est sur lui que reposent les contraintes, notamment déontologiques, et donc il faut qu'il ne soit pas surexposé notamment quand les décisions ne sont pas les siennes. On ne peut demander à quiconque d'assumer une responsabilité qui n'est pas la sienne. Et comme c'est celle du vétérinaire qui est souvent mise en cause, il faut qu'il puisse être décisionnaire, c'est une question d'équilibre.

C'est ainsi que la cohabitation pourra être durablement sereine.

* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1804

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