Filière Animaux de compagnie : « Les besoins en prévention, en médecine et en suivi des chats devraient croître »

Cécile Gardino, responsable études et analyses de données chez Ingenium animalis

© D.R.

Société

Le Panorama des animaux de compagnie en France (lire ici), publié par Ingenium animalis (en charge du fichier I-Cad), a vocation à se pérenniser et à devenir un véritable outil d'aide à la décision pour l'ensemble des acteurs de la filière. Les vétérinaires en font partie. Notre consoeur Cécile Gardino, responsable études et analyses de données chez Ingenium animalis, commente cette première édition. Elle souligne notamment la divergence croissante entre les populations canine et féline qui devrait conforter l'importance de la médecine vétérinaire féline.

La Dépêche Vétérinaire : Dans quel contexte Ingenium animalis publie-t-il ce Panorama des animaux de compagnie en France ? Est-ce une demande spéciale et est-il amené à se pérenniser et/ou à évoluer ?

Cécile Gardino, responsable études et analyses de données chez Ingenium animalis : Cette première édition est née d'un constat simple : la filière manque de données consolidées et partagées pour objectiver ses évolutions. En tant que gestionnaire du Fichier national I-Cad, Ingenium animalis dispose d'une source de données unique permettant d'analyser les populations animales, leurs dynamiques et les pratiques des détenteurs. L'objectif est de transformer une donnée administrative en outil d'aide à la décision pour l'ensemble des acteurs de la filière.

Ce panorama a vocation à devenir un rendez-vous régulier et à s'enrichir progressivement avec de nouvelles analyses prospectives, territoriales et socio-économiques.

D.V. : Quels points de cette étude vous ont le plus surprise ?

C.G. : Deux éléments ressortent particulièrement. D'abord, la divergence croissante entre les trajectoires du chien et du chat : la population féline poursuit sa croissance alors que la population canine semble entrer dans une phase de léger recul.

Au-delà du fait que les chats sont désormais plus nombreux que les chiens, ce qui nous a surpris est l'ampleur de leur diffusion dans tous les profils de ménages. Le chat n'est plus seulement l'animal des urbains ou des personnes seules ; il est devenu un animal de compagnie transversal, présent dans des foyers très divers. Cela traduit une évolution profonde de la relation à l'animal de compagnie et de son intégration dans les modes de vie contemporains.

D.V. : Cela pourrait-il avoir des répercussions pour l'activité vétérinaire ?

C.G. : Oui, probablement. La croissance continue de la population féline, associée à une espérance de vie en hausse et à un renouvellement important des générations, devrait mécaniquement accroître les besoins en prévention, en médecine et en suivi des chats. Cela pourrait aussi conduire les cliniques à adapter davantage leur organisation et leurs services aux spécificités de cette espèce, qui présente des comportements et des attentes de propriétaires différents de ceux observés chez le chien.

D.V. : À quoi devront être attentifs les professionnels de santé à l'avenir au vu de l'analyse de vos données et sont-ils, à votre avis, armés pour répondre aux changements en cours dans la filière ?

C.G. : L'enjeu principal sera d'accompagner une population animale de plus en plus urbaine, avec des propriétaires dont les attentes évoluent rapidement. Les vétérinaires auront également un rôle majeur à jouer dans la prévention, l'identification, la traçabilité et la sensibilisation des détenteurs.

Les professionnels sont déjà des acteurs centraux de la filière mais les transformations démographiques, territoriales et technologiques en cours nécessiteront sans doute une adaptation continue des pratiques et des organisations.

D.V. : Le panorama montre aussi une évolution du profil des propriétaires d'animaux de compagnie. Cela se traduit-il déjà en clinique par une nouvelle approche des clients ? Quelles adaptations sont souhaitables pour les vétérinaires ?

C.G. : Les données montrent que les détenteurs sont plus jeunes, plus urbains et davantage connectés qu'il y a dix ans. Ils attendent souvent davantage d'information, de services numériques et d'accompagnement individualisé. Les cliniques vétérinaires sont déjà confrontées à cette évolution.

Les adaptations souhaitables concernent notamment la communication digitale, la pédagogie autour de la prévention et de l'identification, ainsi que le développement de parcours de soins plus personnalisés. Plus largement, il s'agit d'accompagner une relation à l'animal qui occupe une place croissante dans la vie familiale.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1811

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