Évaluer le chien peureux

L'agression par peur est de loin la plus dangereuse car il n'y a pas de menace.

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Aurore HAMELIN

Comportement

La peur conduit les animaux vers la fuite, l'affrontement ou la sidération. Notre confrère comportementaliste Claude Béata a défini cette émotion lors du congrès France Vet 2018, à Paris. Il a expliqué les quatre processus - sensibilisation, anticipation, généralisation et instrumentalisation - dont la fréquence et l'intensité créent l'affection comportementale.

Notre confrère Claude Béata (spécialiste en médecine du comportement des animaux de compagnie) a évoqué cette émotion fondamentale de la vie qu'est la peur lors du congrès France Vet, à Paris, l'an dernier : « Pour le chien, comme pour d'autres espèces, la peur permet la survie ».

« Les mots ont leur importance », a insisté notre confrère. La peur et la crainte sont deux mots du registre de l'éthologie qui s'emploient selon que le milieu où est ressentie l'émotion est ouvert ou fermé.

La peur conduira l'animal vers la fuite, l'affrontement ou la sidération. En anglais, c'est la règle des 3 F : freeze, fight, fligth. « 95 % des chats dont des coussinets transpirent sur la table de consultation sont en état de sidération et n'attaqueront pas. N'oublions pas les 5 % restants et soyons vigilants », a-t-il ajouté.

Différencier la peur de la crainte

La crainte est liée à une adaptation de l'individu. « La souris a-t-elle peur du chat ou le craint-elle ? Tout dépend de l'existence ou non du trou dans le mur pour s'y cacher. S'il n'y a pas une possibilité de se soustraire au chat, on parle alors de peur », a précisé Claude Béata.

Le neurotransmetteur de la peur est la sérotonine. Il est partagé dans le règne animal aussi bien par l'écrevisse que par les mammifères. « Cette émotion semble exister avant même la naissance. Cette réaction est primaire car elle engendre un mouvement de fuite avant la réflexion. Il existe, à côté, une peur dite réfléchie », a précisé notre confrère.

Quatre processus viennent compliquer la réaction de peur : sensibilisation, anticipation, généralisation et instrumentalisation. « La fréquence et l'intensité de ces quatre processus créent l'affection comportementale », indique-t-il.

Sensibilisation et noradrénaline

Un mot du registre de la physiologie est souvent employé pour décrire un trouble du comportement : le stress : « Pourtant le stress, c'est la vie ».

Il peut se définir comme toute pression interne ou externe qui déclenche une réaction. Les Anglo-saxons parlent d'eustress (le bon stress), de neutral stress et de distress (celui qui est délétère à l'individu qui le subit).

La psychopathologie utilise les termes d'état phobique ou d'état anxieux. La phobie est une réaction disproportionnée de peur par rapport à un ou plusieurs stimuli identifiés.

L'individu qui en souffre a connu une précédente étape de sensibilisation faisant intervenir la noradrénaline comme neurotransmetteur.

Classifier les agressions canines

« L'individu phobique recherche l'objet de sa peur. Par exemple, un chien phobique des motos recherchera lors de ses sorties citadines les motos du regard », a expliqué Claude Béata.

A quel moment le chien devient-il dangereux ? « L'agression peut exister lors de phobie ou d'anxiété intermittente. Lors d'anxiété permanente, l'animal se mutile plus qu'il n'est dangereux pour les autres », a-t-il souligné.

La psychiatrie vétérinaire classe les agressions canines (classification de Moyer). On y trouve notamment l'agression autour de la gestion des ressources (hiérarchique), l'agression par perte de contrôle (dans le jeu), l'agression par augmentation des émotions de faim, de crainte, de frustration... (dite par irritation) et l'agression par peur.

Parfois des troubles neurovégétatifs 

L'agression par peur est de loin la plus dangereuse car il n'y a pas de menace. L'animal n'a pas de fuite possible et la violence explose de manière maximale avec perte totale du contrôle de la morsure.

Ce type d'agression est toujours associé à des troubles neurovégétatifs (vidange des glandes anales, diarrhée, vomissement, miction...).

L'agression dite par prédation n'est pas une agression à proprement parler mais une séquence de consommation. Ce type de comportement est très dangereux également.

L'exemple de chiens qui s'attaquent à des enfants qu'ils considèrent comme des proies dénote d'un manque de socialisation du chien dans son jeune âge aux enfants. « Le traitement de ces chiens est actuellement impossible », affirme Claude Béata.

Trouver la source

A côté des agressions, des affections psychiatriques, telle la dysthymie, peuvent se révéler très dangereuses pour les humains. Dans cette maladie, le chien change de comportement sans causes extérieures, sans « faute » du propriétaire.

Le syndrome dissociatif chez le chien s'apparente à la schizophrénie. Il y a bascule brutale dans une « folie animale » également très dangereuse.

La peur du chien s'exprime de différentes façons. Il faut revenir à la source qui l'a engendrée. Un chien peureux peut être dangereux, un chat aussi. 

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1491

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