Évaluer la qualité de vie d'un animal familier avant une décision d'euthanasie
Depuis quelques années, des cadres décisionnels éthiques ont été élaborés pour définir les bonnes pratiques vétérinaires.
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Solène FAVARI
Exercice
Les équipes vétérinaires peuvent mettre en place un protocole de fin de vie standardisé, avec notamment des outils comme des grilles d'évaluation de la qualité de vie d'un animal familier désormais disponibles. Il s'agit d'assurer une meilleure gestion matérielle et émotionnelle du processus de fin de vie, tout en préservant une attitude professionnelle empathique et éthique.
La gestion d'une fin de vie médicalement assistée jusqu'à l'euthanasie d'un animal nécessite de rassembler de nombreuses compétences, depuis la prise de décision, jusqu'à la restitution du corps ou de ses cendres.
Il requiert une bonne collaboration dans l'équipe, une communication adaptée, l'apport d'un soutien psychologique aux familles et aux membres du personnel, du respect et une attention particulière au bien-être de l'animal tout au long du processus1 .
Mettre en place un service de qualité autour de l'acte d'euthanasie
Depuis quelques années, des cadres décisionnels éthiques ont été élaborés pour définir les bonnes pratiques vétérinaires. Ainsi, les équipes peuvent s'appuyer sur des recommandations des pairs afin de mieux gérer toute la mise en oeuvre de l'acte d'euthanasie et sa charge émotionnelle.
En France, le comité d'éthique vétérinaire a publié un Avis sur l'euthanasie2 en juillet 2020 et, parmi les recommandations énoncées, les vétérinaires sont invités à procéder à un questionnement préalable sur la qualité de vie de l'animal.
A l'international, le guide End-of-Life Care Guidelines3 , édité en 2016 par l'Association américaine de l'hospitalisation animalière (AAHA) et l'Association internationale pour l'hospitalisation animalière et les soins palliatifs (IAAHPC), synthétise de nombreuses ressources pour les équipes vétérinaires (faciliter la communication avec les familles, encourager les décisions partagées au sein de l'équipe vétérinaire, adapter les soins aux animaux à l'approche de la phase terminale de leur vie, etc.)4.
Des outils d'évaluation de la qualité de vie de l'animal
L'utilisation d'outils d'évaluation de la qualité de vie de l'animal en souffrance, en amont du processus de fin de vie, est un élément favorable à la communication, à la prise de conscience et au consentement des familles.
Cette qualité de vie peut être définie selon une variante de la pyramide de Maslow, avec des besoins à satisfaire dans trois composantes du bien-être animal : physique, social et émotionnel (figure).
Une décision d'euthanasie pourra ainsi être envisagée lorsque les soins qui sont apportés à l'animal ne permettent plus de maintenir un niveau globalement satisfaisant dans ces trois domaines.
L'examen du confort de vie de l'animal, basé sur ces trois piliers qualitatifs, permet à l'équipe vétérinaire et aux familles de se coordonner pour décider, ensemble, sereinement, du « bon moment » pour aider leur animal à mourir.
Les grilles d'évaluation se présentent sous forme de questionnaires à échelle de graduation, afin de prendre conscience des répercussions des problèmes de santé de l'animal sur son bien-être et sa capacité à profiter de la vie.
Les questionnaires qui tendent à rationaliser l'appréciation de la qualité de vie se déclinent selon les espèces (chiens, chats, chevaux) et les affections présentes (insuffisance rénale chronique, insuffisance cardiaque, arthrose).
L'interprétation d'une observation étant facilement subjective et parfois biaisée, il n'existe pas encore de consensus sur ces grilles de lecture. Cependant, les vétérinaires ont désormais l'opportunité de tester ces outils dans leur pratique, de participer à leur amélioration et ainsi de contribuer au progrès des prises en charge.
Parmi les questionnaires de qualité de vie existants, certains sont spécifiquement destinés à l'aide à la décision d'euthanasie des animaux de compagnie, en voici deux exemples :
- L'échelle de qualité de vie des animaux en phase terminale de cancer
Publié en 2007 dans l'ouvrage Canine and feline geriatric oncology : honoring the human-animal bond , ce questionnaire a été élaboré par notre consoeur Alice Villalobos, membre fondateur de la Veterinary Cancer Society et de l'IAAHPC.
Considérée comme une pionnière en oncologie vétérinaire et en soins de fin de vie, elle dirige actuellement le programme de consultations Pawspice , dédié à la qualité de vie en oncologie vétérinaire en Californie5 .
Cette échelle de qualité de vie propose aux familles d'observer sept critères, à noter de 0 à 10 : douleur, faim, soif, niveau d'hygiène, niveau de joie, degré de mobilité et « plus de bons jours que de mauvais jours ».
Un score final supérieur à 35 signifie que la qualité de vie de l'animal est encore suffisamment acceptable pour continuer les soins palliatifs mais, s'il est inférieur, une euthanasie est alors à organiser6 .
- Le questionnaire d'aide à la décision d'euthanasie
Cet autre outil, plus complet, est un questionnaire spécifique d'aide à la décision d'euthanasie (pour vétérinaires et familles) dans le cadre du programme Honoring the Bond de la faculté de médecine vétérinaire de l'Ohio7 .
La version 2019 de ce guide est une brochure imprimable intitulée Comment saurai-je ? (How Will I Know ? Assessing Quality of Life and Making Difficult Decisions for your Pet à l'adresse https://bit.ly/3tzINSL).
Il accompagne tout d'abord la réflexion des familles au sujet de la fin de vie de leur animal avec une dizaine de questions ouvertes puis met à disposition un questionnaire à échelle (de « tout à fait d'accord/souvent » à « vraiment pas d'accord/jamais » ) sur 26 paramètres cliniques et comportementaux de l'animal pour estimer son confort.
Plus les réponses auront un grade négatif marqué, plus la qualité de vie sera altérée et une euthanasie devra être programmée.
Convenir d'un point de bascule
Les familles et l'équipe vétérinaire sont encouragées à renouveler l'utilisation des questionnaires de qualité de vie pour suivre la progression de l'état de santé de l'animal en fin de vie et convenir d'un point de bascule où l'euthanasie devra être planifiée.
Ainsi, les équipes vétérinaires qui mettent en place un protocole de fin de vie standardisé, avec des outils comme des grilles d'évaluation, ont l'opportunité d'assurer une meilleure gestion matérielle et émotionnelle du processus de fin de vie, tout en préservant une attitude professionnelle empathique et éthique. ■
1 Knesl, O., Hart, B., Fine, A., Cooper, L., Patterson-Kane, E., Houlihan, K., & Anthony, R. (2017). Veterinarians and Humane Endings: When Is It the Right Time to Euthanize a Companion Animal? Frontiers in veterinary science , 4(APR), 45. Report #: ARTN 45.
2 https://www.veterinaire.fr/system/files/files/2021-11/Avis_euthanasie_animale.pdf
3 https://www.aaha.org/globalassets/02-guidelines/end-of-life-care/2016_aaha_iaahpc_eolc_guidelines.pdf
4 Shanan, Amir; Stevens, Brenda; Bishop, Gail; Cooney, Kathleen; Cox, Shea; Downing, Robin; Mitchener, Kathy; Soares, Nancy; Wynn, Tammy (2016). 2016 AAHA/IAAHPC End-of-Life Care Guidelines*. Journal of the American Animal Hospital Association, (), JAAHA-MS-6637, 52:341-356.
5 Canine and Feline Geriatric Oncology: Honoring the Human-Animal Bond, Alice Villalobos, Second Edition 2017
6 Villalobos A, Kaplan L. Canine and feline geriatric oncology: honoring the humananimal bond. Ames (IA): Blackwell Publishing; 2007. Table 10.1, p. 304. Original article, Villalobos A. QoL scale helps make final call, VPN, 09/2004.
7 https://www.vet.osu.edu/vmc/companion/our-services/honoring-bond-support-resources-pet-owners






