DNC : SNVEL, Ordre et SNGTV appellent au calme et jugent « inacceptables » les menaces à l'encontre des vétérinaires

De gauche à droite, David Quint (SNVEL), Stéphanie Philizot (SNGTV), Jacques Guérin (Ordre des vétérinaires) et Julien Le Tual (UEVP) lors de la conférence du 16 décembre sur la dermatose nodulaire contagieuse.

© M.J.

Michel JEANNEY

Exercice

Soucieux de faire entendre la voix de la science dans le contexte actuel de lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse et de condamner fermement les menaces proférées à l'encontre de vétérinaires (et parfois de leur famille) impliqués dans cette lutte, les représentants du SNVEL*, de l'Ordre des vétérinaires, de la SNGTV** et de l'UEVP*** ont tenu une conférence de presse, le 16 décembre, à Paris. Ils jugent la stratégie actuelle de lutte contre la maladie scientifiquement adaptée et invitent les confrères victimes de ces menaces à porter plainte.

Dans le contexte délétère, voire « nauséabond », qui entoure la lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), les instances professionnelles vétérinaires concernées ont organisé, au vu de l'urgence, le 16 décembre, à Paris, une conférence de presse afin de « remettre de la science dans le débat » et de répondre aux menaces en tous genres dont sont victimes les vétérinaires impliqués (ou non) dans la lutte contre la maladie.

David Quint (président du SNVEL*), Jacques Guérin (président du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires), Stéphanie Philizot (présidente de la SNGTV**) et Julien Le Tual (vice-président de l'UEVP***) ont ainsi répondu aux multiples questions des journalistes de la télévision, de la presse écrite et de la radio qui avaient fait le déplacement en grand nombre (il était aussi possible de suivre la conférence de presse en distanciel).

Les vétérinaires, partenaires des éleveurs

Les intervenants ont d'abord rappelé que les vétérinaires étaient les partenaires des éleveurs depuis toujours et que le triptyque éleveurs-vétérinaires-Etat, qui fonde le modèle sanitaire français, a permis, dans le cadre d'une organisation collective, des réussites sanitaires majeures au profit de la santé publique et animale : lutte contre la tuberculose, la brucellose, l'ESB, l'IAHP...

Les menaces verbales, écrites (mails, réseaux sociaux, tags sur les cliniques vétérinaires du type « Vétérinaires collabos ») ou physiques (une consoeur molestée en juillet dernier), incluant des menaces de mort, y compris à l'encontre des familles de vétérinaires, même dans des régions (comme le Cantal) qui ne sont pourtant, pour le moment, pas concernées par la DNC, ont été à ce titre jugées « inacceptables » par les quatre intervenants. Ils encouragent d'ailleurs les confrères concernés à porter plainte et à les déclarer dans l'Observatoire des incivilités de l'Ordre des vétérinaires.

De façon pédagogique, notre consoeur Stéphanie Philizot a rappelé pourquoi scientifiquement, « dans l'état actuel des outils à notre disposition », le dépeuplement total des unités épidémiologiques infectées était nécessaire afin d'éviter que le virus ne se dissémine (par les vecteurs à proximité ou de façon plus lointaine à la faveur des déplacements d'animaux) et que les élevages infectés contaminent d'autres élevages plus ou moins voisins.

La problématique des animaux asymptomatiques

C'est toute la problématique des animaux asymptomatiques, développant une forme subclinique de la maladie, mais qui restent contagieux, tout en étant indétectables avec les tests actuels disponibles.

Elle a souligné le fait que le virus chez un animal infecté était présent de façon inconstante dans le sang, ce qui rend non fiable l'utilisation d'éventuels tests PCR sur des prélèvements sanguins, tests réclamés par certains éleveurs comme alternative au dépeuplement total.

Elle rappelle que la DNC est une maladie grave (classée même telle par l'Union européenne), d'abord pour l'animal (le taux de morbidité se situe entre 5 et 90 %) qui souffre de ses lésions, qui peut mourir (10 % de mortalité) ou conserver des séquelles de la maladie toute sa vie s'il survit, ainsi que pour l'économie des filières : baisse de la productivité, impossibilité d'exporter les animaux...

La réussite de la lutte actuelle repose sur quatre facteurs : dépeuplement total des unités épidémiologiques contaminées, vaccination, détection précoce de la maladie et absence de déplacement.

Protéger le plus grand nombre

Avec ou sans vaccination, si les trois autres conditions ne sont pas remplies, l'éradication de la maladie sera hors d'atteinte avec son lot de conséquences graves pour les animaux et l'économie des filières.

La présidente de la SNGTV valide donc scientifiquement et défend « fermement » la stratégie adoptée actuellement par les autorités, tout en rappelant que sa structure est indépendante et que, si elle n'avait pas été d'accord avec les mesures qui ont été prises, elle l'aurait fait savoir.

Elle rappelle que la réglementation européenne en la matière est le fruit de longues années d'expérience et de nombreuses études scientifiques qui ont nourri la réflexion sur la lutte la plus adaptée.

David Quint a souligné qu'en sacrifiant les quelques dizaines de troupeaux contaminés, on protège tous les autres. A ce jour, 3 300 animaux ont été euthanasiés pour protéger les 16 millions de bovins que compte l'ensemble du cheptel français.

Il rappelle toutefois que les vétérinaires ne sont pas décideurs dans les choix qui sont faits dans la lutte contre la maladie. Et explique que, si les filières d'élevage avec l'Etat faisaient un autre choix, tout en assumant les conséquences, la profession vétérinaire ne s'y opposerait pas.

Face au détournement qui a été fait de travaux sur la lutte contre des maladies comme la DNC effectués par l'UEVP et la FVE****, Julien Le Tual a rappelé qu'il ne s'agissait, en l'état actuel, que de réflexions visant à valoriser d'éventuelles innovations pour rendre la lutte contre ces maladies et leur prévention plus efficaces : détection plus précoce, développement de la biosécurité, vaccins innovants permettant de distinguer les animaux vaccinés des animaux infectés... Il a abondé dans le sens des autres intervenants : en l'état actuel des outils disponibles, le dépeuplement total est inévitable face à une maladie comme la DNC.

Jacques Guérin a rappelé qu'en présence de menaces concrètes, la déontologie permettait aux vétérinaires d'évoquer un droit de retrait dans le cadre de leur exercice (comme lors d'un dépeuplement). En revanche, un vétérinaire titulaire du mandat sanitaire ne peut pas invoquer ce droit de retrait pour des raisons de convictions personnelles, sauf à renoncer à son mandat sanitaire.

Enfin, il a démenti le fait que l'Ordre des vétérinaires d'Occitanie avait procédé à la radiation de vétérinaires en lien avec la lutte actuelle contre la DNC.

* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

** SNGTV : Société nationale des groupements techniques vétérinaires.

*** UEVP : Union européenne des vétérinaires praticiens.

**** FVE : Fédération vétérinaire européenne.


Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1778

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