Covid-19 : une expérimentation de télémédecine envisagée

Jusqu'à présent, seule l'activité de télé-expertise, entre deux vétérinaires, est autorisée.

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Maud LAFON

Exercice

Réponse adoptée par la médecine humaine pour préserver patients et médecins en pleine épidémie de Covid-19, la télémédecine pourrait faire l'objet d'une expérimentation en médecine vétérinaire alors que le cadre réglementaire actuel ne l'autorise toujours pas dans le sens vétérinaire-propriétaire. Cette expérimentation envisagée est le fruit d'une décision consensuelle entre l'Ordre et les organisations professionnelles vétérinaires.

En pleine épidémie de Covid-19 et alors que de nombreuses cliniques vétérinaires ont choisi de restreindre leur activité aux urgences, suivant en cela une directive ordinale initiale, le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires (Cnov) et les organisations professionnelles vétérinaires (OPV) ont annoncé, le 27 mars, avoir fait une demande aux autorités pour une expérimentation dans ce domaine.

Jusqu'à présent, seule l'activité de télé-expertise, entre deux vétérinaires dont l'un est plus sachant que l'autre dans un domaine particulier, est autorisée et encadrée réglementairement. La téléconsultation en B to C, d'un vétérinaire vers un propriétaire, reste interdite.

Conditions de mise en place

L'Ordre et les OPV précisent que, pendant cette phase d'expérimentation, si elle est validée par le ministère de tutelle, les conditions de mise en place de la télémédecine dans les établissements de soins seraient les suivantes :

- le vétérinaire est le seul juge de la pertinence de la mise en oeuvre d'un acte de télémédecine ; seuls les actes de télémédecine ne compromettant pas la qualité des soins seront entrepris ;

- tout dispositif de visioconférence assurant une qualité d'image et de son compatible avec un examen à distance est utilisable ; la confidentialité de l'examen doit être assurée ;

- les solutions de paiement en ligne sont sécurisées ;

- les conditions générales de fonctionnement des établissements de soins proposant une offre de télémédecine doivent décrire les conditions de mise en oeuvre de la solution retenue ;

- les établissements de soins assurent l'archivage et la traçabilité des actes de télémédecine qu'ils réalisent.

Cahier des charges

L'Ordre ajoute qu'il « tirera les enseignements de cette phase expérimentale et rédigera un cahier des charges des dispositifs de visioconférence permettant la mise en oeuvre de la télémédecine vétérinaire ».« Certaines consultations, considérées comme indispensables, pourraient être exécutées à l'aide de la télémédecine, en particulier de la téléconsultation », estime-t-il en rappelant cependant que « la profession ne dispose pas, à la différence de la médecine humaine, de dispositions réglementaires relatives à la télémédecine ».

En médecine humaine, l'épidémie de Covid-19 a favorisé le développement de la télémédecine à grande échelle et les médecins sont actuellement nombreux à y recourir suite notamment à la publication d'un décret au Journal officiel du 10 mars facilitant la prise en charge des actes de télémédecine pour les personnes exposées au virus en supprimant l'obligation de la visite physique préalable.

L'Ordre et les OPV annoncent avoir travaillé depuis deux ans sur le dossier de la télémédecine et sur sa mise en place « pour que ce nouvel outil soit autorisé aux vétérinaires dans des conditions qui garantissent la qualité et la continuité des soins ».

Outils disponibles

En médecine vétérinaire, plusieurs outils de télémédecine sont déjà proposés, notamment par les opérateurs suivants : Captain Vet (https://lnkd.in/eHPQHaK), LinkyVet (https://lnkd.in/ezzzFMf), Vetstoria (https://lnkd.in/etBt92U), Daloavet (https://www.daloavet.com/), CallMyVet (https://www.callmyvet.io/), Blablacall (https://blablacall.fr/), Liv'Vet (https://livvet.vet/, annoncé pour le mois de juin), etc.

Dr Milou, plate-forme de mise en relation entre des propriétaires d'animaux de compagnie et des vétérinaires partenaires pour des consultations à domicile, propose, pour sa part, depuis le 30 mars, un service de conseils vétérinaires à distance, par téléphone ou visio, indiqué comme étant « la solution privilégiée en cas de doute ». Un vétérinaire répond aux propriétaires pour les orienter et évaluer avec eux le degré d'urgence et la nécessité ou non de consulter.

En effet, comme de nombreuses structures vétérinaires, la plate-forme Dr Milou a suspendu les consultations non médicales et consultations vaccinales jusqu'à nouvel ordre en raison de l'épidémie de Covid-19.

Plusieurs de ces opérateurs proposent actuellement gratuitement la consultation vidéo pour un ou plusieurs mois en signe de solidarité avec la profession.

L'auteur remercie Grégory Santaner pour son aide dans la rédaction de cet article.

>> LIRE AUSSI : Covid-19 : l'intérêt de la téléconsultation pour le suivi de la douleur

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1523

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