Covid-19 : premier chat en France confirmé porteur du SARS-CoV-2

Afin de protéger leur animal familier, il est conseillé aux personnes malades du Covid-19 de limiter les contacts étroits avec leur chat.

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Michel JEANNEY

Épidémiologie

L'unité mixte de recherche en Virologie de l'école nationale vétérinaire d'Alfort (ENVA), de l'Anses* et de l'Inrae**, en lien avec l'Institut Pasteur, a détecté le premier chat porteur du SARS-CoV-2, l'agent du Covid-19, en France, informe l'ENVA, le 2 mai.

Comme pour des cas précédemment identifiés dans le monde, le chat vivait avec une personne malade du Covid-19.

Consultation dans une clinique d'Ile-de-France

C'est une clinique de Savigny-sur-Orge dans l'Essonne (Ile-de-France) qui a examiné pour la première fois l'animal, le 13 avril, comme le rapporte le vétérinaire soignant (lire son témoignage ci-dessous) qui a contacté La Dépêche Vétérinaire dès le 29 avril.

Il s'agit d'une chatte vue en consultation d'urgence car son état se dégradait depuis 3 jours. C'est sa toux inhabituelle sur un syndrome d'anorexie et d'abattement qui a conduit le vétérinaire à une forte suspicion dans le contexte épidémiologique particulier actuel lié au Covid-19.

L'unité mixte a mené des tests, avec l'aide des vétérinaires d'Ile-de-France, sur une dizaine de chats dont les propriétaires avaient une suspicion d'infection au Covid-19. Pour chaque chat, des prélèvements rectaux et nasopharyngés (nez et pharynx) ont été effectués. Ils ont été soumis à un test qRT-PCR ciblant deux gènes du SARS-CoV-2.

Prélèvement rectal positif

L'un des chats, en l'occurrence la chatte présentée à la clinique de Savigny-sur-Orge, a été testé positif par qRT-PCR sur prélèvement rectal, ce qui a été confirmé, fin avril, par le centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé animale à l'Institut Pasteur. Les écouvillons nasopharyngés de cet animal ont été testés négatifs.

Ce chat présentait des signes cliniques respiratoires et digestifs.

« Cette étude rapporte pour la première fois l'infection naturelle d'un chat en France probablement par ses propriétaires », commente l'ENVA.

À ce stade des connaissances scientifiques, il semble que les chats ne sont pas aisément infectés par le virus SARS-CoV-2 même en contact avec des propriétaires infectés, comme l'a montrée une étude précédente sur les animaux des étudiants vétérinaires de l'ENVA (lire DV n° 1525).

« Toutefois, afin de protéger leur animal familier, il est conseillé aux personnes malades du Covid-19 de limiter les contacts étroits avec leur chat, de porter un masque en sa présence et de se laver les mains avant de le caresser », souligne l'établissement.

Il rappelle que des études antérieures ont suggéré que les chats pourraient être une espèce sensible au SARS-CoV-2, avec seulement quatre chats naturellement infectés signalés à ce jour dans le monde (un en Belgique, un à Hong-Kong et deux aux États-Unis) auxquels s'ajoute donc ce nouveau cas en France.

* Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.

** Inrae : Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.

Gros Plan : Le vétérinaire soignant témoigne

Patrick CHEVAILLIER

Praticien à Savigny-sur-Orge (91)

Dans ce contexte de pandémie de Covid-19 et alors que des données provenant de l'étranger indiquait qu'une transmission du SARS-CoV-2 d'un propriétaire contaminé à son animal de compagnie était possible, un premier cas français de chat testé positif au SARS-CoV-2 a été confirmé fin avril. Le vétérinaire soignant raconte.

Nous avons détecté un chat porteur du SARS-CoV-2.

Papille, chat femelle, a été vue en consultation d'urgence le 13 avril. Son état se dégradait depuis trois jours. C'est sa toux inhabituelle sur un syndrome d'anorexie et d'abattement qui a quasi posé le diagnostic, en tout cas, conduit à une forte suspicion, dans ce contexte épidémiologique particulier.

C'est avec l'aide de l'école nationale vétérinaire d'Alfort (ENVA) que j'ai pu confier les prélèvements nasopharyngés et rectaux et qu'un test Rt-qPCR a pu être réalisé dans l'unité mixte de recherche en Virologie ENVA/Anses/Inrae, dans le cadre d'une étude menée actuellement.

Les résultats ont confirmé la présence du génome du SARS-CoV-2 dans l'écouvillon rectal.

Amélioration clinique

Au bout de 6 jours d'hospitalisation et de traitements symptomatiques, Papille a présenté une amélioration clinique et est rentrée chez elle.

A la date du 30 avril, à J14, un nouveau prélèvement a été réalisé pour un suivi de la présence du génome viral et une recherche d'anticorps.

La propriétaire m'a fait cette remarque marquante : « Si j'avais su que je pouvais contaminer mon chat, je ne lui aurais plus fait de câlin et ne l'aurais pas laissé dormir sur mon lit ».

Nous devons donc alerter les propriétaires malades du Covid-19 qu'ils doivent mettre en place une sorte de distanciation sociale avec leur chat, sensible à ce virus.

Les respecter, c'est les protéger des contaminations humaines.


Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1528

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