Contrôles à l'importation et certification à l'exportation : l'Etat s'autorise à recruter des vétérinaires contractuels n'ayant pas la nationalité française

Les autorités justifient cette mesure par l'accroissement des missions de contrôle sanitaire résultant notamment du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne ainsi que de la difficulté à pourvoir les emplois dans ces domaines d'activité.

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Exercice

Un décret, publié le 21 octobre, autorise les autorités à recruter par contrat des vétérinaires n'ayant pas la nationalité française « pour procéder aux contrôles vétérinaire et phytosanitaire à l'importation et à la certification sanitaire à l'exportation d'animaux et de produits des filières animales destinés aux pays tiers ».

Conséquence du Brexit et des difficultés à recruter

Cette dérogation à la condition de nationalité française, pour le recrutement de vétérinaires contractuels exerçant des missions, soit de contrôle vétérinaire et phytosanitaire à l'importation dans les postes de contrôle frontaliers du service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire aux frontières, soit de certification sanitaire à l'exportation d'animaux et de produits des filières animales destinés aux pays tiers dans les directions départementales interministérielles, peut s'appliquer pendant une période limitée de deux ans, précise le décret.

Les autorités justifient cette mesure - une première pour à la fois des contrôles à l'importation et à l'exportation - par « l'accroissement des missions de contrôle sanitaire résultant notamment du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne ainsi que de la difficulté à pourvoir les emplois dans ces domaines d'activité ». M.J.

Olivier Lapôtre : « Il est urgent de revoir la grille des salaires des contractuels »

La Dépêche Vétérinaire : L'Etat recrute par contrat des vétérinaires n'ayant pas la nationalité française pour assurer les missions de contrôle sanitaire à l'importation et à l'exportation. Cette mesure vous semble-t-elle appropriée ?

Olivier Lapôtre, président du SNISPV* : Il s'agit, en fait, pour les contrôles à l'importation, du renouvellement d'une autorisation temporaire, arrivée à échéance ce mois (octobre, NDLR) et qui avait été prise, après avis du Conseil d'Etat, pour faire face au besoin de recruter une centaine de vétérinaires pour, après une formation spécifique, effectuer les contrôles Brexit.

Un tel besoin sur quelques mois ne pouvait pas être couvert par des vétérinaires français. 

Cette autorisation est maintenant étendue à l'exportation.

D.V. : Cette mesure s'inscrit dans le contexte particulier de l'accroissement des contrôles liés au Brexit mais, au-delà de ce cas particulier, quelle signification peut-on lui attribuer ?

O.L. : Il est actuellement quasiment impossible de recruter des vétérinaires contractuels pour assurer l'inspection en abattoir.

Il y a certes un déficit de vétérinaires français sur le marché de l'emploi. Toutefois, de tels remplacements de collègues ayant réussi le concours d'inspecteur de santé publique vétérinaire, partant en retraite... s'effectuent régulièrement depuis des décennies et, si le niveau des rémunérations proposées par le ministère était suffisant, des candidats se manifesteraient.

Il est urgent de revoir la grille des salaires des contractuels qui a très peu évolué depuis 2009 ou de leur attribuer des primes conséquentes.

* SNISPV : Syndicat national des inspecteurs de santé publique vétérinaire.

Laurent Perrin : « La question de l'attractivité des métiers ouverts par notre diplôme est posée »

La Dépêche Vétérinaire : L'État recrute par contrat des vétérinaires n'ayant pas la nationalité française pour assurer les missions de contrôle sanitaire à l'importation et à l'exportation. Cette mesure vous semble-t-elle appropriée ?

Laurent Perrin, président du SNVEL* : La question n'est pas la pertinence de la mesure mais sa nécessité sous la contrainte de l'augmentation des missions et des difficultés de recrutement de tous les profils de vétérinaires.

Comme les entreprises vétérinaires, l'Etat se trouve désormais dans la même difficulté. La question de l'attractivité des métiers ouverts par notre diplôme se pose de manière de plus en plus aiguë.

D.V. : Cette mesure s'inscrit dans le contexte particulier de l'accroissement des contrôles liés au Brexit mais, au-delà de ce cas particulier, quelle signification peut-on lui attribuer ?

L.P. : Si on élargit la réflexion à la gestion de la qualité et de la surveillance sanitaire du territoire, les mêmes problèmes de manque d'attractivité et de tensions sur la disponibilité des consoeurs et confrères font peser un risque sur l'avenir du mandat sanitaire.

Il est temps que l'État prenne conscience de l'indispensable réforme du contrat avec les vétérinaires sanitaires.

* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1592

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