Chevaux : donner les bons conseils sur les anti-inflammatoires
Les chevaux sont très souvent employés pour les loisirs ou pour le sport et la moindre douleur peut les rendre « non opérationnels ».
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Aurore HAMELIN
Analgésie
Répondre aux questions des propriétaires sur les anti-inflammatoires utilisables chez les chevaux implique d'abord de bien connaître ces produits. Voici des principes généraux les concernant.
Les anti-inflammatoires (AI) sont des médicaments très prescrits en médecine vétérinaire et particulièrement en équine. Les chevaux sont très souvent employés pour les loisirs ou pour le sport, ils doivent donc porter leur cavalier ou tracter un attelage ou un sulky. La moindre douleur les rend non opérationnels, ce qui conduit leurs propriétaires à consulter rapidement pour soulager, notamment grâce aux AI, et traiter l'origine du mal. L'ASV doit connaître ces produits.
Deux types d'AI
On distingue deux familles d'anti-inflammatoires :
- les AIS ou anti-inflammatoires stéroïdiens, encore appelés corticoïdes car dérivés de la cortisone, une molécule produite par le corps ; en effet, les hormones stéroïdes sont secrétées par la cortico-surrénale et nommés corticostéroïdes ;
- les AINS ou anti-inflammatoires non stéroïdiens qui ne dérivent pas d'une molécule naturellement présente dans le corps.
Ces deux familles ont des modes d'actions différents.
Principes actifs
Les AIS se lient au récepteur des glucocorticoïdes. Schématiquement, l'association d'un glucocorticoïde et du récepteur peut stimuler ou inhiber l'expression de certains gènes. Ces AIS de synthèse possèdent une activité anti-inflammatoire très supérieure aux molécules naturelles que sont la cortisone et le cortisol (tableau). Ces substances ont un effet AI mais aussi anti-allergique.
Les AINS possèdent tous un point commun : ils inhibent, à divers degrés, la cyclo-oxygénase et, par conséquent, la synthèse des prostaglandines.
Ils sont tous pourvus d'une activité anti-inflammatoire (contre l'inflammation), analgésique (contre la douleur), antipyrétique (contre la fièvre), anti-endotoxémique (contre les endotoxines produites par les bactéries) et anti-thrombotique (contre la coagulation pour schématiser).
AINS de type Cox 1 ou Cox 2
Trois formes de cyclo-oxygénase (Cox) existent : la Cox 1, la Cox 2 et la Cox 3. Seules les deux premières sont les cibles des AINS. Cox 1 est physiologique dans la plupart des tissus et participe par exemple à la régulation des fonctions rénales, gastriques et à la coagulation sanguine. Cox 2, identifiée plus tard dans les années 90, est le plus souvent physiologiquement non détectable dans les tissus. Par contre, lors d'inflammation, la quantité peut être multipliée par 80. Cox 2 induit notamment la formation de prostaglandines pro-inflammatoires.
On peut résumer les effets des AINS :
- effets thérapeutiques reposant sur l'inhibition de la Cox 2 ;
- effets indésirables à imputer à l'inhibition de la Cox 1.
Leur action anti-Cox 1 ou 2 n'est jamais de 100 %.
Molécules utilisées
En médecine équine, les principaux AINS sont la phénylbutazone, la flunixine méglumine, le kétoprofène, l'acide acétylsalicylique, le védaprofène, le méloxicam, le firocoxib.
Les principaux AIS sont : prednisone, prednisolone, méthylprednisolone, triamcinolone, bétaméthasone, dexaméthasone.
A noter, l'acétanilide, la phénacétine et leur métabolite actif, le paracétamol, ne se caractérisent que par une activité analgésique et ne sont pas considérés comme des anti-inflammatoires. Le métamizole ou dypirone a une action antipyrétique et antispasmodique. Son action AI est controversée mais ce produit est utilisé très souvent en première intention pour des coliques modérées.
Galénique
Ces produits se présentent sous des formes variées adaptées à leurs indications, à l'urgence du traitement et au caractère du cheval :
- usage externe : collyre, crème, spray, etc ;
- voie orale : granulés, pâte ;
- voie systémique : IV, IM ou intra-articulaire.
Indications
Voie locale : dermatologie, ophtalmologie.
Voie générale : affections ostéo-articulaires aiguës ou chroniques, affections pulmonaires, coliques, troubles uro-génitaux, interventions chirurgicales, etc.
Usage externe
L'acide salicylique est par exemple utilisé dans des préparations à usage externe car il est kératolytique. Les corticoïdes aussi mais pour leur action antiprurigineuse. L'ASV doit recommander aux propriétaires qui assurent ces soins le port de gants pour éviter le passage transcutané.
Effets indésirables
Tout médicament possède des effets indésirables. Les principaux effets secondaires des AINS sont digestifs, rénaux, hématologiques. Ils peuvent donc induire des ulcères de la muqueuse du tube digestif, des diarrhées, des néphrites, des syndromes hémorragiques ou des thromboses par effet rebond, etc. Certains produits, quand ils sont injectés par voie veineuse trop rapidement, peuvent engendrer des chocs anaphylactiques (dypirone).
Les AIS peuvent, eux, entraîner parfois des fourbures, faciliter les infections, altérer le système hormonal surrénalien, causer des avortements ou des retards de croissance quand ils sont utilisés chez le poulain au-delà de 8 semaines, etc.
Consignes à connaitre
L'ASV doit rappeler que ces médicaments, comme tous les autres, ne sont pas sans risques, il ne faut pas les donner aux chevaux sans avis médical. La prescription du vétérinaire doit être respectée, dose et durée. Tout signe clinique évocateur d'effets indésirables doit être signalé et faire l'objet d'une déclaration de pharmacovigilance.
Pourquoi un temps d'attente
Pour les chevaux de sport qui sont exclus de la filière bouchère, il doit y avoir une durée minimale entre la dernière administration d'un médicament et le moment où le cheval peut participer à une épreuve sportive officielle sans risque de contrôle anti-dopage positif. L'ASV peut rappeler qu'après administration d'AINS, il faut attendre jusqu'à 10 jours selon les molécules, ce délai peut être plus long, en semaines pour les AIS, toujours selon le principe actif utilisé.
L'ASV peut conseiller au propriétaire d'un cheval sous traitement de bien faire attention aux éventuelles contaminations d'autres chevaux de l'écurie (via les mangeoires, les seaux, la paille contaminée par des urines contenant des résidus de médicaments, etc.). ■





