Anesthésie vétérinaire en France : le réveil nécessaire d'une discipline vitale

En France, l'intégration de l'anesthésie en tant que service autonome au sein du secteur privé reste un défi encore à relever.

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Luca ZILBERSTEIN

Diplômé du Collège européen d'anesthésie et d'analgésie vétérinaires

Chef du service d'anesthésie et soins intensifs

Centre hospitalier vétérinaire Advetia

(78140 Vélizy-Villacoublay)

Tribune libre

Lorsque l'on observe l'évolution de la médecine vétérinaire à l'échelle européenne, les dynamiques structurelles varient d'un pays à l'autre. Si l'on écarte le déjà blasonné Royaume-Uni de nos réflexions, dans des pays très voisins comme l'Italie ou l'Espagne, depuis des décennies, l'anesthésie s'est imposée comme une spécialité majeure, portée par les universités et des sociétés savantes qui regroupent des centaines d'adhérents. En France, le parcours de la discipline suit une trajectoire différente. Malgré la (même) complexité croissante de nos patients - souvent gériatriques ou polypathologiques -, l'intégration de l'anesthésie en tant que service autonome au sein du secteur privé reste un défi encore à relever.

Parfois, la vision de l'anesthésie se retrouve encore reléguée au rang d'une simple « recette », un vestige de l'époque des dissociatifs et d'une moindre visibilité. Pourtant, la réalité clinique a radicalement changé : nous disposons aujourd'hui d'une pharmacologie ciblée, d'une technologie calquée sur la médecine humaine et de compétences avancées en analgésie, réanimation et ventilation mécanique.

Le blocage n'est plus scientifique, il est plutôt culturel et structurel. Il s'enracine dans des business models d'un autre temps, où la chirurgie englobait le « tout » de l'acte opératoire. Mais alors que l'imagerie, la cardiologie ou l'ophtalmologie ont fait leur révolution en devenant des services autonomes et valorisés, la diffusion de l'anesthésie moderne souffre de dynapénie. En dehors des centres hospitaliers universitaires, les départements d'anesthésie exclusifs se comptent sur les doigts « en griffe » d'une seule main.

Le vivier de talents existe pourtant. Les étudiants passent tous par des rotations hospitalières intensives et des postes d'assistants en anesthésie sont régulièrement ouverts mais ils restent difficiles à pourvoir. Cette crise des vocations découle directement d'un manque de visibilité et de valorisation sociale et économique dans le secteur privé, alors qu'à l'étranger, des centaines d'anesthésistes, itinérants ou résidents, occupent des places consolidées. Comment donner envie aux nouvelles générations de s'investir dans cette discipline si le marché ne leur offre ni structure dédiée, ni reconnaissance à la hauteur des responsabilités assumées ?

Regarder au-delà des frontières démontre qu'une anesthésie valorisée est un levier de sécurité médicale et de rentabilité pour une structure. Les propriétaires en sont conscients et ils le réclament même. La France dispose de toutes les compétences et du bassin d'utilisateurs pour en devenir le leader ; il ne manque plus que la volonté collective de briser les anciens schémas pour laisser enfin le vol décoller.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1802

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