Allergies liées au chat : enquête chez les vétérinaires et efficacité d'un aliment Purina

Contrairement aux idées reçues, il n'existe pas de race de chat hypoallergénique.

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Corinne DESCOURS-RENVIER

Nutrition

Nestlé-Purina PetCare France a organisé, en juin, un webinaire sur les allergies liées au chat chez l'Homme. La société a présenté les résultats d'une enquête mesurant l'impact de ces affections chez les vétérinaires ainsi que les effets du nouvel aliment pour chat Purina Pro Plan Liveclear ND, mis au point par le fabricant en vue d'améliorer leur prise en charge. Il s'agit d'une approche simple et efficace, qui a sa place dans la gestion multimodale de ces allergies.

Nestlé-Purina France a fait le point sur les allergies liées au chat et leur prise en charge lors d'une conférence en ligne en juin dernier. Notre confrère Emmanuel Bensignor (spécialiste en dermatologie, diplômé ECVD et professeur associé de dermatologie à Oniris) a présenté les résultats d'une enquête évaluant pour la première fois l'impact de ces affections chez les vétérinaires français et leurs équipes.

Des allergies très fréquentes

Chez l'Homme, les allergies liées à l'espèce féline sont fréquentes, le chat étant l'animal identifié comme principal responsable des cas d'allergies humaines. « En Europe, 26 % des patients allergiques seraient concernés », précise Emmanuel Bensignor.

Les symptômes les plus souvent décrits sont une rhino-conjonctivite, de l'asthme et, plus rarement, une dermatite atopique. Dans les cas les plus graves, une crise anaphylactique, parfois mortelle, est à craindre.

Les principaux allergènes responsables des allergies liées au chat chez l'Homme sont Fel d1 et, de façon moindre, Fel d4.

Fel d1 est retrouvé chez 96 à 98 % des patients allergiques au chat. Cette sécrétoglobuline est présente dans les sécrétions salivaires et les glandes sébacées de l'animal. Sa diffusion sur l'ensemble du pelage se fait par léchage, les poils et les squames assurant ensuite son transport dans l'environnement.

Une prise en charge délicate

La gestion des allergies liées au chat repose sur une stratégie multimodale. « L'approche thérapeutique consiste le plus souvent à diminuer la quantité d'allergènes au contact des patients, tout en traitant leurs éventuels symptômes », explique Emmanuel Bensignor.

Contrairement aux idées reçues, il n'existe pas de race de chat hypoallergénique. « Même un chat sans poil produit des allergènes », rappelle notre confrère. « La stérilisation du chat diminue certes la sécrétion des allergènes par les glandes sébacées, mais de façon très limitée ».

Si l'éviction du chat est rarement acceptée par les propriétaires, il est au moins conseillé d'empêcher l'animal d'accéder à la chambre de la personne allergique, voire aux autres pièces de la maison. « Mais c'est difficilement réalisable en pratique », observe Emmanuel Bensignor. « On peut au moins enlever les tapis et les moquettes, susceptibles de retenir les poils de l'animal et donc les allergènes. Il existe aussi des aspirateurs à filtre HEPA, plus efficaces que les modèles standards ».

Il est également possible de limiter la diffusion des allergènes dans l'environnement en lavant l'animal mais pour que cette mesure soit efficace, il faudrait le baigner entièrement tous les jours...

La désensibilisation aux allergènes du chat commence à être proposée chez l'Homme . On manque toutefois de recul par rapport à cette approche dont l'intérêt est pour l'instant laissé à l'appréciation du médecin traitant. 

Enfin, une technique récemment mise au point, la neutralisation de l'allergène Fel d1 via l'alimentation du chat, semble prometteuse (cf. infra).

Rhinites et conjonctivites

« Au vu de la fréquence des allergies liées au chat dans l'ensemble de la population et de la complexité de leur prise en charge, nous avons jugé intéressant d'étudier la fréquence et les particularités de ces affections dans les cabinets et cliniques vétérinaires, en contact quasi quotidien avec l'espèce féline », explique Emmanuel Bensignor. « Un sondage a donc été réalisé auprès des vétérinaires français et de leurs équipes, dans le cadre d'une thèse en cours à Oniris ».

Suite à l'envoi d'un questionnaire à l'ensemble des cabinets et cliniques vétérinaires via Internet, 1 489 réponses ont déjà été fournies par 973 vétérinaires et 516 auxiliaires vétérinaires ; 76,1 % des répondants exercent en canine et 21,1 % en mixte.

Des signes cliniques sont rapportés au contact de chats par 20 % des participants. Rhinites et conjonctivites sont les symptômes les plus fréquemment décrits (respectivement 89,9 % et 77 % des cas), suivis par ordre décroissant par l'asthme (50,3 %), l'urticaire (37,7 %) et enfin la dermatite atopique (17,6 %). Les chocs anaphylactiques ne sont heureusement observés que 0,6 % des cas.

Dans la moitié des cas, les signes cliniques sont exacerbés au travail, la manipulation des animaux (en particulier leur tonte) constituant le principal facteur de risque.

Depuis le début de l'épidémie de Covid-19 et l'obligation de porter un masque dans les locaux professionnels, 69,8 % des répondants constatent une amélioration de leurs symptômes. Dans 11 % des cas, ceux-ci ont même disparu !

Lorsque des tests sanguins ont été réalisés, Fel d1 était majoritairement impliqué (73,7 % des cas).

Empêcher la reconnaissance de Fel d1 par le système immunitaire

« Les allergies liées au chat sont fréquentes et décrites comme pénalisantes par les vétérinaires et leurs équipes », conclut notre confrère. « Elles sont responsables de pertes de productivité, d'arrêts de travail récurrents, voire, dans les cas les plus graves, de changement d'orientation professionnelle ».

Face à la complexité du traitement des allergies liées au chat, notre consoeur Laurence Colliard (diplômée ECVCN,  Nutrition Research Scientist au Centre de R & D de Nestlé-Purina PetCare France) présente une nouvelle approche : la neutralisation de Fel d1 via l'alimentation du chat.

Nestlé-Purina s'est intéressé à cet allergène présent chez tous les chats, quels que soient leur race, leur sexe, leur âge, leur type de poils ou encore leur habitat, car environ 95 % des personnes allergiques à ces animaux y sont sensibles.

« Comme on ignore la fonction biologique de Fel d1, il serait imprudent d'arrêter sa production chez le chat », explique Laurence Colliard. « Notre approche consiste donc à ramener la charge d'allergènes de l'environnement en dessous du seuil de déclenchement des symptômes du propriétaire de l'animal ».

La solution proposée par Nestlé-Purina consiste à administrer au chat les anticorps anti Fel d1 qui vont se lier aux allergènes de l'animal et empêcher leur reconnaissance par le système immunitaire du propriétaire. Les anticorps utilisés ici sont des antigènes Y (IgY), équivalents aviaires des IgG des mammifères. Ils sont ajoutés directement dans l'alimentation du chat.

Le chat reçoit une alimentation enrobée d'un ovoproduit contenant des anticorps IgY anti Fel d1. L'anticorps se lie au Fel d1 produit dans la salive du chat lors de son repas. Pendant le toilettage, c'est ce Fel d1 neutralisé qui se retrouve sur le pelage du chat. Une fois libéré dans l'environnement, il ne sera plus reconnu comme un allergène par le système immunitaire du patient.

Limiter la diffusion des allergènes actifs

L'innocuité de cette approche a été vérifiée chez le chat (jusqu'à 10 fois la dose normale). « Au bout de six mois, aucune différence n'a été notée par rapport à l'administration d'un placebo, et ce quelle que soit la dose », constate Laurence Colliard.

In vitro, une baisse de 60 % de la dégranulation des mastocytes, responsable des réactions allergiques, est observée en présence d'IgY anti Fel d1 (à la différence d'IgY non spécifiques).

L'efficacité de cette approche a également été vérifiée in vivo puisque la consommation de l'aliment test (à la dose de 8 ppm1 IgY anti Fel d1) s'est effectivement traduite par une réduction du Fel d1 actif dans la salive des chats étudiés.

Par ailleurs, 105 chats ont reçu le nouvel aliment Purina pendant dix semaines. Leurs poils étaient recueillis par brossage une fois par semaine durant cette période.

Diminution des symptômes constatée chez les patients

« Dès la troisième semaine, la charge en Fel d1 diminue de façon significative et régulière par rapport au taux de référence », explique Laurence Colliard (voir graphique) 2 . « Ce sont les chats qui sécrétaient le plus d'allergènes qui ont montré la baisse la plus significative. »

L'efficacité clinique de cette approche a ensuite été vérifiée chez l'Homme. Dans une récente étude universitaire3, 11 participants allergiques (non asthmatiques) ont été placés pendant trois heures dans une chambre d'exposition chargée en poils de chats nourris avec un aliment enrobé aux antigènes anti Fel d1. Suite à cette exposition, la charge en allergènes a significativement baissé par rapport à celle du groupe témoin, les symptômes des patients diminuant en parallèle.

Une seconde étude citée par Laurence Colliard est en cours au domicile de vétérinaires et d'auxiliaires vétérinaires allergiques possédant de 1 à 3 chats. Les animaux reçoivent un aliment enrobé aux anticorps anti Fel d1 durant 10 à 11 semaines.

Parmi les 614 volontaires souhaitant participer à cette étude, 337 présentaient tous les critères d'inclusion et ont terminé l'étude : après 3 à 6 semaines d'alimentation, 82 % d'entre eux constatent une réduction notable de leurs symptômes4 et se réjouissent de pouvoir passer plus de temps en compagnie de leur animal.

« Ce nouvel aliment, Purina Pro Plan Liveclear ND est désormais à disposition des vétérinaires : c'est un outil destiné à faciliter la prise en charge des patients allergiques au chat, y compris les praticiens et leurs équipes », conclut notre consoeur Clémentine Jean-Philippe (docteur en nutrition (INA-PG), responsable de la communication scientifique et des relations vétérinaires externes chez Nestlé-Purina PetCare France). « Il s'agit d'une approche simple et efficace, qui a tout à fait sa place dans la gestion multimodale de ces allergies ».

1 Parties par million.

2 Immunity, Inflammation & Disease, Satyaraj et al, 2019 ; 7 ; 68-73.

3 Journal of allergy and infectious diseases, Wedner et al, 2021 ; 2(1) ; 1-8.

4 Diminution des éternuements, démangeaisons des yeux, même en tenant le chat, et diminution, voire arrêt, des traitements symptomatiques.

Réduction du taux de Fel d1 actif chez les chats recevant un anticorps issu d'un ovoproduit IgY anti Fel d1 (source Immunity, Inflammation & Disease, Satyaraj et al, 2019 ; 7 ; 68-73)

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1590

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