97 % des étudiants souhaitent devenir praticiens, selon une enquête sur le futur du monde vétérinaire

Les étudiants sont majoritairement attirés par les structures qui accueillent entre deux et cinq vétérinaires.

© Susan Vineyard - Adobe

Corinne DESCOURS-RENVIER

Enquête

En mars dernier, le laboratoire MSD Santé animale, en partenariat avec le SNVEL, a organisé une table ronde sur le thème du « Futur du monde vétérinaire ». A cette occasion, les résultats d'une enquête réalisée auprès des étudiants vétérinaires ont été présentés. Même s'ils sont 97 % en fin de cursus à souhaiter devenir praticien, ils ne sont que 43 % à vouloir s'associer.

A l'occasion du deuxième e-congrès vétérinaire organisé par le laboratoire MSD Santé animale, qui s'est tenu du 22 au 28 mars, une table ronde a eu lieu sur le thème du « Futur du monde vétérinaire »1.

Animée par notre confrère David Lussot, directeur engagement client et développement chez MSD Santé animale France, cet évènement a réuni Emmanuelle Soubeyran, directrice de Vetagro Sup à Lyon, Eric Lejeau, secrétaire général du SNVEL2, Fanny Garcia, praticienne mixte dans la région des Pays de Loire et auteure du livre « Au boulot ! Du diplôme à la retraite, les clés pour exercer sereinement », ainsi que Louis Jeanton, étudiant en 2e année à l'école vétérinaire d'Alfort (ENVA).

Quelles sont les attentes des futurs vétérinaires ?

Quatre ans après l'enquête VetFuturs3 réalisée par le SNVEL et le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires auprès de l'ensemble de la profession, le SNVEL et MSD Santé animale présentent cette fois les résultats d'une étude orientée vers les étudiants sur le point d'entrer dans la vie active.

Du 30 janvier au 2 mars 2021, les étudiants de 4e et 5e années des quatre écoles nationales vétérinaires françaises, ainsi que ceux de la faculté de Liège (Belgique) et de l'université de Cluj-Napoca (Roumanie), ont en effet eu l'occasion de partager leur vision de leur avenir professionnel. Des étudiants de 6e année et des internes ont également participé à cette enquête.

« Nous avons eu un excellent taux de retour, avec 580 réponses exploitables sur 1 200 questionnaires envoyés », remarque David Lussot qui se réjouit de l'intérêt manifesté par les étudiants pour cet échange.

Des appréhensions en matière de gestion et de management

« Dans notre étude, 97 % des étudiants de 4 e et 5 e années souhaitent devenir praticiens », explique David Lussot qui constate avec plaisir que les futurs diplômés ont confiance dans la formation en médecine et en chirurgie qu'ils ont reçue au cours de leur cursus. Ils sont en effet 70 % à considérer leur niveau en médecine comme « haut », même s'ils sont conscients de leur manque d'autonomie à la veille de se lancer dans la vie active (voir figure n° 1).

Les futurs diplômés sont en revanche beaucoup moins convaincus par leurs capacités en matière de gestion et de management, puisque moins de 10 % d'entre eux se déclarent satisfaits de leur niveau dans ce domaine (voir figure n° 2).

De même que les autres directeurs des écoles vétérinaires françaises, Emmanuelle Soubeyran est bien consciente des besoins des étudiants. « Il existe aujourd'hui un référentiel commun aux quatre écoles dans le domaine de la gestion et du management qui nous sert de point d'appui pour faire évoluer notre enseignement », explique la directrice de Vetagro Sup. « En collaboration avec les autres écoles, Oniris développe par ailleurs un business-game 4 spécifiquement vétérinaire, pour que les étudiants puissent mettre en pratique leurs connaissances. »

Moins de la moitié des futurs diplômés se voient chefs d'entreprise

« Seulement 43 % des étudiants interrogés souhaitent devenir associés, contre 43 % salariés et 14 % collaborateurs libéraux », constate David Lussot.

« C'est une bonne chose que les étudiants connaissent l'existence du statut de collaborateur libéral », remarque Fanny Garcia. « C'est un statut qui donne beaucoup d'autonomie. Il est particulièrement intéressant pour se préparer à une association par exemple. »

Les étudiants sont majoritairement attirés par les structures qui accueillent entre deux et cinq vétérinaires (70 %) mais environ un quart d'entre eux se projettent plutôt dans les réseaux de cabinets et cliniques vétérinaires.

« S'il y a de la place pour les deux types d'exercice en France, les étudiants ne doivent pas se détourner du statut d'associé par manque de confiance en leurs capacités en gestion et en management », insiste Eric Lejeau . « S'ils veulent devenir chefs d'entreprise, nous devons leur en donner les moyens ! »

L'exercice en canine attire toujours plus d'étudiants

L'attirance exercée par le secteur des animaux de compagnie auprès des futurs diplômés se confirme, avec une augmentation de 10 % du nombre d'étudiants intéressés par cette activité entre 2017 et 2021. A l'inverse, la baisse se poursuit en mixte et en rurale, avec une chute de 7,5 % entre les deux enquêtes...

Alors qu'en 2017, 12 % des étudiants envisageaient de se spécialiser, ils sont aujourd'hui 18 % à se projeter dans cette forme d'exercice. « Nous avons besoin de davantage de vétérinaires spécialistes en France », explique Eric Lejeau qui se réjouit de cette augmentation. « Les étudiants qui s'engagent dans cette voie n'ont donc pas à craindre de manquer de débouchés ! »

« Attention, la spécialisation ne convient pas à tout le monde », nuance tout de même Fanny Garcia qui a vu trop de jeunes vétérinaires abandonner une formation survenue trop tôt au cours de la vie professionnelle...

Comment renforcer le lien entre praticiens et futurs diplômés ?

Pour faciliter l'entrée des étudiants dans la vie active, Eric Lejeau suggère d'augmenter la durée des stages dans les structures vétérinaires, voire de développer les formations en alternance.

En collaboration avec les principaux organismes professionnels5, une plate-forme internet est d'ailleurs en cours de développement au SNVEL pour renforcer le lien entre les praticiens et les étudiants en recherche de stage.

Emmanuelle Soubeyran remarque toutefois que l'expérience de la pratique peut s'avérer décevante pour les étudiants. « Pour éviter d'éventuelles déconvenues, nous souhaitons développer l'accompagnement des vétérinaires encadrants », explique notre consoeur. Cet aspect de la relation entre praticiens et futurs diplômés sera aussi pris en compte par la future plate-forme du SNVEL.

Quels sont les critères des étudiants pour choisir leur premier emploi ?

« Pour leur premier emploi, les jeunes diplômés recherchent le trio gagnant : ambiance, cadre de vie et équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle », explique David Lussot (voir figure n° 3).

Louis Jeanton confirme que, pour les étudiants, la qualité de vie dans la structure prime dorénavant sur son plateau technique. Notre futur confrère remarque également que les jeunes ont besoin de donner du sens à leur travail, ce qui explique le succès dans l'enquête de problématiques comme la médecine préventive ou le développement durable.

« La profession a évolué et des aménagements sont nécessaires », conclut Eric Lejeau. « Le vétérinaire doit travailler l'attractivité de sa structure s'il veut embaucher, puis fidéliser de jeunes collaborateurs. »

1  Lien Internet : https://econgres-sante-animale.fr/.

2 SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

3 Lien Internet : https://vetfutursfrance.fr/.

4  Jeux de rôle au cours desquels les participants sont regroupés en équipes pour résoudre un cas pratique.

5  Association vétérinaire équine française (AVEF), Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (AFVAC) et Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV).

Gros Plan : Des étudiants qui envisagent de travailler plus facilement à l'étranger

Lorsqu'on les interroge sur l'endroit où ils souhaitent exercer après leur sortie de l'école, 23 % des étudiants vétérinaires participant à l'enquête du SNVEL et de MSD Santé animale se disent prêts à quitter la France. Si leur projet se concrétise, 16 % d'entre eux choisiront un pays de l'Union européenne (UE), contre 7 % un pays en dehors de l'UE (Canada, Royaume-Uni, Etats-Unis, Afrique, Australie...).

Pour Eric Lejeau, secrétaire général du SNVEL, ce goût pour l'étranger est un phénomène générationnel dont la profession vétérinaire doit tenir compte. « Les échanges au sein de l'UE fonctionnent déjà plutôt bien », constate notre confrère. « Mais des progrès sont nécessaires en ce qui concerne l'Amérique du Nord, une destination plébiscitée par les jeunes diplômés. »

Emmanuelle Soubeyran, directrice de Vetagro Sup à Lyon, confirme la nécessité de développer les accréditations des diplômes francophones à l'étranger, surtout Outre Atlantique. « Mais il faut en parallèle adapter les cursus des écoles nationales vétérinaires pour inciter les étudiants étrangers à venir eux-mêmes en France », explique notre consoeur. « Dans ce but, nous développons notamment des cours en anglais et des universités d'été. » C. D.-R.

Figure n ° 1 : Evaluation du niveau en médecine par les étudiants vétérinaires
Figure n° 2 : Evaluation du niveau en management par les étudiants vétérinaires
Figure n° 3 : Facteurs de motivation du choix d'un emploi

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1569

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