Covid-19 : les vétérinaires français anticipent une sortie de crise compliquée

Les trois principales sources d'inquiétude des vétérinaires sont la préservation de leur santé, la préservation de la structure d'exercice et la stabilité de leurs revenus.

© David Quint

Maud LAFON

Enquête

Réalisée fin avril par les organisations professionnelles engagées dans l'entraide sociale, une enquête en ligne précise les difficultés générées par la crise du Covid-19 pour les vétérinaires. L'inquiétude est la règle pour 70 % des répondants même si 88 % n'ont éprouvé aucun besoin de faire appel à un professionnel de l'écoute.

Le questionnaire mis en ligne, fin avril, par les organisations professionnelles engagées dans l'entraide sociale (CARPV*, Ordre des vétérinaires, Vétos-Entraide, SNVEL**, représentants vétérinaires auprès du Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants, Association centrale d'entraide vétérinaire, Association française de la famille vétérinaire, Association de protection vétérinaire) a recueilli plus de 1 800 réponses.

Le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires (Cnov) en publie les résultats sur son site (www.veterinaire.fr).

Ce questionnaire était destiné à dresser un panorama des difficultés rencontrées par les professionnels en exercice et à cerner les conséquences humaines et économiques de la crise du Covid-19, sans équivalent jusqu'à présent.

Le Cnov précise qu'une nouvelle enquête sera initiée dans les semaines à venir « afin de pouvoir comparer les résultats et suivre l'évolution de la situation pour les vétérinaires » .

Inquiets sur la préservation de la santé

Concernant la perception de la crise Covid-19, une majorité des répondants (environ 70 %) se dit inquiète ou très inquiète face à celle-ci.

Les trois principales sources d'inquiétude sont la préservation de leur santé, la préservation de la structure d'exercice et la stabilité de leurs revenus.

Un assez faible nombre (12 %) est inquiet quant à la préservation de leur emploi.

43 % des vétérinaires considèrent que les informations reçues, quelle qu'en soit l'origine, sont contradictoires. Elles ont été sources d'anxiété pour 27 % d'entre eux.

A l'opposé de ce constat, 88 % n'ont éprouvé aucun besoin de faire appel à un professionnel de l'écoute.

Concernant l'aspect santé, 8 % des vétérinaires pensent avoir présenté des symptômes de Covid-19 et 17 % ont été possiblement porteurs sains. 32 % a eu un ou plusieurs de ses proches touchés par la pandémie et 3,6 % ont eu à affronter un décès dans leur entourage (figure n° 1).

Modification de l'organisation du travail

En ce qui concerne les conséquences de la pandémie sur l'organisation de leur travail, 86 % des vétérinaires ont dû la modifier dès le début de la pandémie : renforcement des mesures personnelles d'hygiène (pour 81 %) et modification des horaires de travail.

Les vétérinaires salariés sont 65 % à se dire inquiets quant à leur avenir professionnel. Leurs principales sources d'anxiété sont la peur du licenciement ou de la diminution de leur forfait cadre, ainsi que la peur de disposer de moins d'opportunités professionnelles dans l'avenir, voire de ne plus trouver de travail.

« Ils sont globalement assez satisfaits (pour 70 % d'entre eux) des informations apportées par leur employeur sur les risques et les mesures de protection mises en place mais ils ne sont plus que 55 % à être satisfaits des informations que ce dernier leur donne sur l'impact de celle-ci sur leur situation salariale », souligne le Cnov.

Les relations avec leur employeur sont inchangées pour 74,2 % d'entre eux (figure n° 2).

Mesures de protection satisfaisantes

Concernant les collaborateurs libéraux, 75 % d'entre eux considèrent que la crise du Covid-19 aura un impact sur leur situation matérielle et, pour 60 % d'entre eux, cet impact sera majeur. 45 % sont inquiets quant à leur avenir professionnel. 62 % ont vu leur temps de travail réduit et presque 13 % n'exercent plus.

Pour 41 % des collaborateurs libéraux, ce choix est subi, les autres ayant soit décidé eux-mêmes de réduire leur temps de travail, soit décidé cela avec leur titulaire.

78 % des collaborateurs libéraux sont satisfaits des mesures de protection mises en place dans leur structure.

Comme les salariés, la grande majorité d'entre eux n'a pas constaté de changement dans les relations avec leur titulaire (figure n° 3).

Interrogés de leur côté, les vétérinaires employeurs sont 6 % à avoir été dans l'obligation de fermer leur structure.

Peu de congés pour garde d'enfants

« 88 % des structures n'ont eu aucun vétérinaire placé en confinement ou confirmé Covid-19 à la date de l'enquête. Il en va de même concernant le personnel non vétérinaire pour 83 % des structures » , précise l'Ordre.

Ils ont la même perception que leurs salariés quant aux relations avec eux puisque 67,2 % les considèrent inchangées (figure n° 4).

Le congé pour garde d'enfant auxquels les salariés pouvaient prétendre n'a été demandé que par 15 % des salariés vétérinaires contre 30 % des salariés non vétérinaires.

53 % des employeurs vétérinaires ont dû diminuer les horaires de leurs salariés vétérinaires ou collaborateurs libéraux, en raison d'une baisse d'activité et aussi par mesure de protection de ces derniers.

Pour presque 40 % des salariés, cette diminution se situe entre 50 et 100 % des heures alors que, pour les collaborateurs libéraux, 30 % d'entre eux ont eu à subir cette baisse.

Moins d'horaires pour le personnel non vétérinaire

La baisse des horaires semble avoir plus impacté le personnel non vétérinaire des entreprises vétérinaires.

Le maintien d'un service à la clientèle normal en dehors des vaccins et chirurgies de convenance est noté par 83,7 % des répondants (figure n° 5).

10,2 % des entreprises vétérinaires expliquent avoir des difficultés à organiser leur permanence et continuité des soins, contre 87,4 % qui réussissent à l'assurer.

98,5 % d'entre elles ont mis en place des mesures barrière spécifiques avec, en premier lieu, la modification des modalités de prises de rendez-vous et des conditions d'attente des clients.

Un volet de l'enquête a évalué l'impact économique de la crise pour les entreprises vétérinaires.

L'impact sur le chiffre d'affaires des entreprises vétérinaires est resté constant entre le 16 mars et le 16 avril 2020, une majorité notifiant une baisse supérieure à 50 % (figure n° 6). 

Difficultés d'approvision­nement

Environ 75 % des entreprises vétérinaires rapportent des difficultés dans leur approvisionnement en médicaments, aliments et consommables.

Les entreprises de nettoyages externes sont restées disponibles dans 65 % des cas.

Concernant l'information faite aux entreprises vétérinaires, 55,7 % des vétérinaires ayant participé au sondage ne se disent pas satisfaits des conseils reçus du gouvernement alors qu'ils sont, pour 70,5 % d'entre eux, satisfaits des conseils dispensés par les organisations professionnelles vétérinaires.

Les mesures d'aide aux entreprises ne sont jugées satisfaisantes que par 48,4 % des répondants même si 62,9 % d'entre eux estiment avoir été bien informés sur ces mesures.

Souhait d'être livrés en masques

Lorsque l'enquête interroge les vétérinaires sur les moyens de leur venir en aide, ils répondent : 

- à l'intention du gouvernement : être considérés comme des acteurs majeurs de la santé publique, être livrés en masques, alléger ou annuler leurs charges, ne pas compliquer les procédures de demande d'aides ;

- à l'intention des organisations professionnelles : avoir un discours clair et univoque, en particulier sur les précautions à prendre après le 11 mai, communiquer vis-à-vis du grand public, en particulier sur l'aide que la profession a apporté sans réserve au personnel soignant, les représenter et les protéger face aux autres professions de santé, négocier des allègements de charges.

« En conclusion à cette première étape, lorsqu'on demande aux vétérinaires la façon dont ils envisagent la sortie de crise, les réponses sont unanimes : cette sortie sera compliquée, longue et difficile » , résume l'Ordre.

* CARPV : Caisse autonome de retraite et de prévoyance des vétérinaires.

** SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

Gros Plan : Profil des répondants

La répartition des réponses à l'enquête menée fin avril pour évaluer les difficultés engendrées par la crise du Covid-19 rencontrées par les vétérinaires « apparaît comme extrêmement homogène si on compare les différentes populations à celles de l'Atlas démographique professionnel paru en 2019 », constate l'Ordre qui relaie les résultats sur son site. L'instance professionnelle précise que cette homogénéité se traduit en matière de région ordinale et de genre du répondant, en lieu et mode d'exercice.

Environ 70 % de libéraux

Ainsi, « les femmes ont été plus nombreuses à répondre (56,7 %) que les hommes (43,3 %) », un rapport qui se traduit à l'échelle de la profession (52,6 % de femmes en exercice au 31 décembre 2018, avec une progression annuelle de la féminisation de 3,5 %).

Parmi les répondants, on compte environ 70 % de libéraux (dont 30 % exercent seuls et 40 % en association), 10 % de collaborateurs libéraux et 20 % de salariés.

70 % exercent dans une structure de moins de 4 vétérinaires équivalents temps pleins.

42,1 % des répondants exercent en agglomération, 29,5 % en zone rurale et 28,4 % en zone péri-urbaine.

68,4 % des répondants exercent en canine et 23,9 %, en mixte. M.L.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1530

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