Covid-19 : l'enquête internationale de CM Research révèle une inquiétude des vétérinaires augmentée en avril

Au cours de la deuxième phase de l'enquête, les vétérinaires français rapportent une diminution de leurs rendez-vous de - 62 %.

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Corinne DESCOURS-RENVIER

Exercice

L'agence CM Research publie la suite de son enquête internationale portant sur l'impact du Covid-19 sur la profession vétérinaire (lire DV n°1526). Les résultats de la deuxième et troisième phases de l'étude montrent comment les praticiens et leurs clients ont réagi face à l'aggravation de l'épidémie. La prise de rendez-vous continue de diminuer, l'achat par anticipation des propriétaires a diminué et le monde vétérinaire s'adapte à la situation en proposant, de plus en plus à travers le monde, des services de télémédecine. 

L'agence CM Research , spécialisée dans les études portant sur le secteur de la santé animale a entamé, le 13 mars, une enquête internationale consacrée à l'impact du Covid-19 sur la profession vétérinaire (lire DV n°1526). CM Research publie aujourd'hui les deuxième et troisième phases de son étude.

Du 27 mars au 2 avril, 114 praticiens canins ont ainsi été interrogés en Allemagne, 83 en Australie, 161 aux États-Unis, 129 en Espagne, 109 en France, 183 en Grande-Bretagne et 91 en Italie. Du 17 au 23 avril, ce sont respectivement 104, 69, 187, 106, 112, 182 et 111 praticiens qui ont été interrogés. Cent vétérinaires canadiens ont également participé au troisième volet de l'enquête.

La profession vétérinaire face à l'aggravation de l'épidémie

L'épidémie de Covid-19 s'étant aggravée depuis le début de l'enquête de CM Research , l'inquiétude des vétérinaires a logiquement augmenté en parallèle. Entre les première et deuxième phases de l'étude, le nombre de vétérinaires qui s'estimaient « tout à fait concernés » à titre personnel par l'épidémie est ainsi passé de 38 à 52 %, en France, et le nombre de ceux  « très concernés », de 7 à 13 %.

La situation s'est ensuite stabilisée au cours de la troisième phase de l'enquête, sauf en France où 20 % des vétérinaires se disent maintenant « très concernés » contre 47 % « tout à fait concernés ».

Déjà élevé en mars dernier, le niveau d'inquiétude des vétérinaires à titre professionnel s'est maintenu durant la deuxième phase de l'enquête. L'inquiétude a ensuite commencé à baisser, notamment en Italie où 21 % de vétérinaires s'estiment maintenant « très concernés » par l'épidémie à titre professionnel contre 37 % lors des deux premières phases de l'enquête.

Les propriétaires d'animaux s'adaptent

Au cours de la deuxième phase de l'enquête, les clients n'ont pas davantage sollicité leur vétérinaire pour obtenir des renseignements sur les risques de transmission du Covid-19 entre humains et animaux. En revanche, ils ont continué à constituer des stocks de nourriture et de médicaments pour leur animal.

En France, respectivement 88 et 72 % des vétérinaires ont rapporté ce type de comportement, contre 32 et 26 % lors du premier volet de l'enquête.

CM Research a ensuite constaté une baisse de ces phénomènes de stockage au cours de la troisième phase de l'étude.

Si la panique semble aujourd'hui s'atténuer, les vétérinaires, tous pays confondus, décrivent hélas une augmentation des attitudes déplaisantes manifestées par leurs clients.

Les cliniques et les cabinets vétérinaires s'adaptent aussi 

Dans le premier volet de l'enquête de CM Research , la principale adaptation au Covid-19 rapportée par les vétérinaires a été la mise en place de mesures d'hygiène spécifiques.

Au cours du deuxième volet de l'enquête, les vétérinaires interrogés se sont plutôt attachés à vérifier si le motif de consultation invoqué par leurs clients justifiait leur venue à la clinique (le maximum étant atteint en Grande-Bretagne avec 89 % de vétérinaires concernés et en France, avec 87 %), voire à limiter les consultations aux seules urgences (85 % des vétérinaires en Grande-Bretagne et 77 % en France).

Au cours de la troisième phase de l'enquête, ce sont 92 % des vétérinaires en Espagne, 84 % en Italie ainsi que 83 % aux États-Unis et en France qui ont pris des mesures pour réduire le nombre de clients se rendant dans leurs locaux.

La télémédecine et les consultations à distance répondent en partie aux besoins des propriétaires d'animaux qui ne peuvent plus se déplacer.

La Grande-Bretagne est actuellement leader dans ce domaine puisque 91 % des praticiens interrogés au cours de la troisième phase de l'enquête proposent ce service à leurs clients. Le Canada se place quant à lui en deuxième position, avec 80 % de vétérinaires concernés.

La télémédecine et les services à distance se développent aussi dans les autres pays de l'étude, mais plus lentement .

Excepté en Australie, plus de la moitié des vétérinaires interrogés dans la deuxième partie de l'enquête ont rapporté des problèmes de livraison.

La situation est globalement stable dans la dernière phase de l'étude, même si certains pays, dont la France, ont montré des signes d'amélioration.

Les vétérinaires, tous pays confondus, comptent beaucoup sur leurs fournisseurs pour les accompagner durant cette crise sans précédent.

Une légère amélioration de la disponibilité des produits d'hygiène a également été observée au cours de la troisième phase de l'étude.

Autre point positif, les difficultés liées au manque d'effectifs s'atténuent, sauf en Allemagne (où 36 % de vétérinaires rapportent un manque de personnel durant le troisième volet de l'enquête contre 18 % au cours du deuxième) et en Espagne (42 % contre 22 %).

Un impact négatif sur les revenus des vétérinaires

Au cours de la deuxième phase de l'enquête, le nombre de rendez-vous a encore diminué. Les pays les plus touchés par ce phénomène sont la Grande-Bre tagne (- 64 % de visites d'une semaine sur l'autre), la France (- 62 %), l'Italie (- 58 %) et l'Espagne (- 56 %).

Cette baisse a malheureusement eu un impact négatif sur les revenus des vétérinaires : c'est l'Italie qui en a le plus souffert (avec une baisse de 62 % de revenus d'une semaine sur l'autre), suivie de la Grande-Bretagne (56 %) et de la France (54 %).

La diminution du nombre de rendez-vous s'est poursuivie au cours de la troisième phase de l'enquête mais plus lentement.

A part en Australie, plus de trois quarts des praticiens interrogés doivent toujours faire face à une perte de revenus.

La Grande-Bretagne et l'Italie sont aujourd'hui les pays les plus touchés, avec une baisse de 37 %.

Un point positif tout de même : le nombre de vétérinaires constatant des signes de reprise a augmenté. Ainsi, en Espagne, le pourcentage de praticiens qui ont vu leurs revenus s'améliorer d'une semaine sur l'autre est passé de 7 % au début de l'étude à 17 % durant la dernière phase.

Les instances et associations vétérinaires, principales sources d'information

La satisfaction vis-à-vis du gouvernement a diminué dans quasiment tous les pays de l'étude, sauf en Allemagne et en Australie.

En contrepartie, les instances et associations vétérinaires ont pris de l'importance depuis le début de l'enquête.

Elles sont même devenues les principales sources d'information des vétérinaires en Espagne (80 %), en Grande-Bretagne (79 %), au Canada (78 %) et aux États-Unis (76 %).

En France, c'est la presse professionnelle qui est maintenant la première source de renseignements des praticiens (64 % des vétérinaires), suivie par les instances et associations vétérinaires (61 %), les médias grand public (60 %) et le gouvernement (56 %).

Pourcentage de vétérinaires interrogés proposant télémédecine ou consultations à distance durant la phase 3

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1528

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