Délégation de certains soins aux ASV : près de 80 % des vétérinaires favorables

Mis à  jour le mercredi 11 octobre 2017 à 17:12
En l'état actuel de la réglementation, un auxiliaire vétérinaire ne peut pas pratiquer d'injection ou encore réaliser un détartrage, rappelle l'Ordre des vétérinaires. En l'état actuel de la réglementation, un auxiliaire vétérinaire ne peut pas pratiquer d'injection ou encore réaliser un détartrage, rappelle l'Ordre des vétérinaires. Callalloo Candcy - Fotolia.com

Michel JEANNEY

Enquête

Les résultats d'un sondage de La Dépêche Vétérinaire réalisé en collaboration avec le SNVEL* " sur les modalités d'une éventuelle délégation de soins aux ASV " attestent d'une certaine ouverture des vétérinaires à cette problématique. Ainsi, près de 80 % d'entre eux jugent souhaitable une évolution autorisant certains soins, de type injection, aux ASV. Des conditions à cette délégation sont cependant exigées.

Face à un contexte socio-économique évolutif et imprévisible, l'anticipation est une vertu.

C'est dans cet esprit que les instances professionnelles ont lancé une réflexion sur la possibilité de déléguer certains soins aux auxiliaires spécialisés vétérinaires (ASV).

Dans ce cadre, La Dépêche Vétérinaire, en collaboration avec le SNVEL*, a souhaité recueillir l'avis des vétérinaires, notamment employeurs, sur la façon dont une telle délégation pourrait être envisagée.

Plus de 1 100 répondants

Un sondage a été diffusé via la liste de courriels de la Dépêche le 25 septembre. Il a été fermé le 3 octobre et a permis de collecter, en seulement 9 jours (sans relance), les réponses de 1 148 participants, signe du vif intérêt des vétérinaires pour ce sujet.

Pour l'analyse de ce sondage, nous avons retenu les réponses des praticiens en activité (libéraux et salariés), ainsi que celles des étudiants vétérinaires (un peu plus d'une dizaine dans notre échantillon). L'échantillon analysé comprend ainsi 1 049 participants et les praticiens libéraux représentent 80,86 % des répondants.

En l'état actuel de la réglementation, le personnel non vétérinaire des établissements de soins vétérinaires ne peut pas pratiquer d'actes de médecine et de chirurgie vétérinaires, ces actes étant définis par l'ordonnance du 20 janvier 2011.

" A titre d'exemple, un auxiliaire vétérinaire ne peut pas pratiquer d'injection ou encore réaliser un détartrage ", rappelle notre confrère Marc Veilly, membre du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires.

Les vétérinaires sont-ils prêts à ouvrir - sous conditions - l'éventail des possibilités ? Oui, si l'on en croit les résultats de notre sondage.

Cela étonnera peut-être ceux d'entre nous qui ont pu assister aux quelques débats houleux déjà organisés sur cette problématique.

Ainsi, à la première question, " La délégation de certains soins, de type injection, aux ASV vous semble-t-elle souhaitable ? ", les participants à notre sondage sont 77,20 % à répondre par l'affirmative.

Le oui est nettement plus marqué chez les femmes (85 % versus 69 % des hommes), chez les moins de 40 ans (87 % versus 71 % des plus de 40 ans), chez les praticiens salariés (92 % versus 73 % des praticiens libéraux).

L'adhésion au oui est en outre proportionnelle à la taille de l'association, celles ne comportant qu'un seul vétérinaire libéral étant les moins favorables (69 % " seulement " de oui).

Enfin, les canins sont plus d'accord avec cette évolution (78 % répondent oui) que les confrères exerçant en clientèle mixte ou rurale (72 %) ou les équins/mixtes à dominante équine (60 %).

Présence physique du vétérinaire exigée

Sur les conditions de cette délégation, les avis sont en général un peu moins homogènes, à l'exception de " la présence physique d'un vétérinaire dans les locaux " qui remporte 76,47 % des suffrages.

Cette présence physique est davantage exigée par les canins (78 %) que par les mixtes/ruraux (74 %) ou les équins/mixtes à dominante équine (55 %), la sédentarisation plus marquée des premiers expliquant vraisemblablement ces différences.

De même, cette condition est plus plébiscitée par les praticiens salariés (83 %) que par les libéraux (75 %).

La nécessité d'une " mention écrite dans le contrat de travail entre l'ASV et le vétérinaire " fait également l'objet d'une demande forte (70,18 % de oui).

Elle est cependant moins prégnante chez les praticiens libéraux (66 % de oui) que chez les praticiens salariés (79 %), peut-être parce que cette exigence est perçue par les premiers comme une contrainte administrative supplémentaire.

Les structures de grandes tailles y sont d'ailleurs plus favorables que celles de petite taille.

Sans doute pour les mêmes raisons, " la prescription écrite des soins délégués " n'obtient qu'une courte majorité avec seulement 52,90 % des suffrages.

Sur cette question également, il y a un différentiel important entre les praticiens salariés (68 % y sont favorables) et les libéraux (seulement 49 % de oui contre 43 % de non).

La possibilité pour les ASV de réaliser des " soins à domicile " est rejetée par une nette majorité (63,82 %). Ce rejet est plus marqué chez les vétérinaires libéraux (68 % de non) que chez les praticiens salariés (56 %).

Pas d'exercice en indépendant

" L'exercice des ASV en indépendant " se heurte à un refus encore plus massif (71,70 % de non). Sur ce point également, les libéraux sont plus hostiles à cette idée (79 %) que les praticiens salariés (53 %).

De même, une majorité de répondants (54,85 %) rejette l'idée que soit nécessaire " une qualification, en plus du titre d'ASV (...) pour pouvoir déléguer certains soins, notamment les injections ".

Cette question apparaît cependant comme la plus clivante.

Elle l'est en effet entre les praticiens libéraux (58 % contre) et les praticiens salariés (seulement 47 % contre et 51 % pour), entre les structures de moins de 5 vétérinaires libéraux (majoritairement contre) et les structures de plus de 5 vétérinaires (pour à 53 %).

Cette idée séduit également moins les canins (59 % contre) que les mixtes/ruraux (47 % contre et 49 % pour).

Concernant " la majoration de rémunération (...) envisageable ", les réponses sont partagées.

Plus d'un quart (28,11 %) estime que la réalisation de soins délégués ne doit donner lieu à " aucune " majoration mais les partisans de laisser cette mesure " au choix et à l'initiative de l'employeur " sont les plus nombreux en représentant environ le tiers des répondants.

A noter, toutefois, qu'un quart des praticiens salariés se prononcent pour une majoration de " plus de 5 % ", contre 9 % seulement des praticiens libéraux. 

* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.